Les fresques murales des tombes pharaoniques, les sarcophages peints ou encore les objets funéraires retrouvés aux côtés des momies égyptiennes cachaient jusqu’ici des recettes de fabrication bien plus variées qu’on ne l’imaginait. Une étude publiée le 26 août 2026 dans la revue Science Advances, relayée par Courrier International, lève en effet le voile sur les ingrédients employés par les artisans de l’Égypte ancienne pour créer leurs liants et colles décoratives. Une analyse minutieuse d’échantillons prélevés sur quatorze œuvres, s’étalant de 1425 avant notre ère à l’an 400, a permis d’identifier une diversité de matériaux insoupçonnée.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatorze œuvres égyptiennes, datant de -1425 à +400, ont été analysées par des chercheurs.
  • Les échantillons provenaient de trois musées européens, dont leurs collections égyptiennes.
  • La majorité des colles contenaient du collagène d’origine animale, principalement issu de bovins.
  • D’autres protéines animales ont été détectées : mouton, chèvre, âne, cheval, et peut-être antilope sauvage.
  • Le moringa, un arbre sacré lié au dieu Ptah, a également été identifié comme ingrédient possible.
  • Les techniques d’analyse modernes ont permis de dépasser les connaissances antérieures sur ces procédés ancestraux.

Cette découverte éclaire d’un jour nouveau les méthodes de fabrication des artisans égyptiens, qui ont œuvré sur une période couvrant près de deux millénaires. Les œuvres étudiées, provenant de collections européennes, incluent des peintures murales, des cercueils et divers objets décoratifs. Grâce à des technologies de pointe, les chercheurs ont pu disséquer la composition de ces liants et colles, souvent invisibles à l’œil nu mais essentiels à la durabilité des ornements.

Parmi les révélations majeures, la présence systématique de collagène d’origine animale a été confirmée dans la majorité des échantillons. « Les résultats font apparaître un éventail de matériaux plus large que celui répertorié précédemment », souligne Archaeology News, cité par Courrier International. Si le bœuf domine largement les compositions, les analyses ont aussi mis en évidence des traces de protéines provenant de mouton, de chèvre, d’âne, de cheval, voire d’antilope sauvage. Autant dire que les artisans égyptiens ne se limitaient pas à une seule source animale pour leurs préparations.

Un autre ingrédient a retenu l’attention des scientifiques : le moringa, un arbre dont les propriétés étaient déjà connues dans l’Égypte ancienne. Associé au dieu Ptah, symbole de la création et de l’artisanat, cet arbre pourrait avoir joué un rôle dans la fabrication de certaines colles ou liants. « Le moringa, un arbre sacré », rappelle l’étude, suggérant son utilisation comme composant organique dans ces préparations. Ces résultats viennent ainsi enrichir les connaissances sur les pratiques artisanales de l’époque, où chaque détail comptait pour assurer la pérennité des œuvres.

Les méthodes employées par les chercheurs s’appuient sur des techniques d’analyse de pointe, permettant de détecter des traces infimes de protéines et de composés organiques. Ces outils modernes ont permis de dépasser les limites des méthodes traditionnelles, souvent incapables d’identifier avec précision les ingrédients utilisés. « Grâce à ces technologies, nous avons pu remonter aux origines des colles et liants, révélant une complexité insoupçonnée », explique l’un des auteurs de l’étude, dont les propos sont rapportés par Le Devoir, un quotidien canadien. Une avancée qui ouvre la voie à de nouvelles interprétations sur l’art et l’artisanat de l’Égypte antique.

Des œuvres dispersées entre musées européens

Les quatorze pièces étudiées ne proviennent pas d’un même site archéologique, mais de trois musées européens, où elles sont conservées précieusement. Cette diversité géographique souligne l’étendue des échanges culturels et artistiques au sein de l’Égypte ancienne, mais aussi entre l’Égypte et le reste du monde antique. Parmi les institutions concernées figurent le Musée du Louvre à Paris, le British Museum à Londres et le Neues Museum à Berlin, selon les informations relayées par Courrier International.

