Le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, a défendu mardi 7 juillet au Sénat la stratégie gouvernementale visant à maintenir sur le marché locatif des logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE), à condition que leurs propriétaires engagent des travaux de rénovation dans les cinq ans. Une mesure présentée comme un compromis nécessaire face à la crise du logement, alors que 61 départements français sont placés en vigilance orange canicule ce même jour, selon Franceinfo – Politique.

Ce qu'il faut retenir

  • 700 000 logements classés F ou G devront être rénovés d’ici cinq ans grâce au vote du Sénat prévu dans la journée du 7 juillet 2026, d’après les annonces du ministre.
  • Cette disposition s’inscrit dans un projet de loi sur la relance du logement, qui autorise temporairement la remise sur le marché locatif de ces « passoires thermiques » sous réserve de travaux.
  • Le gouvernement mise sur un « pacte gagnant-gagnant » : propriétaires, locataires, économie locale et environnement en bénéficieraient.
  • MaPrimeRénov’ est maintenue en 2026 avec un recentrage sur les rénovations globales plutôt que sur des travaux par gestes isolés.
  • Le fonds vert, dédié à la rénovation énergétique, est réduit à 837 millions d’euros en 2026, contre 2,4 milliards en 2024.

Un texte controversé face à la crise climatique

Le projet de loi porté par le gouvernement a suscité des interrogations, alors que la France traverse un épisode caniculaire d’une intensité exceptionnelle. Interrogé par Alix Bouilhaguet lors de l’émission « La Matinale » sur Franceinfo, Vincent Jeanbrun a justifié cette mesure en ces termes : « Il vaut mieux avoir un toit 12 mois de l’année, moins quelques jours de canicule, que pas de toit du tout. » L’argument central repose sur la nécessité de ne pas réduire davantage l’offre locative, déjà sous tension dans de nombreuses régions.

Le ministre a rappelé que 24 % des Franciliens vivant dans des passoires thermiques quittent leur logement pendant les vagues de chaleur estivales. Pour autant, il a insisté sur la priorité absolue donnée à la lutte contre ces logements indignes, tout en soulignant l’urgence de trouver un équilibre entre urgence climatique et crise du logement. « On doit lutter contre les passoires thermiques l’hiver comme l’été, mais il faut des solutions pragmatiques », a-t-il ajouté.

Un plan de rénovation ambitieux… mais sous conditions

Le texte, inspiré d’une proposition de loi sénatoriale portée par la sénatrice Amel Gacquerre (UDI), prévoit que les propriétaires de logements classés F ou G aient l’obligation de réaliser des travaux dans un délai de trois à cinq ans, selon qu’il s’agisse d’une maison individuelle ou d’un bâtiment collectif. L’objectif affiché est clair : rendre 700 000 logements décents et sobres en énergie d’ici 2031, comme l’a confirmé Vincent Jeanbrun lors de son intervention.

Le ministre a détaillé les contours de ce plan, qu’il qualifie de « quadruple gagnant » : les propriétaires conservent des revenus locatifs tout en améliorant la valeur de leur bien, les locataires accèdent à des logements rénovés, les artisans locaux profitent d’un marché porteur, et l’impact environnemental est réduit. « On travaille à un grand plan de rénovation du bâti en France », a-t-il résumé.

MaPrimeRénov’ recentrée, le fonds vert en baisse

Face aux critiques sur la baisse des aides à la rénovation, Vincent Jeanbrun a défendu le maintien du budget de MaPrimeRénov’ en 2026, rejetant l’idée d’une réduction drastique des moyens alloués. « MaPrimeRénov’ a non seulement été maintenue budgétairement par rapport à 2025, mais nous avons même réussi à renforcer l’accompagnement des ménages », a-t-il affirmé. Il a précisé que le dispositif, créé en 2020, avait été recentré sur les rénovations globales plutôt que sur des travaux par gestes, jugés moins efficaces pour améliorer durablement la performance énergétique des logements.

Le ministre a reconnu que le recentrage avait pu donner l’impression d’une réduction des aides, notamment pour les petits travaux comme l’installation de pompes à chaleur réversibles. « On accompagne toujours les gestes comme les pompes à chaleur, qui permettent à la fois de chauffer en hiver et de climatiser en été, mais l’accent est mis sur les rénovations complètes », a-t-il expliqué. Concernant le fonds vert, outil clé pour les collectivités locales, il a reconnu une baisse significative de son enveloppe, passée de 2,4 milliards d’euros en 2024 à 837 millions en 2026, dont près de 20 % sont actuellement gelés.

La rénovation des écoles : un chantier qui patine

Interrogé sur la lenteur de la rénovation des écoles, un sujet particulièrement sensible en période de canicule, Vincent Jeanbrun a rappelé la responsabilité partagée entre l’État et les municipalités. « Les écoles sont d’abord de la compétence des maires, mais l’État apporte un soutien financier crucial », a-t-il souligné. Il a cité son expérience personnelle en tant que maire de L’Haÿ-les-Roses, où deux des huit groupes scolaires de la commune ont été entièrement rénovés. « Même avec des moyens limités, on peut avancer, mais il faut du temps et de la coordination », a-t-il ajouté.

Le gouvernement a lancé en 2023 un plan pour la rénovation des écoles, mais les résultats restent modestes : seulement 6 500 établissements ont été rénovés depuis, soit environ un sur sept. Vincent Jeanbrun a imputé ce retard à l’ampleur du chantier et à la nécessité d’un accompagnement technique et financier adapté aux collectivités.

« La canicule exceptionnelle que nous traversons nous rappelle l’urgence d’agir, mais les moyens doivent être à la hauteur des ambitions. On ne peut pas tout faire en même temps. »
— Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement

Et maintenant ?

Le projet de loi sur la relance du logement doit être adopté définitivement par le Sénat d’ici la fin de la semaine, avant une éventuelle validation par l’Assemblée nationale. Les prochaines étapes consisteront à préciser les modalités pratiques de mise en œuvre des rénovations, notamment pour les propriétaires les plus modestes. Par ailleurs, le gouvernement devrait présenter d’ici l’automne 2026 un plan complémentaire pour accélérer la rénovation des bâtiments publics, dont les écoles, en lien avec les collectivités locales. La question des moyens alloués au fonds vert et à MaPrimeRénov’ restera également un sujet de débat, alors que les associations de défense du logement et les acteurs de la rénovation réclament un engagement financier plus fort.

Ce texte s’inscrit dans une stratégie globale de transition énergétique des bâtiments, qui représente 45 % de la consommation énergétique nationale et 25 % des émissions de gaz à effet de serre. Reste à savoir si les mesures annoncées suffiront à concilier urgence climatique, crise du logement et réalités budgétaires.

Seuls les logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE) sont concernés. Le gouvernement estime que 700 000 logements sont dans cette situation en France et doivent être rénovés d’ici cinq ans pour pouvoir rester loués.

Cette baisse s’explique par la nécessité de maîtriser les dépenses publiques dans un contexte de tensions budgétaires. Le gouvernement a cependant assuré que MaPrimeRénov’ serait maintenue et recentrée sur les rénovations globales, jugées plus efficaces pour réduire la précarité énergétique.