Depuis des siècles, les chevaux occupent une place centrale dans la vie sociale et culturelle de l’Asie centrale, où ils ont longtemps été les compagnons indispensables des marchands, des guerriers et des communautés locales. Aujourd’hui, cet héritage ancestral connaît une véritable renaissance en Ouzbékistan, à travers la préservation des races traditionnelles, la promotion du polo et l’émergence d’une nouvelle génération de cavaliers. Comme le rapporte Euronews FR, cette dynamique s’appuie sur des infrastructures modernes, des compétitions régulières et une transmission active des savoir-faire équestres.

Ce qu'il faut retenir

  • Huit équipes de polo, dont des formations féminines, s’affrontent désormais à travers l’Ouzbékistan, où ce sport, appelé localement Chovgan, plonge ses racines dans un passé millénaire.
  • L’école équestre de maîtrise du Qora Bayir, créée en 2021 dans la région de Sourkhandaria, a pour mission de préserver cette race locale adaptée aux paysages variés du pays.
  • Près de 70 enfants s’entraînent chaque jour à l’école équestre du Karakalpakstan, où les disciplines traditionnelles côtoient les sports équestres modernes.
  • La Fédération de polo ouzbèke, fondée en 2020, multiplie les partenariats internationaux pour permettre aux cavaliers locaux de se mesurer à l’étranger.

Le polo, un sport ancestral qui retrouve sa place en Ouzbékistan

Pratiqué sous le nom de Chovgan dès le Moyen Âge par les souverains et les guerriers d’Asie centrale, le polo est bien plus qu’un sport en Ouzbékistan. Il incarne un héritage culturel profond, comme le souligne Aziz Rustambaïev, président de la Fédération de polo du pays : « En Ouzbékistan, le polo fait partie de notre patrimoine historique. » Selon Euronews FR, cette discipline, autrefois réservée à une élite, s’ouvre désormais à tous grâce à un réseau d’écoles d’équitation réparties dans chaque région du pays.

La Fédération, créée en 2020, a permis la structuration du polo local avec la mise en place de championnats nationaux tout au long de l’année. Huit équipes s’affrontent actuellement dans le pays, dont des formations féminines, signe d’une évolution vers une pratique plus inclusive. Shahnoza Sharipova, cavalière de l’équipe nationale, incarne cette transition. Elle fait partie des pionnières qui ont contribué à la création d’équipes féminines après s’être entraînée aux côtés des hommes.

« La meilleure façon de créer un lien avec un cheval, c’est de lui offrir une carotte ou une pomme et de lui caresser doucement l’encolure. Les chevaux se souviennent des gens. Si vous traitez un cheval avec gentillesse, il ne vous traitera jamais mal. »
— Shahnoza Sharipova, cavalière de l’équipe nationale de polo

Pour elle, le succès en polo repose avant tout sur la relation de confiance entre le cavalier et son animal, une philosophie partagée par l’ensemble du milieu équestre ouzbek.

Qora Bayir et Akhal-Teke : deux races emblématiques au cœur de l’élevage moderne

Si le polo symbolise la renaissance sportive du cheval en Ouzbékistan, l’élevage des races traditionnelles reste un pilier essentiel. Dans la région de Sourkhandaria, l’école de maîtrise équestre du Qora Bayir illustre cette volonté de préservation. Fondée en 2021 sous l’égide de la Garde nationale, cette institution combine programmes d’élevage, formation des cavaliers et enseignement équestre. Son objectif : augmenter la population de cette race réputée pour son adaptabilité et son endurance.

Akmal Shermatov, directeur adjoint de l’école, insiste sur l’héritage historique du Qora Bayir : « Ce cheval possède de profondes racines en Asie centrale. Il est extrêmement adaptable, particulièrement résistant et capable de s’épanouir dans une grande variété d’environnements. » Contrairement aux races européennes plus imposantes, le Qora Bayir excelle dans des milieux aussi variés que les montagnes, les déserts ou les plaines, s’adaptant aussi bien aux climats chauds que froids.

À l’origine, l’école comptait une trentaine de spécimens. Aujourd’hui, elle forme des centaines de jeunes cavaliers encadrés par des instructeurs, cavaliers et vétérinaires expérimentés. Parmi eux, Sharifakhon Ibragimova, qui a découvert l’équitation il y a seulement un an, témoigne de cet engouement croissant : « Je me sens très à l’aise et en confiance quand je pratique ce sport. J’aimerais continuer à m’y consacrer à l’avenir et participer à de grandes compétitions. »

Le Karakalpakstan, bastion des traditions équestres vivantes

Dans la République autonome du Karakalpakstan, à l’ouest de l’Ouzbékistan, les traditions équestres restent profondément ancrées dans le quotidien. L’école équestre locale, qui accueille environ 70 enfants, perpétue cet héritage à travers des disciplines variées : courses de chevaux, polo, ulak-kupkari (un jeu traditionnel où les cavaliers s’affrontent pour s’emparer d’un cadavre de chèvre), prise de piquets et lutte à cheval.

L’établissement abrite plusieurs races, dont des Akhal-Teke, des warmbloods européens et des Qora Bayir. Les élèves, garçons et filles, participent régulièrement à des tournois régionaux et nationaux. Renat Joldachev, directeur de l’école, rappelle l’importance de ces pratiques : « Nos ancêtres montaient à cheval, chassaient à cheval et jouaient à l’ulak-kupkari. Aujourd’hui, nos jeunes perpétuent ces traditions à travers les sports équestres, préservant ainsi notre culture et nos coutumes. »

Pour Zarafiddin Zaïtov, jeune cavalier, l’apprentissage commence par la construction d’un lien de confiance avec l’animal : « Il faut montrer de l’affection au cheval, le nourrir, le caresser et instaurer une relation de confiance. Ce n’est qu’ensuite qu’il faut le monter. » Une approche qui reflète l’état d’esprit dominant dans tout le pays, où le cheval est à la fois un partenaire, un athlète et un symbole culturel.

Et maintenant ?

L’Ouzbékistan mise sur l’expansion de ses infrastructures équestres et le renforcement des échanges internationaux pour consolider la place du cheval dans la société. La Fédération de polo prévoit d’organiser un championnat régional en 2027, tandis que l’école Qora Bayir ambitionne d’atteindre un cheptel de 500 têtes d’ici 2028. Reste à voir dans quelle mesure ces initiatives parviendront à attirer durablement les jeunes générations vers les sports équestres.

Qu’ils soient des athlètes, des compagnons ou des gardiens d’un patrimoine, les chevaux d’Ouzbékistan continuent de tisser un lien indéfectible entre le passé et l’avenir. Les paysages ont changé, mais la relation entre l’homme et l’animal, elle, reste aussi solide que les montagnes du Tian Shan.

Le Chovgan est le nom local donné au polo en Asie centrale. Ce sport, pratiqué depuis des siècles, était autrefois réservé aux souverains et aux guerriers avant de devenir une discipline moderne ouverte à tous en Ouzbékistan.

Parmi les races les plus connues, on trouve le Qora Bayir, réputé pour son adaptabilité, et l’Akhal-Teke, une race turkmène célèbre pour son élégance et son endurance, souvent croisée avec des warmbloods européens dans les écoles équestres du pays.