Une question cruciale agite désormais le secteur agricole européen : à qui reviendront les innovations issues des Nouvelles techniques génomiques (NGT), officiellement autorisées en Europe depuis quelques mois ? Ouest France révèle que des semenciers s’alarment d’une possible « appropriation du vivant » par les multinationales du secteur, craignant un frein à l’innovation.
Ce qu'il faut retenir
- Les Nouvelles techniques génomiques (NGT) sont désormais autorisées en Europe, ouvrant la voie à de nouvelles innovations végétales.
- Des semenciers expriment des craintes quant à une concentration du pouvoir entre les mains de quelques géants du secteur, risquant de limiter l’accès aux innovations.
- Ces craintes portent sur la propriété intellectuelle des nouvelles variétés créées, avec un risque de monopole sur le marché des semences.
- Certains acteurs du secteur estiment que cette situation pourrait freiner l’innovation et limiter la diversité des solutions proposées aux agriculteurs.
Les NGT, une révolution réglementée mais controversée
Adoptées en Europe à la suite d’une révision législative, les NGT permettent de modifier le génome des plantes avec une précision inédite, sans nécessairement recourir à des techniques transgéniques traditionnelles. Ouest France souligne que cette avancée technologique suscite autant d’enthousiasme que de méfiance dans le milieu agricole. Si les partisans y voient un outil pour améliorer la résistance des cultures face au changement climatique ou aux maladies, ses détracteurs redoutent un contrôle accru du secteur par un petit nombre d’acteurs.
Parmi les inquiétudes exprimées figure notamment la question de la brevetabilité des innovations. Plusieurs semenciers de taille moyenne craignent que les géants comme Bayer, Syngenta ou Corteva ne s’accaparent les brevets sur les nouvelles variétés, rendant impossible leur utilisation par des concurrents ou des petits producteurs.
« Une appropriation du vivant » selon les opposants
Un collectif de semenciers indépendants, contacté par Ouest France, dénonce une « logique de prédation » dans l’attribution des droits de propriété intellectuelle. «
Si les multinationales s’emparent des NGT, on assistera à une uniformisation des variétés disponibles, avec des conséquences dramatiques pour la biodiversité et la souveraineté alimentaire des territoires», a expliqué un porte-parole sous couvert d’anonymat. Ces craintes s’appuient sur des précédents, comme le quasi-monopole exercé par quelques groupes sur le marché des semences de maïs ou de soja en Amérique du Nord.
Les défenseurs de cette technologie rappellent en revanche que les NGT pourraient permettre de développer des cultures plus résilientes, comme des blés tolérants à la sécheresse ou des pommes de terre résistantes aux parasites, sans recourir à des OGM classiques. Pour eux, l’enjeu n’est pas tant la concentration du secteur que la nécessité d’encadrer strictement l’accès aux innovations.
Un débat qui dépasse le cadre technique
Le débat sur les NGT s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de la propriété du vivant. En 2023, la Cour de justice de l’Union européenne avait déjà rappelé que les produits issus de certaines techniques de mutagenèse devaient être soumis à la réglementation OGM. La nouvelle autorisation des NGT a relancé les discussions, avec des positions tranchées entre industriels et associations de défense de l’agriculture paysanne.
Côté entreprises, le géant allemand Bayer a indiqué, dans un communiqué transmis à Ouest France, vouloir « collaborer avec les acteurs du secteur pour garantir un accès équitable aux innovations ». Pour autant, aucun détail n’a été fourni sur les mécanismes concrets envisagés pour éviter une mainmise exclusive sur les brevets.
Une chose est sûre : le débat ne fait que commencer, et il engage l’avenir de l’agriculture européenne.
Les groupes les plus souvent cités sont Bayer, Syngenta (filiale du chinois ChemChina), Corteva Agriscience, Limagrain et Rijk Zwaan. Ces entreprises dominent une grande partie du marché des semences en Europe et dans le monde.