Selon nos confrères de Euronews FR, l’Union européenne mise de nouveau sur le nucléaire pour sécuriser son approvisionnement énergétique, face aux crises récentes et à la guerre en Iran. Une position soutenue par le commissaire européen à l’action pour le climat, Wopke Hoekstra, qui a cité l’atome parmi les solutions prioritaires pour les pays membres.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, le nucléaire a représenté 23,3 % de la production électrique de l’UE, devant le solaire (13,1 %) et l’éolien (17,1 %).
  • La France, leader européen, a produit 68,8 % de son électricité grâce au nucléaire en 2025, contre 170 TWh pour l’Allemagne en 2020 avant sa sortie progressive du nucléaire.
  • Un réacteur nucléaire consomme entre 1 514 et 2 725 litres d’eau par MWh, ce qui en fait la source d’électricité la plus gourmande en eau.
  • En 2025, l’Europe a installé 36 GWh supplémentaires de systèmes de stockage par batteries, portant sa capacité totale à plus de 100 GWh.
  • L’Allemagne, sortie du nucléaire en avril 2023, a couvert 44 % de ses besoins électriques par l’éolien et le solaire en 2025, réduisant sa dépendance au charbon à 21 %.

Un retour en grâce du nucléaire après Fukushima

Le 11 mars 2011, un séisme suivi d’un tsunami dévastateur au Japon a provoqué la fusion de trois réacteurs à la centrale de Fukushima Daiichi, libérant des substances radioactives et forçant l’évacuation de milliers de personnes. L’accident avait alors relancé le débat sur la sécurité du nucléaire, poussant plusieurs pays à revoir leurs stratégies énergétiques. Pourtant, quinze ans plus tard, la crise énergétique consécutive à la guerre en Iran a conduit l’Europe à réévaluer son approche.

Dans un entretien exclusif accordé à Euronews FR, le commissaire européen à l’action pour le climat, Wopke Hoekstra, a intégré le nucléaire parmi les énergies sur lesquelles les États membres doivent s’appuyer. Une position qui contraste avec les appels à la prudence lancés par certains experts, dont la Dre Bettina Wittneben, maîtresse de conférences à l’université d’Oxford. Celle-ci met en garde contre une vision simplifiée des avantages du nucléaire.

Le nucléaire est-il vraiment une énergie « propre » ?

Souvent présenté comme une solution faible en carbone, le nucléaire suscite pourtant des débats sur son bilan environnemental réel. Si les réacteurs n’émettent pas de CO₂ pendant leur fonctionnement, leur empreinte carbone globale reste significative. « Les structures en béton des centrales, l’extraction de l’uranium et la gestion des déchets radioactifs doivent être pris en compte dans le bilan carbone », souligne la Dre Wittneben. Elle rappelle que le démantèlement des centrales, une fois leur durée de vie terminée, représente également un coût environnemental et financier non négligeable.

Contrairement aux énergies renouvelables, le nucléaire n’est pas une ressource inépuisable. Son approvisionnement en uranium dépend de mines dont l’exploitation génère des émissions de gaz à effet de serre, tandis que le transport du combustible ajoute une empreinte carbone supplémentaire. Autant dire que l’atome, bien que moins polluant que le charbon ou le gaz, ne peut prétendre à une neutralité carbone totale.

Des centrales nucléaires vulnérables face aux canicules

L’été 2026 a été marqué par des vagues de chaleur extrême en Europe, qualifiées par les scientifiques de « quasiment impossibles » sans l’influence du changement climatique. Ces conditions ont mis en lumière la vulnérabilité des infrastructures nucléaires, très gourmandes en eau pour le refroidissement des réacteurs. Plusieurs pays, dont la France, la Hongrie et la Roumanie, ont dû réduire temporairement la puissance de leurs centrales ou les arrêter par précaution.

Un réacteur nucléaire consomme entre 1 514 et 2 725 litres d’eau par MWh, soit plusieurs centaines de gigalitres par an. Sans un accès constant à une source d’eau fiable, le risque de surchauffe du cœur du réacteur devient critique, pouvant entraîner des rejets radioactifs. Les centrales à charbon et l’hydroélectricité ont également subi des perturbations, mais le solaire a montré une résilience remarquable. Selon le groupe de réflexion Ember, la production solaire a progressé de 17 % lors des pics de chaleur en juin et juillet, devenant la seule grande source d’électricité à « mieux fonctionner que d’habitude » par temps chaud.

