Selon Le Monde, l’élevage de saumons, présenté comme une alternative durable à la pêche sauvage, soulève des questions croissantes sur son impact environnemental. Chaque semaine, l’émission Chaleur humaine du média répond aux interrogations du public sur les défis climatiques. Parmi les sujets récurrents, la filière aquacole fait débat, entre émissions de gaz à effet de serre, pression sur les écosystèmes marins et consommation de ressources.

Ce qu'il faut retenir

  • L’élevage de saumons contribue à 4 % des émissions mondiales de CO₂ liées à l’alimentation, selon des études citées par Le Monde.
  • La production d’un kilogramme de saumon d’élevage émet plus de 3 fois plus de CO₂ qu’un kilogramme de poulet.
  • En Norvège, principal exportateur mondial, plus de 90 % des saumons commercialisés proviennent de fermes aquacoles.
  • Les élevages intensifs rejettent des nutriments (azote, phosphore) responsables de phénomènes d’eutrophisation en mer.
  • La pression sur les stocks de poissons sauvages, utilisés pour nourrir les saumons d’élevage, reste un enjeu majeur.
  • Des alternatives comme les saumons végétaux ou les systèmes en circuit fermé se développent, mais peinent à se généraliser.

Un secteur en pleine expansion, mais critiqué

Avec une production mondiale passée de moins de 100 000 tonnes en 1980 à près de 2,5 millions de tonnes en 2025, l’élevage de saumons s’est imposé comme un pilier de l’industrie agroalimentaire. Le Monde rappelle que la Norvège, le Chili et l’Écosse concentrent à eux trois plus de 80 % de la production. Pourtant, cette croissance s’accompagne d’une empreinte écologique difficile à ignorer. Les fermes aquacoles, souvent implantées en milieu marin, libèrent des déchets organiques et des antibiotiques dans les eaux environnantes, altérant les écosystèmes côtiers.

Côté carbone, les chiffres sont sans appel : un kilogramme de saumon d’élevage génère entre 5 et 10 kg de CO₂, contre 2 à 3 kg pour un poisson sauvage, d’après des données compilées par Le Monde. Cette différence s’explique par l’énergie nécessaire au pompage de l’eau, à l’alimentation des poissons (farines et huiles de poisson issues de la pêche industrielle) et au transport des produits vers les marchés.

Des solutions émergent, mais leur impact reste limité

Face à ces critiques, des initiatives tentent de réduire l’empreinte de la filière. Les systèmes en circuit fermé, qui recyclent l’eau et limitent les rejets, gagnent du terrain en Europe du Nord. En Islande, plusieurs fermes expérimentent des méthodes sans antibiotiques, tandis que des start-up développent des aliments à base d’insectes ou d’algues pour remplacer les farines de poisson. Pourtant, Le Monde souligne que ces innovations restent marginales : elles ne représentent que 5 % de la production totale.

Autre piste explorée : la substitution du saumon par des alternatives végétales. Des entreprises comme Garden Protein International ou Sophie’s Kitchen commercialisent déjà des produits à base de pois ou de protéines de microalgues, imitant la texture et le goût du saumon. Cependant, leur acceptation par les consommateurs et leur coût de production freinent leur essor. « Le marché des substituts reste un niche, malgré une demande croissante pour des protéines durables », a expliqué à Le Monde une analyste du secteur.

Les consommateurs, acteurs clés de la transition

La question de l’impact environnemental de l’élevage de saumons dépasse le cadre des producteurs. Les choix des consommateurs jouent un rôle central. En France, où la consommation de saumon a augmenté de 30 % entre 2010 et 2025, selon FranceAgriMer, les labels comme ASC (Aquaculture Stewardship Council) ou Bio tentent de guider les achats. Pourtant, Le Monde relève que moins de 20 % des saumons vendus en grande surface arborent une certification environnementale.

Les associations environnementales, comme Greenpeace ou Bloom, appellent à une réduction drastique de la consommation de saumon d’élevage, au profit des espèces locales et de saison. « Les labels ne suffisent pas à compenser l’impact global de la filière », a déclaré à Le Monde un porte-parole de Bloom. Les rapports récents pointent aussi du doigt l’artificialisation des côtes, liée à l’implantation des fermes, et son impact sur la biodiversité.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient redessiner le paysage de la production salmonicole. L’Union européenne doit publier d’ici fin 2026 de nouvelles directives sur l’usage des antibiotiques en aquaculture, tandis que la Norvège, sous pression, a annoncé un plan de réduction de 50 % de ses émissions d’ici 2035. Côté innovation, les investissements dans les protéines alternatives pourraient accélérer leur adoption si les coûts de production baissent. Reste à voir si les consommateurs seront prêts à payer plus cher pour des produits certifiés ou des alternatives végétales.

Les prochaines années seront donc déterminantes pour concilier croissance de la filière et préservation des écosystèmes. Entre réglementations plus strictes et évolutions technologiques, le secteur devra innover rapidement pour justifier sa place dans un modèle alimentaire plus durable.

Le saumon d’élevage a une empreinte carbone plus élevée (5 à 10 kg de CO₂ par kg contre 2 à 3 kg pour le sauvage) et génère des pollutions locales (antibiotiques, nutriments). Il consomme aussi des ressources halieutiques via les farines de poisson utilisées pour son alimentation, contrairement au saumon sauvage qui se nourrit naturellement.