Dans une tribune publiée par Le Monde, l’économiste Alain Grandjean s’interroge sur les moyens de corriger les biais des grands modèles d’intelligence artificielle, notamment dans le domaine de la transition écologique. Selon lui, la neutralité affichée par ces outils cache en réalité une forme de pouvoir particulièrement redoutable, qu’il appelle à contrer par le développement d’une « souveraineté cognitive ».

Ce qu'il faut retenir

  • Alain Grandjean, économiste, alerte sur les biais des grands modèles d’IA dans la transition écologique, d’après une tribune publiée par Le Monde.
  • Il dénonce la neutralité apparente de ces outils, qui masque selon lui une forme de pouvoir à contrôler.
  • Il propose le concept de « souveraineté cognitive » pour encadrer et orienter l’usage de l’IA.
  • La tribune met en lumière les enjeux de transparence et de responsabilité dans l’utilisation des algorithmes.

Une critique des biais algorithmiques dans l’écologie

Pour Alain Grandjean, les modèles d’intelligence artificielle utilisés dans les politiques environnementales ou les analyses économiques comportent des biais structurels. Ces biais, souvent invisibles, orientent les décisions publiques et privées vers des solutions qui ne reflètent pas nécessairement l’intérêt général. « La neutralité apparente d’un grand modèle d’IA est sa forme de pouvoir la plus redoutable », affirme-t-il dans sa tribune. Selon lui, ces outils, en se présentant comme objectifs, masquent des biais souvent liés à leurs données d’entraînement ou à leur architecture technique.

La « souveraineté cognitive » comme réponse

Face à ce constat, Alain Grandjean propose de repenser le cadre d’utilisation de l’IA en développant une « souveraineté cognitive ». Ce concept vise à garantir que les modèles d’IA soient conçus, déployés et contrôlés de manière transparente, avec une participation active des citoyens, des experts et des institutions. « On ne peut pas laisser des boîtes noires décider à notre place des orientations écologiques », souligne-t-il. Pour lui, cette souveraineté passe par une régulation forte, des audits indépendants et une éducation du public aux enjeux de l’IA.

Cette approche s’inscrit dans un débat plus large sur l’éthique de l’intelligence artificielle, qui prend une dimension particulière dans le contexte de la transition écologique. Les biais des algorithmes peuvent en effet conduire à des erreurs stratégiques, comme favoriser des solutions technologiques coûteuses ou inefficaces au détriment d’alternatives plus adaptées.

Un appel à l’action pour les pouvoirs publics

Dans sa tribune, Alain Grandjean ne se contente pas de critiquer : il formule des propositions concrètes. Il plaide pour la création d’une autorité indépendante chargée d’évaluer les biais des modèles d’IA utilisés dans les politiques publiques. Cette instance, composée d’experts en éthique, en science des données et en environnement, aurait pour mission de publier des rapports publics et de formuler des recommandations. « Il est urgent de construire un cadre qui permette de concilier innovation technologique et intérêt général », explique-t-il.

L’économiste rappelle que les enjeux sont d’autant plus pressants que l’IA est de plus en plus intégrée dans les processus décisionnels, des subventions aux entreprises jusqu’aux plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Sans un contrôle démocratique, ces outils pourraient aggraver les inégalités ou retarder la transition écologique, au lieu de l’accélérer.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir émerger des discussions autour de la régulation de l’IA en France et en Europe. La Commission européenne a d’ores et déjà proposé un cadre législatif, l’AI Act, qui devrait être finalisé d’ici la fin de l’année. Alain Grandjean espère que ce texte intégrera des mécanismes de contrôle des biais algorithmiques, notamment dans les secteurs liés à l’environnement. Reste à savoir si les États membres et le Parlement européen parviendront à un accord ambitieux sur ce point.

Pour l’économiste, la question n’est pas seulement technique, mais politique. « La souveraineté cognitive ne se décrète pas, elle se construit », rappelle-t-il. Les prochaines élections européennes et les débats sur la planification écologique pourraient offrir une fenêtre d’opportunité pour faire avancer ces idées.

Pour Alain Grandjean, la « souveraineté cognitive » désigne un cadre permettant de garantir que les modèles d’intelligence artificielle soient conçus, contrôlés et utilisés de manière transparente et alignée avec l’intérêt général. Cela implique une régulation forte, des audits indépendants et une participation citoyenne active dans les décisions liées à l’IA.