Deux figures emblématiques du théâtre français, l’acteur François Morel et le metteur en scène Robin Renucci, proposent une nouvelle adaptation de "L'École des femmes" de Molière en tournée à travers l’Hexagone jusqu’en janvier 2027. Selon nos confrères de Franceinfo - Culture, cette pièce, créée en plein air devant le château de Grignan en juin 2026, s’impose comme un pont entre les enjeux du XVIIe siècle et les défis contemporains.

Ce qu'il faut retenir

  • Une tournée nationale de "L'École des femmes" est en cours jusqu’en janvier 2027, avec une création à Grignan en juin 2026.
  • François Morel incarne Arnolphe, personnage central de la pièce, aux côtés de Robin Renucci à la mise en scène.
  • La pièce interroge les rapports de pouvoir, la liberté des femmes et les illusions du contrôle, thèmes toujours d’actualité selon les deux artistes.
  • Molière écrivait en 1662 une œuvre critiquant déjà la peur des hommes face à l’intelligence féminine et le patriarcat.
  • Les deux comédiens évoquent leur parcours personnel et l’influence de leurs parents dans leur engagement artistique.

Un classique de Molière pour éclairer les tensions contemporaines

Adaptée par François Morel et mise en scène par Robin Renucci, "L'École des femmes" reste une œuvre majeure du répertoire classique, capable de susciter à la fois le rire et la réflexion. Comme le rapporte Franceinfo - Culture, la pièce, écrite en 1662, explore des thèmes universels : l’amour, le pouvoir, la liberté, mais aussi l’illusion de façonner le destin d’autrui. Pour les deux artistes, cette adaptation est l’occasion de rappeler que certaines tensions sociales persistent malgré les siècles écoulés.

Robin Renucci, dans une analyse partagée par Franceinfo, souligne que Molière écrivait déjà à une époque où les hommes craignaient l’intelligence des femmes. « Quand Molière écrit en 1662 cette pièce, il est déjà dans une permanente réflexion autour de la peur que les hommes ont des femmes intelligentes », explique-t-il. Il ajoute que le dramaturge souhaitait donner une forme de liberté aux femmes, même si les moyens de l’époque restaient limités. Aujourd’hui, selon lui, la résurgence du masculinisme et du patriarcat rappelle l’urgence de questionner ces dynamiques.

François Morel et Robin Renucci : deux parcours marqués par la transmission

Les deux artistes, bien que issus de milieux modestes, ont construit leur carrière autour d’une même passion : la transmission. François Morel évoque l’héritage de ses parents, des ouvriers qui ont fait le sacrifice de leur propre éducation pour offrir une vie meilleure à leurs enfants. « Mon père avait arrêté ses études à 13 ans et tenait à ce qu’on puisse aller à la fac », confie-t-il. Pour lui, l’amour familial a été un moteur essentiel, même s’il reconnaît s’efforcer de « tenir la promesse » faite à son père en valorisant l’accès au savoir.

Robin Renucci, fils d’un gendarme et d’une couturière, raconte comment le théâtre a bouleversé sa vie. À l’adolescence, il découvre l’art dramatique grâce à une troupe du Théâtre national de Strasbourg venue retoucher des costumes à Auxerre. « Les comédiens sont rentrés dans la maison avec leur patchouli, leur gilet et des miroirs. Le monde a changé pour moi », se souvient-il. Cette rencontre a marqué le début d’une carrière dédiée à rendre le théâtre accessible à tous, une philosophie qu’il applique aujourd’hui dans cette adaptation.

Arnolphe, un personnage qui fait rire… et réfléchir

Personnage central de la pièce, Arnolphe incarne l’homme qui cherche à contrôler le destin d’Agnès, une jeune femme qu’il a élevée. Derrière la comédie, le texte interroge les peurs liées au vieillissement, à la perte de pouvoir et à l’illusion de maîtriser l’existence d’autrui. Pour Robin Renucci, le public rit d’abord d’Arnolphe, avant de se moquer de lui. « On rit contre Arnolphe quand il prononce des phrases sur la toute-puissance masculine. La réaction du public est fondamentale », précise-t-il. Cette évolution dans la réception du personnage illustre, selon lui, la capacité du théâtre à faire évoluer les mentalités.

François Morel, qui campe ce rôle exigeant, évoque une proposition « ambitieuse » de son metteur en scène. « Quand Robin m’a proposé ce projet il y a deux ans, je me suis dit que je ne pouvais pas refuser. C’est l’Annapurna du théâtre », confie-t-il. À 60 ans passés, l’acteur voit dans cette aventure une opportunité de repousser ses limites, tout en reconnaissant la difficulté du défi.

« Je me suis dit, ça ne va pas être simple, ça va être un peu en dehors de ma zone de confort, mais si je n’y vais pas à ce moment-là et à mon âge, ça n’aura servi à rien, ce que j’ai fait jusque-là. »
— François Morel

Un théâtre populaire pour questionner les normes sociales

Pour les deux artistes, le théâtre reste un outil puissant pour interroger les normes et les rapports de domination. Robin Renucci insiste sur l’importance d’un théâtre « populaire », capable de faire rire tout en provoquant une prise de conscience. « Un théâtre populaire qui nous fait rire et qui nous fait en même temps réfléchir, voilà la belle chose », explique-t-il. Il souligne que la pièce, en opposant deux visions de la femme, invite le public à remettre en question les stéréotypes de genre.

Cette adaptation de "L'École des femmes" s’inscrit dans une démarche plus large de démocratisation du théâtre. Robin Renucci, engagé de longue date dans l’éducation populaire, rappelle que Molière lui-même écrivait pour un public large. « Donner cette liberté à la femme, il ne savait pas trop comment le faire, sinon dans l’œuvre théâtrale », rappelle-t-il. Aujourd’hui, le metteur en scène voit dans cette pièce une occasion de réactualiser ce combat.

Et maintenant ?

La tournée de "L'École des femmes" se poursuit jusqu’en janvier 2027, avec des représentations prévues dans plusieurs villes de France. Les deux artistes pourraient prolonger cette collaboration, voire envisager une captation ou une diffusion télévisée pour toucher un public encore plus large. Reste à voir si cette adaptation contribuera à relancer le débat sur les rapports de genre, comme l’espèrent ses créateurs.

Quoi qu’il en soit, cette reprise rappelle que les grands textes classiques conservent une actualité brûlante, surtout lorsqu’ils sont portés par des artistes aussi engagés que François Morel et Robin Renucci.

Molière aborde des thèmes universels — pouvoir, liberté, illusion du contrôle — qui résonnent encore aujourd’hui. Ses pièces, comme "L'École des femmes", interrogent les rapports de genre et les dynamiques de domination, des sujets toujours d’actualité selon les metteurs en scène modernes.