Les obsèques du guide suprême iranien Ali Khamenei, décédé le 28 février 2026 à l’âge de 86 ans dans des frappes israélo-américaines, se sont achevées mardi 7 juillet à Qom avant de se prolonger en Irak, selon Le Figaro. L’événement, marqué par une participation massive, illustre à la fois la puissance symbolique du régime iranien et les tensions géopolitiques persistantes dans la région. Des millions de personnes avaient rendu hommage lundi à Téhéran lors d’une cérémonie conçue comme une démonstration de force et d’unité, six mois après la répression de manifestations contre le pouvoir et la vie chère.

Ce qu'il faut retenir

  • Les funérailles d’Ali Khamenei, décédé à 86 ans, se sont déroulées sur six jours, avec une cérémonie centrale à Téhéran lundi 6 juillet, puis un déplacement vers Qom, Kerbala et Najaf en Irak.
  • Le cortège funéraire a traversé les deux principaux lieux saints du chiisme en Irak, Najaf et Kerbala, où des millions de fidèles se rassemblent chaque année pour l’Achoura.
  • Les dépouilles de Khamenei et de ses proches, dont sa fille, son gendre, sa belle-fille et une petite-fille de 14 mois, ont été transportées en Irak pour des processions mercredi 8 juillet avant un retour à Machhad pour l’inhumation finale jeudi.
  • Des foules immenses, scandant des slogans hostiles à l’Amérique, ont marqué le passage des cercueils dans les rues de Qom, ville sainte de l’islam chiite comptant 1,5 million d’habitants.
  • Les autorités irakiennes ont déployé un dispositif de sécurité renforcé pour encadrer les processions, reflétant les liens étroits entre Bagdad et Téhéran.

Une cérémonie nationale organisée sous haute tension

L’hommage rendu à Téhéran lundi a rassemblé des millions de personnes, malgré le contexte de répression qui a suivi les manifestations de l’automne 2025. Selon les images diffusées par la télévision d’État, les rues de la capitale étaient noires de monde, tandis que des slogans comme « À mort l’Amérique ! » résonnaient dans la foule. Ces propos, régulièrement entendus lors des rassemblements officiels iraniens, soulignent la rhétorique anti-occidentale du régime. Les autorités ont insisté sur le caractère historique de l’événement, six mois après la mort de Khamenei dans l’effondrement de son véhicule lors des frappes du 28 février, attribuées à Israël et aux États-Unis.

Parmi les victimes figuraient également des membres de sa famille : sa fille, son gendre, sa belle-fille et sa petite-fille, âgée de seulement 14 mois, selon les déclarations des autorités iraniennes. Ces détails macabres ont été relayés par les médias d’État, transformant les obsèques en un symbole de martyr pour le régime. À Qom, deuxième ville sainte du chiisme après Machhad, la foule s’est rassemblée pour saluer le passage du cortège, dans une atmosphère à la fois solennelle et politique.

Un déplacement en Irak pour des hommages religieux majeurs

Après la cérémonie de Qom, les cercueils ont quitté l’Iran en direction de l’Irak, où réside une importante communauté chiite. Les dépouilles doivent traverser mercredi les villes de Najaf et Kerbala, deux sanctuaires parmi les plus sacrés de l’islam chiite. À Najaf, le cortège se dirigera vers le mausolée de l’imam Ali, gendre du prophète Mahomet et quatrième calife de l’islam, considéré comme le premier imam chiite. Cette étape revêt une dimension symbolique majeure, car Najaf abrite le plus grand séminaire religieux chiite et est le lieu où ont étudié et enseigné les plus hauts dignitaires du clergé.

Dans l’après-midi, les cercueils seront transférés par avion vers Kerbala, au nord de Bagdad, où se trouvent les sanctuaires de l’imam Hussein et de son frère Abbas. Ces lieux sont au cœur des commémorations de l’Achoura, qui rappelle le martyre de Hussein lors de la bataille de Kerbala en 680, un événement fondateur du chiisme. Les funérailles de Khamenei, présenté comme un martyr, s’inscrivent ainsi dans une tradition religieuse et politique, comparables à celles de son prédécesseur, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, en 1989. Les autorités irakiennes, qui entretiennent des relations étroites avec l’Iran, ont annoncé un dispositif de sécurité renforcé pour garantir le bon déroulement des processions.

Un hommage encadré par les Gardiens de la Révolution et salué par Bagdad

Le général Esmaïl Qaani, chef de la Force Qods – la branche des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution iraniens –, a salué « la planification minutieuse de cet événement historique » par les autorités irakiennes. Selon lui, cette mobilisation révèle « le lien spirituel profond unissant les deux nations ». Dans un communiqué, il a souligné l’importance de la coordination entre Téhéran et Bagdad, deux pays partageant une même affiliation religieuse et des intérêts géopolitiques convergents.

Les obsèques s’achèveront jeudi à Machhad, dans le nord-est de l’Iran, ville dont était originaire Khamenei. Cette ultime étape permettra d’inhumer le guide suprême et ses proches dans un mausolée dédié, perpétuant ainsi leur mémoire au cœur du chiisme iranien. L’ensemble de ces cérémonies, étalées sur plusieurs jours, illustre la dimension à la fois religieuse, politique et symbolique de l’événement, dans un contexte où le régime iranien cherche à affirmer sa légitimité après une année marquée par des crises internes et externes.

Et maintenant ?

Les prochaines heures seront marquées par la suite des processions en Irak, où des millions de fidèles sont attendus pour rendre un dernier hommage aux défunts. Les autorités des deux pays devraient maintenir un dispositif sécuritaire strict, alors que la région reste sous haute tension. À moyen terme, l’influence de Khamenei en tant que figure centrale du chiisme iranien pourrait être réévaluée, notamment dans le cadre des préparatifs de la succession au poste de guide suprême, un processus toujours délicat dans le système politique iranien.

La cérémonie de mardi marque ainsi la fin d’un cycle pour le régime iranien, tout en ouvrant une période de transition dont les contours politiques et religieux restent à préciser. Les prochaines semaines pourraient voir émerger des spéculations sur le nom du successeur de Khamenei, même si le processus de désignation, entre les mains de l’Assemblée des experts, reste opaque.

L’Irak abrite deux des lieux les plus sacrés du chiisme, Najaf et Kerbala, où se trouvent les mausolées de l’imam Ali et de l’imam Hussein. Ces villes sont des centres spirituels majeurs pour les chiites du monde entier, et leur choix comme étape des funérailles renforce la légitimité religieuse et politique du régime iranien auprès de cette communauté.