L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin s’est exprimé ce mercredi 2 septembre 2026, lors d’un entretien accordé à BFM - Politique, pour défendre une vision du « gaullisme de gauche » et critiquer vivement la politique menée par Emmanuel Macron et son gouvernement. Selon nos confrères de BFM - Politique, il a également réaffirmé son opposition à la colonisation et pointé du doigt la dépendance de la France vis-à-vis des États-Unis.
Ce qu'il faut retenir
- Dominique de Villepin se revendique d’un « gaullisme de gauche », une doctrine qu’il juge compatible avec les enjeux sociaux et écologiques actuels.
- Il a dénoncé à nouveau la politique économique du gouvernement, notamment sur la fiscalité et les accords de libre-échange, et critiqué la gestion des incendies en France.
- Il a proposé d’inscrire la neutralité carbone d’ici 2050 dans la Constitution, qualifiant la taxe carbone de « réel ».
- Il a exprimé son refus d’une victoire du Rassemblement National en 2027, tout en critiquant la gestion internationale des crises par l’Europe.
- Lors du débat, François Ruffin a interpellé Villepin sur les inégalités sociales, notamment en citant l’exemple des péages autoroutiers.
Un « gaullisme de gauche » pour répondre aux défis contemporains
Dominique de Villepin a réaffirmé sa fidélité à une ligne politique qu’il qualifie de « gaullisme de gauche », une doctrine qu’il présente comme un héritage à la fois patriotique et progressiste. Selon lui, cette vision permet de concilier indépendance nationale et justice sociale, deux principes qu’il juge aujourd’hui menacés par les orientations libérales du gouvernement. « Avec Jacques Chirac, nous partagions la même conviction », a-t-il rappelé, en référence à leur opposition commune à la colonisation et à leur attachement à une Europe souveraine.
Pour Villepin, ce gaullisme rénové doit aussi intégrer la question écologique. Il a ainsi souligné la nécessité de placer la neutralité carbone d’ici 2050 au cœur de la Constitution française. « La taxe carbone, c’est le réel », a-t-il affirmé, estimant que cette mesure est indispensable pour engager la transition énergétique sans sacrifier le pouvoir d’achat des ménages.
Critiques acerbes contre la politique économique et internationale de la France
L’ancien chef du gouvernement n’a pas épargné Emmanuel Macron, qu’il accuse de mener une politique économique déconnectée des réalités sociales. Selon lui, les mesures fiscales récentes, comme la suppression de la taxe d’habitation ou les baisses d’impôts pour les entreprises, creusent les inégalités et affaiblissent les services publics. Il a également dénoncé les accords de libre-échange négociés par l’Union européenne, qu’il juge défavorables aux travailleurs français.
Sur la scène internationale, Villepin a critiqué la soumission de la France aux États-Unis, résumée par une formule cinglante : « On est devenus les fayots de Washington ». Il a pointé du doigt l’absence de voix européenne forte face aux crises géopolitiques, estimant que « l’Europe n’est pas audible » lorsqu’il s’agit de peser dans les négociations mondiales. Pour lui, la France doit retrouver une position d’indépendance, notamment en matière de défense et de diplomatie.
Un débat mouvementé avec François Ruffin sur les inégalités sociales
L’entretien a donné lieu à un échange tendu avec le député LFI François Ruffin, qui a vivement interpellé Villepin sur les inégalités en France. Ruffin a notamment reproché à l’ancien Premier ministre de ne pas assez s’indigner face aux profits records de Bernard Arnault, PDG de LVMH, tout en proposant un « strapontin » pour ce dernier dans ses éventuels États généraux de la fiscalité. Villepin a balayé ces critiques, réaffirmant son attachement à une fiscalité plus redistributive et à une protection renforcée des travailleurs.
Le ton est monté d’un cran lorsque Ruffin a évoqué les difficultés des Français à accéder à un emploi stable. « Quand je passe au péage, je pense un peu à vous », a-t-il lancé à Villepin, avant d’ajouter : « Toutes les personnes sur le territoire français doivent pouvoir accéder à un travail ». Villepin a répondu en défendant sa vision d’une économie au service du progrès social, tout en refusant de souscrire à l’idée d’un « strapontin » pour les grands patrons.
« On est devenus les fayots de Washington. » — Dominique de Villepin
« La taxe carbone, c’est le réel. » — Dominique de Villepin
« Quand je passe au péage, je pense un peu à vous. » — François Ruffin
Une opposition frontale à la montée du Rassemblement National
Face aux inquétudes concernant une possible victoire du Rassemblement National à la présidentielle de 2027, Dominique de Villepin a adopté une position sans ambiguïté : « Je ne m’y résigne pas ». Il a appelé à une mobilisation de la gauche et du centre pour éviter une telle issue, tout en critiquant les divisions qui affaiblissent les forces républicaines. Pour lui, le risque d’une extrême droite aux commandes de l’État justifie une union des démocrates, au-delà des clivages traditionnels.
Il a également pointé du doigt la gestion des incendies en France, comparant la situation à l’image d’Emmanuel Macron « faisant du jet-ski » pendant que « notre maison brûle ». Une référence claire à l’expression devenue célèbre lors des canicules et des feux de forêt de l’été 2026.
François Ruffin, de son côté, devrait continuer à porter ses combats sur les inégalités sociales et la justice fiscale, avec une stratégie visant à mobiliser les classes populaires autour de ses propositions. Ses échanges avec Villepin montrent que les tensions entre la gauche radicale et les figures plus modérées pourraient s’exacerber d’ici l’élection présidentielle.
Pour les observateurs, l’enjeu reste de savoir si ces débats parviendront à dépasser les clivages partisans ou s’ils resteront cantonnés à des échanges stériles entre élites politiques.
Le « gaullisme de gauche » est une doctrine politique qui se réclame de l’héritage du général de Gaulle tout en intégrant des valeurs sociales et écologiques. Pour Villepin, il s’agit de concilier indépendance nationale, justice sociale et transition écologique, en opposition aux politiques libérales qu’il critique.
Villepin accuse Macron de mener une politique économique inégalitaire, de sacrifier les services publics, et de s’aligner trop servilement sur les États-Unis. Il critique également la gestion des crises écologiques, comme les incendies de l’été 2026, et l’absence de voix européenne forte sur la scène internationale.