Entre juillet 2025 et juin 2026, 7 825 personnes ont été enlevées au Nigeria, selon les chiffres compilés par le site nigérian Premium Times à partir d’un rapport de SBM Intelligence. Le montant total des rançons versées par les familles et les entreprises a atteint 7,78 milliards de nairas — soit un peu plus de 5 millions d’euros, un chiffre en forte hausse malgré une baisse apparente des sommes exigées initialement.

Ce qu’il faut retenir

  • Entre juillet 2025 et juin 2026, 7 825 enlèvements ont été recensés au Nigeria, avec 7,78 milliards de nairas (5 M€) versés en rançons.
  • Le montant total des rançons exigées a baissé (de 48 à 22,9 milliards de nairas), mais les sommes effectivement payées ont triplé.
  • Boko Haram percevrait 90 % des rançons versées, soit 7 milliards de nairas, pour seulement huit enlèvements.
  • Deux enlèvements de masse en 2025-2026 ont rapporté respectivement 2 et 5 milliards de nairas aux ravisseurs.
  • Quatre victimes sur cinq sont enlevées lors d’opérations collectives, selon The Guardian Nigeria.
  • Des accusations de collusion entre policiers et ravisseurs émergent, notamment via des barrages routiers.

Une économie criminelle en plein essor

Le Nigeria est confronté à une prolifération sans précédent des enlèvements contre rançon, qui s’est transformée en une véritable industrie criminelle. Selon Premium Times, citant SBM Intelligence, les rançons versées entre juillet 2025 et juin 2026 s’élèvent à 7,78 milliards de nairas, un montant en hausse de plus de 200 % par rapport aux périodes précédentes. Pourtant, le montant total des rançons exigées a diminué, passant de 48 à 22,9 milliards de nairas. Cette apparente contradiction s’explique par le fait que les familles et les entreprises paient désormais plus systématiquement, par crainte pour la vie de leurs proches ou par manque d’alternatives.

Cette évolution illustre la normalisation du phénomène : « L’industrie du kidnapping s’est désormais propagée dans tout le pays », souligne Premium Times. Le nord du Nigeria reste le plus touché, en raison de la présence historique de groupes djihadistes comme Boko Haram. Les enlèvements de masse sont devenus la norme, avec quatre victimes sur cinq enlevées lors d’opérations collectives, indique The Guardian Nigeria.

Boko Haram, principal bénéficiaire des rançons

Le groupe djihadiste Boko Haram — dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché » en haoussa et en arabe — est le principal bénéficiaire de cette manne financière. Selon The Guardian Nigeria, il aurait perçu 90 % des rançons versées, soit 7 milliards de nairas, pour seulement huit enlèvements. Le groupe cible particulièrement les établissements scolaires, perpétuant une stratégie déjà observée lors de l’enlèvement de plus de 200 lycéennes à Chibok en 2014.

Parmi les cas les plus médiatisés ces derniers mois figurent deux enlèvements de masse. En novembre 2025, dans l’État de Niger, 315 élèves et membres du personnel de la St Mary’s School, à Papiri, ont été kidnappés. Une rançon de 2 milliards de nairas — près de 1,3 million d’euros — a finalement été versée. En mars 2026, à Ngoshe, dans l’État de Borno, 416 personnes ont été enlevées contre une rançon de 5 milliards de nairas, soit plus de 3 millions d’euros. Ces montants record reflètent l’ampleur de la crise et la capacité des groupes armés à monétiser leurs activités criminelles.

Des accusations de complicité au sein des forces de sécurité

L’ampleur du phénomène a aussi donné lieu à des accusations de collusion entre des membres des forces de sécurité et les ravisseurs. L’influenceur nigérian Martins Vincent Otse, connu sous le pseudonyme « VeryDarkMan » (VDM), a affirmé sur les réseaux sociaux que des policiers postés aux barrages routiers transmettaient des informations sur les voyageurs aux groupes criminels. Ces allégations, rapportées par le quotidien This Day, ont été immédiatement contestées par la police, qui a demandé à VDM de fournir des preuves sous 24 heures.

Face à ces accusations, la Rule of Law and Accountability Advocacy Centre (RULAAC), une ONG nigériane de défense des droits humains basée à Lagos, a appelé à une enquête indépendante. Son directeur exécutif a rappelé que des affaires similaires avaient déjà été documentées, impliquant des policiers ou d’autres agents de sécurité reconnus coupables dans le passé. Pour l’ONG, la priorité reste une « enquête crédible, indépendante et transparente », plutôt qu’une réponse défensive des institutions. « La confiance dans les forces de l’ordre est en jeu », a-t-elle souligné.

« La réponse appropriée à ces graves accusations demeure une enquête crédible, indépendante et transparente, et non une attitude défensive institutionnelle ou corporatiste. »
— RULAAC, ONG nigériane de défense des droits humains

Le nord-est, épicentre d’une insurrection djihadiste persistante

Le nord-est du Nigeria, berceau de l’insurrection de Boko Haram, reste l’épicentre de cette crise. Le groupe, classé comme organisation terroriste par le Conseil de sécurité des Nations unies, y mène des opérations régulières contre les forces de sécurité et les civils. Les enlèvements contre rançon, autrefois marginaux, sont désormais intégrés à sa stratégie de financement, aux côtés des attaques armées et des attentats-suicides. La capacité des autorités à endiguer ce phénomène est limitée, d’autant que les groupes djihadistes profitent des faiblesses structurelles de l’État nigérian : corruption, manque de moyens et instabilité politique.

Cette situation s’inscrit dans un contexte régional marqué par la montée en puissance des groupes armés dans le Sahel, où le djihadisme se propage depuis plusieurs années. Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, est devenu un terrain propice à l’expansion de ces réseaux criminels et terroristes, avec des répercussions sur la stabilité du pays et de ses voisins.

Et maintenant ?

Les autorités nigérianes pourraient être contraintes d’adopter une approche plus musclée pour lutter contre ce fléau. Une enquête indépendante sur les accusations de collusion au sein des forces de sécurité serait un premier pas, mais son déclenchement reste incertain. Par ailleurs, la pression internationale — notamment de la part des organisations de défense des droits humains — pourrait pousser Abuja à renforcer ses dispositifs de sécurité autour des écoles et des axes routiers. Enfin, la communauté internationale pourrait être amenée à reconsidérer son soutien financier si les autorités ne parviennent pas à endiguer cette économie criminelle.

Dans l’immédiat, les familles des victimes restent en première ligne, souvent contraintes de s’endetter ou de vendre leurs biens pour payer les rançons. Tant que l’impunité persistera et que les groupes armés continueront de bénéficier de financements aussi importants, le cycle des enlèvements contre rançon devrait se poursuivre, aggravant encore la crise humanitaire dans une région déjà en proie à l’instabilité.

Les rançons exigées par les groupes criminels et djihadistes ont effectivement diminué, passant de 48 à 22,9 milliards de nairas entre 2024 et 2026. Cependant, le nombre d’enlèvements a explosé, et les familles ou entreprises paient désormais plus fréquemment et plus rapidement pour éviter des représailles. Selon Premium Times, cette hausse s’explique par la peur des victimes et l’absence de filet de sécurité de l’État.

Plusieurs pistes sont évoquées : renforcement des enquêtes indépendantes sur les allégations de collusion au sein des forces de sécurité, sécurisation accrue des écoles et des axes routiers, et pression internationale pour un soutien financier conditionné à des réformes structurelles. Une réunion d’urgence de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pourrait être organisée d’ici la fin de l’année 2026 pour coordonner une réponse régionale.