Près de 90 % des patients souffrant de dépression majeure présentent une anhédonie, un symptôme caractérisé par l’incapacité à ressentir des émotions positives. Selon Futura Sciences, des chercheurs américains explorent une piste thérapeutique inédite, la Positive Affect Treatment (PAT), qui vise à réactiver le système de récompense du cerveau plutôt qu’à supprimer les émotions négatives.

Ce qu'il faut retenir

  • 90 % des patients dépressifs souffrent d’anhédonie, un symptôme longtemps négligé par les traitements classiques.
  • La Positive Affect Treatment (PAT) agit directement sur le système de récompense du cerveau en ciblant les émotions positives.
  • Un essai clinique randomisé mené sur 98 adultes a montré une amélioration supérieure à une thérapie conventionnelle, même après un mois.
  • Cette approche pourrait réduire les facteurs de risque de rechute et de suicidalité, souvent liés à l’anhédonie sévère.
  • Les résultats, bien que prometteurs, nécessitent des études complémentaires pour validation.

Jusqu’ici, les traitements de la dépression se concentraient principalement sur la réduction des émotions négatives, comme la tristesse ou l’anxiété. Pourtant, pour de nombreux patients, la perte de la capacité à ressentir du plaisir ou de la joie est bien plus invalidante. C’est ce que révèle une étude publiée dans la revue JAMA Network Open par des psychologues de la Southern Methodist University (SMU) et de l’UCLA, comme le rapporte Futura Sciences.

Cette approche novatrice, baptisée Positive Affect Treatment (PAT), mise sur la restauration des émotions positives plutôt que sur l’élimination des symptômes négatifs. Elle s’attaque directement au système de récompense du cerveau, un mécanisme essentiel pour anticiper le plaisir, en tirer des enseignements et motiver l’action. « L’impuissance laisse subsister l’envie de changer les choses, tandis que le désespoir fait perdre toute croyance en un possible changement », explique Alicia Meuret, directrice du centre de recherche sur l’anxiété et la dépression de la SMU.

L’anhédonie, un symptôme méconnu mais dévastateur

L’anhédonie ne se limite pas à la dépression. Elle touche également les troubles anxieux, le stress post-traumatique, les addictions ou encore la schizophrénie. Associée à des formes plus sévères et prolongées de ces pathologies, elle aggrave leur pronostic et constitue un facteur de risque majeur de comportements suicidaires. Pourtant, la plupart des traitements standards – comme les antidépresseurs ou les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) classiques – peinent à la prendre en compte. « Se sentir impuissant n’est pas la même chose que se sentir désespéré », souligne Alicia Meuret. « Supprimer les émotions négatives ne suffit pas à corriger le désespoir. »

Contrairement aux approches traditionnelles, la PAT ne cherche pas à atténuer la tristesse ou l’anxiété. Elle propose plutôt un réentraînement du « système positif » du cerveau à travers des exercices concrets : reconnexion à des activités gratifiantes, orientation de l’attention vers les expériences positives, renforcement de la gratitude ou encore pratique de la bienveillance. L’objectif ? Restaurer la joie, le sens, la motivation et la sensibilité à la récompense.

Des résultats prometteurs, mais à confirmer

Pour évaluer l’efficacité de cette thérapie, les chercheurs ont mené un essai clinique randomisé impliquant 98 adultes souffrant d’anhédonie sévère, de dépression et d’anxiété. Sur une période de quinze séances, la PAT a démontré une amélioration de l’état clinique global supérieure à celle d’une thérapie conventionnelle axée sur les émotions négatives. Ces bénéfices se sont maintenus un mois après la fin du traitement. Les patients ont également vu leurs symptômes de dépression et d’anxiété diminuer de manière significative.

Les progrès ont été mesurés sur trois plans : l’anticipation et la motivation, la réponse après obtention d’une récompense, et l’apprentissage par renforcement. « Améliorer le traitement défaillant de la récompense est déterminant pour réduire des facteurs de risque majeurs de la dépression et de l’anxiété, dont la suicidalité et la rechute », précise Alicia Meuret. « Le traitement doit aussi se demander si une activité a du sens pour la personne, si elle lui apporte de la joie ou un sentiment d’accomplissement. »

Les chercheurs restent prudents. Bien que les résultats soient encourageants, ils soulignent que cette étude, unique en son genre et de taille modeste, devra être confirmée par des travaux complémentaires. « Ces données doivent être reproduites sur des échantillons plus larges et sur des périodes plus longues », indique l’équipe.

Et maintenant ?

Si ces travaux ouvrent une piste thérapeutique inédite, leur généralisation à grande échelle dépendra de la validation par d’autres études et d’éventuels ajustements des protocoles. Une prochaine étape pourrait consister en l’évaluation de la PAT dans des contextes cliniques variés, notamment en combinaison avec d’autres traitements. Les autorités sanitaires, comme la HAS en France ou la FDA aux États-Unis, pourraient être saisies pour examiner l’intégration de cette approche dans les recommandations officielles.

Pour les patients, cette avancée représente un espoir concret : retrouver le plaisir et le sens au quotidien, plutôt que de se contenter de la disparition des symptômes négatifs. Reste à savoir si cette méthode pourra, à terme, s’imposer comme une alternative ou un complément aux traitements existants.

Une révolution dans la prise en charge de la dépression ?

L’anhédonie, bien que moins médiatisée que la tristesse ou l’anxiété, est un symptôme qui pèse lourdement sur la qualité de vie. « Pour beaucoup de patients, l’enjeu n’est pas tant d’arrêter de souffrir que de réapprendre à vivre des moments de bonheur », rappelle Alicia Meuret. La PAT pourrait ainsi combler un vide thérapeutique, en proposant une réponse adaptée à une souffrance souvent minimisée.

Cette approche rejoint d’autres innovations récentes dans le champ de la santé mentale, comme la stimulation cérébrale ou les thérapies centrées sur la pleine conscience. Elle illustre aussi l’importance croissante de la neuroscience affective dans la recherche médicale. « On ne guérit pas la dépression en supprimant la négativité, mais en restaurant ce qui donne du sens à la vie », résume la chercheuse.

Contrairement aux antidépresseurs classiques, qui agissent principalement sur les neurotransmetteurs comme la sérotonine et peuvent émousser les émotions positives, la PAT cible directement le système de récompense du cerveau. Elle ne cherche pas à atténuer la tristesse, mais à réactiver la capacité à éprouver de la joie, de la motivation et du plaisir. Les antidépresseurs, eux, visent surtout à réduire les symptômes négatifs sans toujours restaurer les fonctions positives.

L’étude ne mentionne pas d’effets indésirables majeurs liés à la PAT. Comme toute thérapie basée sur des exercices de pleine conscience ou de gratitude, elle pourrait cependant provoquer, chez certains patients, une prise de conscience douloureuse de leur incapacité passée à ressentir du plaisir. Les chercheurs soulignent l’importance d’un accompagnement professionnel pour adapter les exercices aux besoins individuels.