Alors que la rentrée économique et budgétaire s’annonce particulièrement incertaine, l’Union des entreprises de proximité (U2P) a été reçue par le Premier ministre pour tirer la sonnette d’alarme sur la fragilité croissante des artisans, commerçants et professionnels libéraux. Selon nos confrères de BFM Business, cette rencontre a permis d’aborder deux sujets majeurs : l’accompagnement des petites structures face à l’obligation de facturation électronique et la nécessité de ne pas alourdir davantage leurs charges. Entre défaillances en hausse et craintes d’un nouveau carcan administratif, les entrepreneurs appellent à des mesures concrètes.
Ce qu'il faut retenir
- 17 486 procédures collectives ont été enregistrées au deuxième trimestre 2026, soit une progression de 5,4 % sur un an, selon Altares
- Depuis le début de l’année, 37 700 défaillances ont été recensées, un chiffre qui inquiète particulièrement les très petites entreprises
- L’U2P représente 3,5 millions de chefs d’entreprise employant près de 6 millions d’actifs
- La facturation électronique est obligatoire pour les entreprises assujetties à la TVA depuis le 1er septembre 2026, avec un report d’un an pour les PME et TPE
- L’organisation patronale réclame un accompagnement « soutenu et bienveillant » pour les plus petites structures
Une fragilité économique qui s’aggrave
L’U2P, qui fédère artisans, commerçants et professionnels libéraux, dresse un constat alarmant : les défaillances d’entreprises se multiplient. Selon les données d’Altares, 17 486 procédures collectives ont été engagées entre avril et juin 2026, soit une hausse de 5,4 % par rapport à la même période en 2025. Depuis le début de l’année, 37 700 défaillances ont été recensées, un niveau qui interroge sur la capacité de résistance des petites structures face aux chocs économiques récents.
Les très petites entreprises (TPE) paient un lourd tribut. D’après la Banque de France, leur nombre de défaillances a bondi de 9,5 % sur un an à fin février 2026, dépassant de plus de 70 % leur moyenne observée entre 2010 et 2019. Pour l’U2P, cette situation s’explique notamment par les séquelles de la crise énergétique, l’inflation persistante et l’érosion des marges, trois facteurs qui ont fragilisé des pans entiers du tissu économique local.
Facturation électronique : un risque de surcharge pour les petites structures
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent être capables de recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et les ETI ont, elles, l’obligation d’émettre sous ce format. Pour les PME, TPE et microentreprises, cette contrainte n’entrera en vigueur qu’en septembre 2027. Malgré ce délai supplémentaire, l’U2P craint que l’application de cette mesure ne soit trop complexe pour les plus petites structures, au point de les pousser à « mettre la clé sous la porte ».
« Toute nouvelle obligation mal préparée pourrait avoir des conséquences dramatiques pour nos adhérents », a souligné Michel Picon, président de l’U2P. L’organisation réclame donc un accompagnement « soutenu et bienveillant » pour faciliter la transition, sans quoi le dispositif risquerait d’accélérer les fermetures d’entreprises déjà en difficulté.
« Toute nouvelle obligation mal préparée pourrait avoir des conséquences dramatiques pour nos adhérents. »
— Michel Picon, président de l’U2P
Des revendications précises pour relancer l’économie
L’U2P ne se contente pas de tirer la sonnette d’alarme : elle formule aussi des propositions pour soutenir les entreprises. En tête de ses demandes, le maintien de la promesse gouvernementale de ne pas augmenter la fiscalité des entreprises par rapport à 2025, une mesure saluée par les professionnels. Michel Picon a d’ailleurs rappelé que cette stabilité fiscale répondait à « l’une de [leurs] principales revendications ».
Parallèlement, l’organisation patronale plaide pour une réduction des dépenses publiques et sociales afin de redresser les comptes publics, plutôt que pour de nouveaux prélèvements. Elle se félicite également d’avoir été entendue sur le maintien des aides à l’apprentissage, jugées essentielles pour le recrutement et la transmission des savoir-faire dans les entreprises artisanales.
Les points de friction persistent
Malgré ces avancées, plusieurs sujets de tension subsistent. L’U2P demande notamment une révision des règles du cumul emploi-retraite, jugées trop restrictives, ainsi que l’assouplissement de l’obligation faite à certains conjoints collaborateurs d’opter pour le statut de salarié ou d’associé. Autre pomme de discorde : les règles actuelles de représentativité patronale, accusées de favoriser les organisations représentant les grandes entreprises. L’U2P propose ainsi que le poids de chaque organisation soit calculé pour moitié selon le nombre d’entreprises adhérentes et pour moitié selon leurs effectifs salariés.
Ces désaccords illustrent la complexité des négociations entre le gouvernement et les représentants des petites entreprises, alors que l’économie française reste sous tension. « Nous attendons désormais que l’écoute constructive du gouvernement débouche sur des décisions concrètes », a indiqué Michel Picon après la rencontre avec le Premier ministre.
En attendant, la situation des petites entreprises continue de préoccuper les acteurs économiques. Alors que l’inflation et la hausse des coûts énergétiques pèsent sur leurs marges, toute nouvelle contrainte administrative pourrait s’avérer fatale. La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics : entre accompagnement et fermeté budgétaire, le gouvernement devra trouver un équilibre difficile.
La facturation électronique impose aux entreprises des outils et des compétences souvent coûteux et complexes à mettre en place pour les TPE et PME. Sans accompagnement adapté, cette obligation pourrait aggraver leur situation financière déjà fragile, en raison des coûts de transition et de la nécessité de former les équipes.
Pour les grandes entreprises et les ETI, l’obligation d’émettre des factures électroniques est déjà en vigueur depuis le 1er septembre 2026. Les PME, TPE et microentreprises disposent d’un délai supplémentaire jusqu’au 1er septembre 2027 pour se conformer à cette règle. Un accompagnement spécifique leur est promis pour faciliter cette transition.