L’intelligence artificielle bouleverse les modèles traditionnels de formation supérieure. Selon Le Figaro, les grandes écoles de commerce, confrontées à la banalisation de certains enseignements et à la multiplication des diplômes, engagent une mutation profonde. Une illustration marquante de cette transformation : l’annonce, le 10 juin 2026, de la création par l’ESCP d’une School of Technology, dont la première promotion ouvrira en 2027. Pari audacieux pour une école historiquement ancrée dans le management, mais qui reflète une tendance plus large dans l’enseignement supérieur.
Ce qu'il faut retenir
- L’ESCP va lancer en 2027 une School of Technology avec une première promotion d’une quarantaine d’étudiants
- Cette nouvelle école sera parrainée par Yann Le Cun, figure majeure de l’IA en France
- L’objectif est de former des managers capables de dialoguer avec des ingénieurs, scientifiques et médecins, dans un contexte où les frontières entre technologie et management s’effacent
- Cette initiative intervient dans un contexte de concurrence accrue avec les écoles d’ingénieurs, perçues comme mieux adaptées aux enjeux technologiques
- Certains observateurs critiquent cette reconversion, y voyant une tentative de combler des lacunes historiques en matière de compétences techniques
L’ESCP mise sur la tech pour se différencier
L’ESCP, institution historique du management en Europe, prend un virage technologique avec la création de sa School of Technology. Annoncée pour 2027, cette école intégrera une première promotion d’une quarantaine d’étudiants, selon les informations communiquées par l’établissement. Yann Le Cun, directeur de l’IA chez Meta et pionnier français du domaine, en sera le parrain. Cette initiative vise à former des profils hybrides, capables de comprendre les enjeux techniques tout en maîtrisant les codes du management.
L’ambition est claire : répondre à un besoin croissant des entreprises, où la collaboration entre managers, ingénieurs et scientifiques devient indispensable. L’IA, en particulier, impose une refonte des compétences. Les écoles de commerce, traditionnellement centrées sur le leadership et la stratégie, doivent désormais intégrer des dimensions techniques pour rester pertinentes.
Un secteur en mutation sous la pression de l’IA et de l’inflation des diplômes
Les grandes écoles de commerce font face à deux défis majeurs. D’abord, l’essor de l’intelligence artificielle rend certains enseignements obsolètes, notamment ceux liés à l’analyse de données ou à l’automatisation des processus. Ensuite, l’inflation des diplômes réduit la valeur perçue de certains masters, poussant les établissements à innover pour se démarquer.
Les écoles d’ingénieurs, perçues comme plus adaptées aux métiers de demain, attirent de plus en plus d’étudiants. Leur approche concrète et leur lien avec les avancées technologiques les placent en position de force. Face à cette concurrence, les écoles de commerce doivent prouver leur utilité dans un monde où la technique et le management ne peuvent plus être dissociés.
Des critiques sur la crédibilité technique de l’initiative
La création de cette School of Technology a suscité des réactions contrastées, notamment sur les réseaux sociaux. Un ancien professeur de l’École des mines a ainsi publié sur LinkedIn : « À la recherche de nouveaux marchés, l’ESCP ne fait-elle pas ici l’aveu que ses managers sont formés indépendamment de toute compétence technique ? On en voit les conséquences dans notre industrie. » Cette critique souligne un paradoxe : comment une école sans historique scientifique peut-elle proposer une formation technique crédible ?
Les détracteurs pointent du doigt un manque de légitimité historique en matière de sciences appliquées. Pour eux, cette reconversion ressemble à une tentative de rattrapage tardif face à des concurrents mieux armés. Pourtant, l’ESCP mise sur son réseau international et son expertise en gestion pour combler ce fossé.
L’enjeu dépasse le cadre de l’ESCP. L’ensemble du secteur de l’enseignement supérieur doit repenser ses modèles pour former des profils capables de s’adapter à un marché du travail en mutation. La School of Technology de l’ESCP n’est qu’une étape dans cette course à l’innovation.
Les écoles de commerce font face à une double pression : d’un côté, l’essor de l’IA rend certains enseignements obsolètes, et de l’autre, la concurrence des écoles d’ingénieurs, perçues comme plus adaptées aux métiers de demain, menace leur attractivité. Se reconvertir dans la tech est une tentative de diversifier leurs compétences et de répondre aux besoins des entreprises, où la collaboration entre managers et experts techniques devient indispensable.