Ces musées abritent des collections égyptiennes parmi les plus riches au monde, attirant chaque année des millions de visiteurs. Les œuvres analysées incluent des fragments de peintures murales, des éléments de sarcophages et divers objets funéraires, tous présentant des traces de colles ou de liants organiques. Leur étude offre ainsi un aperçu des techniques de conservation et de décoration employées dans l’Égypte ancienne, bien au-delà des simples pigments minéraux souvent associés à ces artefacts.

Le rôle des colles animales dans l’art égyptien

L’utilisation de colles animales dans l’art égyptien n’est pas une surprise en soi. Depuis longtemps, les spécialistes savaient que les artisans de l’époque pharaonique utilisaient des préparations à base de matières organiques pour fixer les pigments sur les surfaces ou assembler des éléments décoratifs. Cependant, l’étendue de cette pratique et la diversité des sources animales employées n’avaient jamais été documentées de manière aussi exhaustive.

Les résultats de l’étude confirment que le bœuf était la source animale la plus courante, probablement en raison de sa disponibilité et de la quantité de collagène que sa peau ou ses os pouvaient fournir. Pourtant, la présence de protéines issues de moutons, chèvres, ânes et chevaux montre que les artisans adaptaient leurs choix en fonction des ressources locales ou des besoins spécifiques de chaque projet. « Ces variations suggèrent une grande flexibilité dans les méthodes de fabrication », indique un chercheur impliqué dans l’étude. Une flexibilité qui témoigne de l’ingéniosité des artisans égyptiens, capables de tirer parti des ressources à leur disposition pour créer des œuvres durables.

Quant au moringa, son identification comme possible ingrédient soulève de nouvelles questions. Cet arbre, déjà vénéré pour ses multiples usages — alimentaires, médicaux et symboliques —, pourrait avoir joué un rôle inattendu dans l’artisanat. « Son association avec le dieu Ptah, patron des artisans, renforce l’hypothèse de son utilisation dans des préparations destinées à la décoration », précise l’étude. Une piste qui ouvre la voie à de futures recherches sur les liens entre religion, symbolisme et techniques artisanales dans l’Égypte ancienne.

Et maintenant ?

Cette étude marque une étape importante dans la compréhension des techniques artistiques de l’Égypte ancienne, mais elle soulève aussi de nouvelles interrogations. Les chercheurs prévoient désormais d’élargir leurs analyses à d’autres périodes et régions, afin de dresser un panorama plus complet des pratiques artisanales en Méditerranée et au Proche-Orient. Une prochaine étape pourrait consister à étudier des œuvres issues de sites archéologiques moins explorés, comme ceux de Nubie ou du Soudan, où les échanges culturels avec l’Égypte étaient fréquents. Les résultats pourraient ainsi révéler des variations régionales ou des influences mutuelles encore méconnues.

Sur le plan méthodologique, cette recherche démontre le potentiel des techniques d’analyse modernes pour revisiter des savoir-faire ancestraux. En combinant chimie analytique et archéologie, les scientifiques ouvrent la voie à une meilleure préservation du patrimoine égyptien. À plus long terme, ces avancées pourraient même inspirer des restaurateurs modernes dans leurs efforts pour conserver des œuvres fragilisées par le temps.

Reste à voir si ces découvertes inciteront les musées à repenser leurs protocoles de conservation ou à mettre en place de nouveaux programmes de recherche dédiés aux techniques artisanales anciennes. Une chose est sûre : l’Égypte ancienne n’a pas fini de nous surprendre.

Ces colles ne servaient pas seulement à fixer les pigments : elles garantissaient aussi la durabilité des œuvres dans un climat désertique. Leur composition révèle également les ressources disponibles et les savoir-faire des artisans, offrant un aperçu des échanges culturels et économiques de l’époque.

Les méthodes d’analyse actuelles, comme la spectrométrie de masse, permettent d’identifier des traces infimes de protéines ou de composés organiques. Sans ces outils, les chercheurs n’auraient pu détecter la diversité des ingrédients utilisés, souvent invisibles à l’œil nu ou avec les techniques traditionnelles.