Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a annoncé le 7 juillet 2026 le lancement d’une mission scientifique visant à évaluer la dangerosité des quelque 200 000 fûts radioactifs immergés au large des côtes françaises de l’Atlantique. Selon Journal du Geek, cette opération s’inscrit dans le cadre d’un héritage environnemental des décennies 1960 à 1980, période durant laquelle l’océan était considéré comme un « réceptacle sans limites » pour les déchets industriels et radioactifs.
Ce qu'il faut retenir
- 200 000 fûts de déchets radioactifs, principalement issus de l’industrie nucléaire civile, gisent au fond de l’Atlantique, à une profondeur encore non précisée par les autorités.
- La mission du CNRS, lancée en 2026, vise à évaluer leur état actuel et les risques de contamination des écosystèmes marins et des chaînes alimentaires.
- Ces déchets, immergés entre les années 1960 et 1980, reflètent une époque où les normes environnementales étaient quasi inexistantes en matière de pollution marine.
- Les premières analyses devraient être rendues publiques d’ici la fin de l’année 2026, selon les responsables du projet.
- Les zones concernées s’étendent principalement au large de la Bretagne et de la Normandie, des régions déjà exposées à d’autres pressions environnementales.
Un héritage des années 1960-1980, une menace encore mal évaluée
Entre les années 1960 et le début des années 1980, des centaines de milliers de fûts contenant des déchets radioactifs ont été immergés au large des côtes françaises. Cette pratique, alors légale et encouragée par certains industriels et gouvernements, reposait sur l’hypothèse que l’océan, par son immensité, pouvait « digérer » sans danger ces résidus toxiques. « L’océan était vu comme une solution commode, voire une poubelle infinie », rappelle un expert en pollution marine interrogé par Journal du Geek. Pourtant, les connaissances scientifiques de l’époque sous-estimaient largement les risques de corrosion des conteneurs et de dissémination des radionucléides dans l’écosystème.
La mission du CNRS, intitulée « Atlantide », vise précisément à combler ce vide. Équipée de robots sous-marins et de capteurs de radiations, l’équipe de chercheurs devra cartographier les sites de dépôt, évaluer l’état de corrosion des fûts et mesurer les niveaux de radioactivité dans les sédiments et l’eau. « Nous ne savons pas dans quel état se trouvent ces fûts après 40 à 60 ans sous l’eau », a expliqué le Dr. Élise Moreau, coordinatrice de la mission, lors d’une conférence de presse organisée à Brest le 5 juillet 2026.
Des risques réels pour les écosystèmes et la santé humaine
Les zones concernées, situées entre 50 et 150 kilomètres des côtes, abritent des écosystèmes marins parmi les plus riches d’Europe. La Bretagne, notamment, dépend fortement de ses ressources halieutiques, avec une pêche annuelle estimée à plus de 200 000 tonnes. « Une contamination, même minime, pourrait avoir des répercussions sur les espèces commercialisées », souligne un rapport préliminaire du CNRS. Les autorités sanitaires rappellent par ailleurs que certains radionucléides, comme le césium-137 ou le cobalt-60, s’accumulent dans les tissus des poissons et des mollusques avant de contaminer l’homme via la consommation alimentaire.
Pour l’instant, les données disponibles restent parcellaires. Les premières études, réalisées dans les années 1990, avaient détecté des traces de radioactivité dans certains sédiments, mais sans pouvoir établir de lien direct avec les fûts immergés. « Les technologies d’analyse ont depuis considérablement progressé, ce qui nous permettra d’avoir une vision bien plus précise », a indiqué le Dr. Moreau. L’équipe compte également prélever des échantillons de faune et de flore locales pour évaluer une éventuelle bioaccumulation des polluants.
Une question reste en suspens : que faire si les fûts s’avèrent plus dégradés que prévu ? Les options, encore floues, pourraient aller du simple suivi environnemental à une opération de récupération partielle, une tâche complexe compte tenu des profondeurs et des coûts engendrés. Pour l’heure, les scientifiques insistent sur la nécessité de ne pas dramatiser, tout en reconnaissant l’urgence d’agir. « Nous avons affaire à un problème ancien, mais dont les conséquences pourraient être bien plus récentes que prévu », conclut le Dr. Moreau.
Selon les archives du CNRS, la majorité des fûts contiennent des déchets de faible et moyenne activité issus de l’industrie nucléaire civile, comme des résines échangeuses d’ions, des filtres contaminés ou des déchets de laboratoire. Certains pourraient également renfermer des sources radioactives scellées, utilisées à l’époque pour des applications industrielles ou médicales.
La pratique d’immersion des déchets radioactifs était légale jusqu’en 1983, date à laquelle la convention de Londres a interdit le déversement de déchets radioactifs en mer. Les premières alertes scientifiques sur les risques de corrosion des conteneurs n’ont émergé qu’au début des années 1990, mais les moyens techniques pour les étudier en profondeur faisaient alors défaut. Aujourd’hui, les progrès technologiques permettent enfin une évaluation précise.