Selon BFM - Faits Divers, douze femmes ont déposé plainte contre un chirurgien esthétique réputé de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) après des opérations de la poitrine jugées ratées. Le Dr G., connu pour ses interventions « naturelles » et son image en ligne, est désormais accusé de « mutilations » par ses anciennes patientes. Une enquête pour « blessures involontaires avec ITT inférieure à trois mois », « mise en danger d’autrui » et « faux en écritures » est en cours au parquet de Bayonne.

Ce qu'il faut retenir

  • Douze patientes ont porté plainte contre le Dr G. à Bayonne pour des opérations de la poitrine jugées désastreuses.
  • Les plaignantes dénoncent des douleurs chroniques, des nécroses et des séquelles physiques et psychologiques.
  • Le chirurgien évoque des « aléas thérapeutiques » et nie toute faute médicale, tandis que son avocat parle d’un « chantage ignoble » de la part des plaignantes.
  • Une enquête est en cours au parquet de Bayonne pour plusieurs chefs d’accusation, dont « blessures involontaires ».
  • Deux précédentes plaintes en 2016 et 2020 avaient été déboutées, mais le Conseil de l’Ordre des médecins réexamine désormais son dossier.

Un chirurgien réputé sous le feu des critiques

Le Dr G. était présenté comme l’un des praticiens les plus en vue de la côte basque, avec une réputation basée sur des avis en ligne élogieux et des publications pédagogiques sur les réseaux sociaux. Son approche, axée sur des résultats « naturels » et « subtils », lui avait valu une clientèle fidèle. Pourtant, depuis 2023, une douzaine de ses anciennes patientes dénoncent des interventions ayant entraîné des complications graves, allant jusqu’à la destruction partielle de leurs seins. « Il a bousillé pas mal d’années de ma vie », confie l’une d’elles, Anne, sous le coup de l’émotion.

Selon BFM - Faits Divers, cinq des plaignantes ont accepté de témoigner. Toutes évoquent des douleurs insupportables, des nécroses et des séquelles durables. Anne, opérée en 2017 pour une réduction mammaire, décrit des « décharges électriques » dans la poitrine pendant plusieurs mois. « Ni la morphine ni les antidouleurs ne faisaient effet. C’était intenable », raconte-t-elle. Le chirurgien avait alors imputé ces symptômes à une « mauvaise qualité de la peau » de la patiente.

Des nécroses et des séquelles physiques et psychologiques

Valérie, opérée en 2022, a découvert avec effroi que sa peau nécrosait après l’intervention. « Les infirmières ont commencé à voir que ça nécrosait, la peau commençait à mourir », explique-t-elle. Le chirurgien lui aurait proposé un tatouage des aréoles comme solution de dernier recours. « Pour moi, c’était un cache-misère », témoigne-t-elle, visiblement marquée par cette expérience. Charlotte, une autre patiente, rapporte avoir entendu le Dr G. qualifier ses complications de « simple aléa thérapeutique », refusant d’admettre une erreur.

Les conséquences vont bien au-delà des souffrances physiques. Plusieurs plaignantes évoquent une perte de confiance en elles, une honte persistante et, pour certaines, une modification radicale de leur apparence. « Aujourd’hui, je n’ai plus de poitrine, j’ai des pectoraux », confie Charlotte. « Quand on me regarde de profil, je n’ai pas de seins. » Yolande et Ingrid, deux autres victimes présumées, affirment avoir recueilli des dizaines de témoignages similaires depuis le dépôt des plaintes. Elles ont créé un groupe de soutien sur WhatsApp pour rompre l’isolement des victimes. « Chaque femme qui rentrait dans le groupe disait : *Je suis tellement désolée pour vous, mais vous n’imaginez pas le bonheur que c’est pour moi de savoir que je ne suis pas seule*, » souligne Ingrid.

Le praticien rejette toute responsabilité

Contacté par BFM - Faits Divers, le Dr G. a catégoriquement rejeté les accusations portées à son encontre. Dans une réponse écrite, il évoque des « aléas thérapeutiques » et une « rupture de suivi post-opératoire » imputable aux patientes. Son avocat, Me Thierry Sagardoytho, va plus loin en qualifiant les plaintes de « chantage ignoble » et dénonce un « buzz » médiatique. « Ces plaignantes, hormis exhiber leur poitrine dans les journaux, n’apportent pas la preuve des éléments qu’elles allèguent », affirme-t-il. Il cite également l’avis d’un médecin légiste consulté dans le cadre de l’enquête, qui n’aurait relevé aucun manquement médical.

Le praticien rappelle par ailleurs que deux précédentes plaintes, déposées en 2016 et 2020, avaient été déboutées par la justice. « Les éléments objectifs examinés dans le cadre des procédures engagées ne corroborent pas les fautes médicales qui me sont publiquement reprochées », indique-t-il. Pourtant, son dossier est actuellement réexaminé par le Conseil de l’Ordre des médecins des Pyrénées-Atlantiques. Pour l’heure, le Dr G. n’a pas encore été entendu par la justice et reste présumé innocent.

Un dossier médical sous surveillance

Bien que le Conseil de l’Ordre n’ait pas sanctionné le Dr G. lors des deux précédentes procédures, son cas fait désormais l’objet d’une attention particulière. L’affaire intervient dans un contexte où les dérives de certains praticiens en chirurgie esthétique sont de plus en plus pointées du doigt. En 2020, un urologue de Besançon avait été mis en examen après 37 opérations ratées des hémorroïdes, rappelant les risques liés à des interventions mal maîtrisées. « J’ai perdu ma dignité », avaient alors témoigné certaines victimes.

À Bayonne, le parquet a ouvert une enquête pour plusieurs chefs d’accusation, dont « blessures involontaires avec ITT inférieure à trois mois » et « mise en danger d’autrui ». Les plaignantes espèrent non seulement obtenir réparation, mais aussi que ces procédures permettront d’éviter que d’autres patientes ne subissent le même sort. « Cette procédure, c’est pour éviter qu’il fasse d’autres opérations comme ça, qu’il reconnaisse qu’il a loupé et pouvoir obtenir une reconstruction physique », explique Anne.

Et maintenant ?

L’enquête au parquet de Bayonne devrait se poursuivre dans les prochains mois, avec un examen approfondi des dossiers médicaux et des témoignages des patientes. Le Conseil de l’Ordre des médecins devrait rendre son avis sur le réexamen du dossier du Dr G. d’ici la fin de l’année. Si des manquements étaient avérés, des sanctions disciplinaires pourraient être prononcées, allant de l’avertissement à l’interdiction d’exercer. Quant aux plaignantes, elles pourraient engager des procédures civiles pour obtenir réparation, en plus des poursuites pénales déjà en cours.

Cette affaire rappelle l’importance d’un suivi rigoureux des interventions médicales et d’une transparence accrue de la part des praticiens. Elle pose également la question de la protection des patients face à des professionnels dont la réputation en ligne ne reflète pas toujours la qualité réelle de leur travail.

Le parquet de Bayonne a ouvert une enquête pour « blessures involontaires avec ITT inférieure à trois mois », « mise en danger d’autrui » et « faux en écritures ».

Deux plaintes déposées en 2016 et 2020 avaient été déboutées, et le Conseil de l’Ordre des médecins n’avait pas émis de sanction à son encontre. Son dossier est cependant actuellement réexaminé.