Un outil numérique inédit permet aujourd’hui de voyager à travers les routes de l’Empire romain comme si l’on utilisait une application de navigation moderne. Baptisé OmnesViae, cette plateforme gratuite et accessible depuis un navigateur calcule les itinéraires entre les villes antiques et indique le temps de trajet nécessaire à pied ou à cheval, il y a près de 2 000 ans. Selon Euronews FR, ce projet s’appuie sur des sources historiques majeures, dont la Tabula Peutingeriana, une carte médiévale reproduisant le réseau routier officiel de Rome.

Ce qu'il faut retenir

  • Un ingénieur néerlandais, René Voorburg, a créé OmnesViae pour reconstituer les routes romaines et calculer les temps de trajet entre les villes antiques.
  • L’outil utilise principalement la Tabula Peutingeriana et l’Itinéraire antonin, deux documents historiques clés, pour tracer les itinéraires.
  • Le site permet de visualiser des étapes intermédiaires, souvent situées près de fleuves ou de localités encore existantes, parfois sous un autre nom.
  • Pour un trajet Madrid-Milan, le système indique un voyage de 43 jours à l’époque romaine, contre 16 heures en voiture aujourd’hui.
  • Le code et la base de données d’OmnesViae sont en accès libre sur Codeberg, et l’outil a été entièrement repensé en 2024 avec une assistance d’intelligence artificielle.

Un réseau routier antique reconstitué à partir de documents historiques

Le projet OmnesViae, développé par René Voorburg, repose sur deux piliers documentaires majeurs : la Tabula Peutingeriana et l’Itinéraire antonin. Le premier document, une copie médiévale d’une carte romaine, représente le cursus publicus, c’est-à-dire le réseau routier officiel de l’Empire. La partie occidentale de ce document ayant disparu, les données correspondantes proviennent du second registre, l’Itinéraire antonin, un guide de voyage datant de l’Antiquité.

Voorburg a également puisé dans les travaux de l’historien Richard Talbert sur la Tabula Peutingeriana et dans les données géolocalisées du projet Pleiades, une base de données collaborative dédiée à l’Antiquité. L’objectif ? Offrir une vision précise des axes de communication romains, comme l’explique Euronews FR. Le résultat est accessible à tous, gratuitement, via le site Omnesviae.org, compatible avec les navigateurs mobiles et ordinateurs.

Un fonctionnement similaire aux applications de navigation actuelles

L’utilisation d’OmnesViae est intuitive : il suffit de sélectionner un point de départ et une destination pour que l’outil trace un itinéraire jaune sur une carte moderne. Le système calcule ensuite la durée du trajet en fonction des distances enregistrées dans les sources antiques, qu’il s’agisse d’un voyage à pied ou à cheval. Les étapes intermédiaires sont détaillées, ce qui permet de suivre le parcours des voies romaines, souvent tracées le long des fleuves ou à proximité de villes encore existantes sous un autre nom.

À titre d’exemple, en saisissant Madrid et Milan comme destinations, le site identifie ces villes sous leurs noms antiques, Miaccum et Mediolanvm. Les étapes intermédiaires incluent Conplutum (l’actuelle Alcalá de Henares), Avgvsta Tavrinorvm (Turin) et Placentia (Piacenza). Pour un trajet de 1 500 milles romains, soit environ 2 200 kilomètres, le voyage aurait duré 43 jours à l’époque romaine. À titre de comparaison, le même itinéraire prend aujourd’hui 16 heures en voiture, ou 14 jours à pied.

Un projet collaboratif et évolutif, ouvert à tous

Au-delà de sa fonction de calcul d’itinéraires, OmnesViae se distingue par sa transparence. Le code source et la base de données sont en libre accès sur Codeberg, une plateforme dédiée au développement collaboratif. Cette démarche permet à quiconque de contribuer au projet ou d’exploiter les données pour d’autres recherches. Pour René Voorburg, il s’agit de rendre accessible une partie méconnue de l’histoire romaine, en s’appuyant sur des décennies de travaux académiques.

Le site a d’ailleurs été entièrement repensé en 2024, avec l’intégration d’une assistance par intelligence artificielle pour les traductions et la génération d’illustrations. Cette mise à jour a permis d’améliorer l’ergonomie et d’enrichir les fonctionnalités, tout en conservant la rigueur historique des données. Euronews FR souligne que ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large : celle de la numérisation du patrimoine antique, qui voit émerger d’autres initiatives similaires ces dernières années.

Et maintenant ?

D’autres projets tentent de reconstituer les réseaux de communication romains avec des approches variées. Certains se concentrent sur le calcul des coûts et des temps de voyage en fonction des saisons, tandis que d’autres visent à documenter précisément le tracé physique des voies antiques grâce à des outils de cartographie numérique. Pour OmnesViae, la prochaine étape pourrait consister à étendre la couverture géographique des données ou à intégrer de nouvelles sources historiques, afin d’affiner encore les résultats. Une chose est sûre : les outils numériques comme celui-ci continuent de transformer notre rapport à l’histoire, en la rendant plus interactive et accessible.

Reste à voir comment ces initiatives pourraient inspirer d’autres domaines, comme l’archéologie ou l’enseignement, où la visualisation des données historiques prend une importance croissante. Pour l’heure, OmnesViae offre une plongée fascinante dans le passé, à mi-chemin entre la recherche académique et l’outil grand public.

Le site utilise les distances mentionnées dans les sources antiques, comme la Tabula Peutingeriana ou l’Itinéraire antonin, pour estimer le temps de trajet en fonction de la vitesse moyenne d’un voyageur à pied ou à cheval. Ces données sont ensuite comparées aux distances modernes pour fournir une estimation réaliste.

Oui, le site est conçu pour être compatible avec les navigateurs mobiles. Il suffit d’accéder à Omnesviae.org depuis un téléphone ou une tablette pour tracer des itinéraires antiques.