Alors que les enjeux géopolitiques et climatiques se densifient dans la région arctique, le ministre groenlandais des Affaires étrangères a appelé à une collaboration renforcée avec l’Union européenne. Selon nos confrères de BFM - Politique, M. Pele Broberg a déclaré que la présence de l’UE dans l’Arctique et au Groenland était « nécessaire » pour répondre aux défis actuels et futurs.

Ce qu’il faut retenir

  • Le ministre groenlandais des Affaires étrangères, Pele Broberg, plaide pour un rôle accru de l’UE dans l’Arctique et au Groenland.
  • Cette déclaration intervient dans un contexte de montée des tensions géopolitiques et de renforcement des enjeux climatiques dans la région.
  • L’UE est perçue comme un partenaire stratégique pour le Groenland, notamment en matière de sécurité, de développement durable et de coopération économique.

Une région sous haute tension géopolitique

L’Arctique est devenu un espace stratégique où se croisent les intérêts de plusieurs grandes puissances. Selon des analystes internationaux, la région concentre près de 13 % des réserves mondiales de pétrole non découvertes et 30 % des réserves de gaz naturel, en plus de représenter un enjeu majeur pour la navigation maritime et la souveraineté des États riverains. Le Groenland, territoire autonome danois, occupe une position clé dans cette zone, avec ses 2,1 millions de km² de terres et sa côte longue de 44 000 km bordant l’océan Arctique.

Dans ce contexte, les déclarations de Pele Broberg interviennent à un moment où les pays membres de l’UE, comme la Suède, la Finlande et le Danemark, cherchent à renforcer leur influence dans la région. D’après des rapports diplomatiques cités par BFM - Politique, l’UE a déjà engagé des discussions avec le Groenland pour explorer des coopérations dans les domaines de la recherche scientifique, de la gestion des ressources naturelles et de la sécurité maritime.

Le Groenland mise sur l’UE pour concilier développement et durabilité

Lors de son intervention, Pele Broberg a souligné que l’UE pouvait jouer un rôle « décisif » dans l’accompagnement du Groenland vers une transition énergétique et économique durable. « Nous avons besoin de l’UE dans l’Arctique ainsi qu’au Groenland », a-t-il affirmé, insistant sur l’importance de « partenariats gagnant-gagnant » pour répondre aux défis locaux tout en préservant l’environnement.

Cette position s’inscrit dans la stratégie groenlandaise de diversification de ses partenariats internationaux. Depuis plusieurs années, Nuuk, la capitale groenlandaise, cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis de Copenhague et à développer des relations directes avec d’autres acteurs, dont les États-Unis et la Chine. Cependant, le ministre a rappelé que l’UE restait un partenaire « incontournable », notamment pour son expertise en matière de financement de projets durables et de coopération transfrontalière.

Des enjeux économiques et environnementaux majeurs

Le Groenland, dont l’économie repose en grande partie sur la pêche et les subventions danoises, fait face à des défis économiques structurels. En 2025, les exportations de crevettes et de morue ont représenté plus de 80 % des revenus d’exportation, selon les données de la Banque mondiale. Face à cette situation, le gouvernement groenlandais mise sur le développement de nouveaux secteurs, comme le tourisme polaire, les énergies renouvelables et l’exploitation minière, tout en respectant les normes environnementales strictes imposées par l’UE.

Côté européen, l’intérêt pour le Groenland s’est accru depuis que Bruxelles a adopté, en 2023, une stratégie spécifique pour l’Arctique. Cette feuille de route vise à renforcer la présence de l’UE dans la région, notamment via des investissements dans la recherche climatique, la protection des écosystèmes fragiles et la promotion d’une gouvernance internationale équilibrée. « L’Arctique ne peut plus être considéré comme une zone de non-droit », a rappelé un haut fonctionnaire de la Commission européenne sous couvert d’anonymat.

« Nous avons besoin de l’UE dans l’Arctique ainsi qu’au Groenland. » — Pele Broberg, ministre groenlandais des Affaires étrangères.

Quelles suites pour cette coopération ?

Les déclarations de Pele Broberg interviennent alors que des discussions sont en cours entre l’UE et le Groenland pour finaliser un accord de partenariat renforcé. Selon des sources proches des négociations, un texte pourrait être soumis à l’approbation des États membres d’ici la fin de l’année 2026. Cet accord pourrait inclure des financements européens pour des projets d’infrastructures, des programmes de formation et des initiatives conjointes en matière de surveillance environnementale.

Cependant, des obstacles subsistent. Certains analystes soulignent que le Danemark, dont relève encore le Groenland en matière de défense et de politique étrangère, pourrait freiner une coopération trop poussée avec l’UE. D’autres s’interrogent sur la capacité de Bruxelles à mobiliser rapidement les fonds nécessaires, dans un contexte où les priorités budgétaires de l’UE sont déjà largement sollicitées.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient être déterminantes pour la concrétisation de cette coopération. Une délégation européenne est attendue à Nuuk d’ici octobre 2026 pour finaliser les termes d’un accord-cadre. Parallèlement, le Groenland devra clarifier sa position sur d’éventuels projets miniers, notamment l’exploitation des terres rares, qui suscitent des débats au sein de la population locale. Reste à voir si l’UE parviendra à concilier ses ambitions géopolitiques avec les attentes environnementales et sociales du Groenland.

Dans ce jeu d’influences, une question reste en suspens : l’UE parviendra-t-elle à s’imposer comme un acteur clé de l’Arctique, ou ses efforts seront-ils dilués par les rivalités entre grandes puissances ? Une chose est sûre, la région n’a jamais été aussi scrutée.

Le Groenland cherche à diversifier ses partenariats internationaux pour réduire sa dépendance vis-à-vis du Danemark et à développer son économie. L’UE représente un partenaire stratégique grâce à son expertise en matière de financement de projets durables, de recherche climatique et de coopération transfrontalière, tout en offrant un contrepoids aux influences américaine et chinoise dans la région.

Les discussions en cours portent notamment sur la recherche scientifique (climat, biodiversité), le développement des énergies renouvelables, la gestion durable des ressources halieutiques, ainsi que sur des projets d’infrastructures et de formation professionnelle. Un accord pourrait également inclure des initiatives conjointes en matière de surveillance environnementale et de sécurité maritime.