Selon nos confrères de BFM Business, Pékin consolide progressivement son influence politique et économique en Asie centrale, une région stratégique pour les ressources naturelles et les corridors commerciaux. Cette dynamique s’inscrit dans le cadre de la stratégie chinoise de « Nouvelle Route de la Soie », visant à étendre son rayonnement bien au-delà de ses frontières traditionnelles.
Ce qu'il faut retenir
- La Chine renforce ses liens économiques avec les cinq pays d’Asie centrale via des investissements massifs et des accords commerciaux.
- Les échanges bilatéraux ont atteint plus de 80 milliards de dollars en 2025, selon les données officielles chinoises.
- Les infrastructures énergétiques, notamment les gazoducs et les oléoducs, sont au cœur des projets chinois dans la région.
- Le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan figurent parmi les principaux partenaires commerciaux de la Chine en Asie centrale.
Une stratégie économique et géopolitique
D’après BFM Business, la Chine mise sur des investissements directs à hauteur de plus de 100 milliards de dollars prévus d’ici 2030 dans les secteurs énergétiques, miniers et logistiques en Asie centrale. Ces fonds visent à sécuriser l’approvisionnement en gaz naturel, en pétrole et en minerais rares, essentiels pour l’industrie chinoise. Les cinq républiques d’Asie centrale — Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan — deviennent ainsi des partenaires incontournables dans la stratégie de Pékin pour réduire sa dépendance aux routes commerciales maritimes traditionnelles.
Les projets phares incluent la construction de gazoducs comme le Turkmen-China Gas Pipeline, qui transporte le gaz turkmène vers la Chine via l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. Selon les analystes, ce gazoduc, mis en service en 2015, devrait voir sa capacité doubler d’ici 2027. Par ailleurs, la Chine a également financé la modernisation des réseaux ferroviaires transcontinentaux, raccourcissant les délais de transport entre l’Europe et la Chine via le Kazakhstan.
Des partenariats gagnant-gagnant ?
Pour les pays d’Asie centrale, ces accords représentent une opportunité de développement économique, mais aussi un risque de dépendance accrue à l’égard de la Chine. Le Kazakhstan, premier partenaire commercial de la Chine en Asie centrale, a vu ses exportations vers Pékin progresser de 30 % entre 2020 et 2025, principalement grâce aux ventes de pétrole et de métaux. Cependant, certains observateurs s’interrogent sur la durabilité de ces relations, notamment face aux fluctuations des prix des matières premières.
Un responsable kazakh, cité par BFM Business, a souligné que « les investissements chinois ont permis de moderniser nos infrastructures, mais nous devons diversifier nos partenariats pour éviter une trop grande asymétrie ». Les autorités locales tentent ainsi de négocier des clauses avantageuses dans les contrats, tout en cherchant à attirer des investisseurs d’autres régions, comme l’Europe ou la Turquie.
Un contexte géopolitique tendu
La montée en puissance de la Chine en Asie centrale s’inscrit dans un contexte où Moscou, traditionnellement dominant dans la région, voit son influence reculer. La guerre en Ukraine et les sanctions occidentales ont affaibli la Russie, laissant un vide que Pékin comble progressivement. Selon les experts, cette dynamique pourrait redessiner les équilibres géopolitiques en Asie centrale, avec des conséquences pour l’Union européenne et les États-Unis.
Pour autant, la Chine évite soigneusement de s’immiscer dans les affaires intérieures des pays d’Asie centrale, préférant des accords économiques à des engagements politiques. « Pékin joue la carte de la non-ingérence, ce qui lui permet de gagner la confiance des gouvernements locaux », explique un analyste basé à Pékin, contacté par BFM Business. Cette approche contraste avec celle de la Russie, dont la présence militaire dans la région reste un sujet de tension avec les pays voisins.
En attendant, la Chine poursuit sa stratégie d’expansion en Asie centrale, consolidant ainsi son statut de puissance incontournable dans une région où les enjeux énergétiques et commerciaux n’ont jamais été aussi cruciaux.
L’Asie centrale est stratégique pour la Chine en raison de ses ressources naturelles — pétrole, gaz, minerais rares — et de sa position géographique, qui en fait un carrefour entre l’Europe et l’Asie. La Chine y investit massivement pour sécuriser son approvisionnement et contourner les routes maritimes traditionnelles, souvent menacées par des tensions géopolitiques.