Le nucléaire face au défi de la « Hellbrise »

Le terme « Hellbrise » – contraction de « hell » (clair) et « breeze » (brise) – désigne un phénomène où l’excédent d’électricité produit par les énergies intermittentes (éolien, solaire) devient ingérable pour le réseau. Lorsque la demande est faible mais que l’offre est élevée, l’énergie excédentaire est gaspillée, voire vendue à prix négatifs. Ce problème, souvent instrumenté par les défenseurs des énergies fossiles, est présenté comme une faiblesse des renouvelables. Pourtant, certains experts pointent du doigt le nucléaire comme une solution tout aussi problématique.

« Les centrales nucléaires sont longues et coûteuses à arrêter, ce qui amplifie le défi de la Hellbrise », explique la Dre Wittneben. Contrairement aux énergies fossiles, le nucléaire ne permet pas une flexibilité immédiate en cas de surplus ou de pénurie. L’UE mise désormais sur les systèmes de stockage par batteries (BESS) pour pallier ce problème. En 2025, 36 GWh de capacités supplémentaires ont été installés, portant le total à plus de 100 GWh – une capacité suffisante pour alimenter environ 75 millions de foyers pendant une journée.

La France et l’Allemagne, deux modèles opposés

En 2025, l’Union européenne a produit 652 TWh d’électricité nucléaire, soit 23,3 % de son mix électrique. La France, avec 392 TWh générés, reste le leader incontesté, produisant 68,8 % de son électricité grâce au nucléaire. D’autres pays comme l’Espagne (54,1 TWh), la Suède (46,7 TWh) ou la Finlande (32,8 TWh) dépendent également fortement de l’atome. Grâce aux interconnexions électriques, des États sans centrale nucléaire, comme l’Italie ou l’Irlande, importent une partie de leur électricité depuis des pays voisins producteurs d’atome.

À l’inverse, l’Allemagne a choisi de sortir progressivement du nucléaire. En 2020, le pays produisait encore 170 TWh grâce à l’atome, mais une loi adoptée cette année-là a acté la fermeture de ses dernières centrales le 15 avril 2023. Une décision critiquée par le chancelier Friedrich Merz, qui y voyait une « grave erreur stratégique ». Pourtant, en 2025, l’éolien et le solaire couvraient 44 % des besoins électriques allemands, dépassant les énergies fossiles d’un point. Le charbon, qui représentait plus de la moitié de la production en 2000, est tombé à 21 % l’an dernier, avec l’objectif de l’éliminer d’ici 2038.

Et maintenant ?

L’avenir du nucléaire en Europe dépendra de plusieurs facteurs : la capacité des États à financer de nouveaux réacteurs, l’évolution des réglementations sur les déchets radioactifs, et la résilience des réseaux face aux changements climatiques. Les prochaines années pourraient voir une accélération des projets de petits réacteurs modulaires (SMR), présentés comme une solution plus flexible et moins coûteuse. Cependant, leur déploiement à grande échelle reste incertain, tout comme leur acceptation par les populations.

Pour les experts comme la Dre Wittneben, la priorité devrait plutôt être donnée au stockage de l’énergie et à l’optimisation des réseaux, plutôt qu’à une relance massive du nucléaire. Reste à voir si les décideurs politiques écouteront ces mises en garde.

L’Europe se trouve ainsi à un carrefour : faut-il miser sur une technologie mature mais coûteuse et risquée, ou accélérer la transition vers des énergies renouvelables couplées à des solutions de stockage innovantes ? La réponse déterminera en grande partie la trajectoire climatique du continent dans les décennies à venir.

Le nucléaire est qualifié de « propre » car il n’émet pas de CO₂ pendant sa production d’électricité, contrairement aux énergies fossiles. Cependant, son bilan carbone intègre l’extraction de l’uranium, la construction des centrales en béton, le transport du combustible et la gestion des déchets radioactifs. Selon la Dre Bettina Wittneben, ces éléments doivent être pris en compte pour une évaluation réaliste de son impact environnemental.

La « Hellbrise » désigne un phénomène où l’excédent d’électricité produite par les énergies intermittentes (éolien, solaire) lors de journées très ensoleillées et venteuses dépasse la capacité d’absorption du réseau, entraînant du gaspillage ou des prix négatifs. Le nucléaire, en raison de ses coûts élevés d’arrêt et de redémarrage, ne permet pas une flexibilité suffisante pour résoudre ce problème. Les systèmes de stockage par batteries (BESS) sont actuellement présentés comme une solution plus adaptée.