Les vagues de chaleur se multiplient en France et en Europe avec l’intensification du réchauffement climatique. Pourtant, face à des températures identiques, certains individus traversent ces épisodes sans difficulté, tandis que d’autres souffrent rapidement de malaises, d’épuisement voire de complications graves. Selon Futura Sciences, cette variabilité s’explique par une combinaison complexe de facteurs génétiques, physiologiques et environnementaux, dont l’importance respective fait encore l’objet de recherches approfondies.
Un rapport publié en 2023 par la PHG Foundation de l’Université de Cambridge a dressé un état des lieux des connaissances sur ce sujet. Les auteurs y soulignent que notre capacité à supporter la chaleur résulte d’un ensemble de mécanismes biologiques interdépendants, où la génétique n’intervient qu’en partie. L’acclimatation, l’état de santé général et la condition physique jouent en effet un rôle tout aussi déterminant, si ce n’est plus documenté.
Ce qu'il faut retenir
- La résistance à la chaleur dépend d’une interaction entre génétique, physiologie et environnement, selon une étude de la PHG Foundation (2023).
- Plusieurs gènes, comme TRPV1, pourraient influencer la perception de la chaleur, mais leur rôle exact reste à préciser.
- Les Heat Shock Proteins (HSP), protéines de choc thermique, protègent les cellules lors des stress thermiques et pourraient expliquer des différences individuelles.
- L’acclimatation — adaptation progressive à la chaleur — améliore significativement la tolérance, notamment chez les habitants des régions chaudes ou les travailleurs exposés.
- L’âge, les maladies chroniques (cardiovasculaires, diabète, obésité) et certains médicaments augmentent fortement les risques de complications lors des canicules.
La génétique : un rôle encore mal cerné, mais réel
Depuis plusieurs années, les scientifiques suspectent que notre patrimoine génétique influence notre réponse aux fortes chaleurs. Le rapport de la PHG Foundation de Cambridge, publié en 2023, confirme cette hypothèse tout en rappelant que son importance quantitative reste difficile à établir. « Les données actuelles suggèrent que la réponse à la chaleur est influencée à la fois par des facteurs physiologiques et génétiques, mais notre compréhension de la contribution de la génétique reste limitée », indique l’étude.
Parmi les gènes étudiés, TRPV1 retient particulièrement l’attention. Ce gène code pour un récepteur présent sur les neurones sensoriels, activé par les températures élevées mais aussi par la capsaïcine — la molécule responsable du piquant des piments. Une revue de la littérature, publiée en 2025 dans The Journal of Physiological Sciences, évoque son rôle potentiel dans la régulation de la température corporelle. Cependant, les auteurs précisent que ces mécanismes restent imparfaitement compris et que son influence sur la tolérance à la canicule n’a pas été démontrée de manière concluante.
Les Heat Shock Proteins : des boucliers cellulaires contre la chaleur
Une autre piste, mieux étayée, concerne les Heat Shock Proteins (HSP), ou protéines de choc thermique. Ces molécules, produites lorsque la température corporelle augmente, protègent les cellules en limitant les dommages subis par les protéines et en favorisant leur réparation. Une étude publiée en 2025 dans Physiology les décrit comme des acteurs majeurs de la protection cellulaire lors d’un stress thermique. Les chercheurs s’interrogent désormais sur le lien entre les variations d’expression de ces protéines et les différences de tolérance observées entre individus. « Leur rôle dans la thermorégulation est clairement établi, mais leur implication dans la résistance globale à la chaleur fait encore l’objet d’investigations », précise Orlando Laitano, spécialiste en physiologie environnementale.
Ces protéines ne constituent toutefois qu’une partie du puzzle. D’autres mécanismes, comme la production de sueur, la dilatation des vaisseaux sanguins ou encore la capacité à maintenir un équilibre hydrique, entrent en jeu. Leur efficacité varie selon les individus et leur exposition antérieure aux fortes chaleurs.
L’acclimatation : un facteur clé, souvent sous-estimé
Si la génétique et les HSP captent l’attention des chercheurs, l’acclimatation reste le facteur le mieux documenté pour expliquer les différences de tolérance. Après plusieurs jours d’exposition à la chaleur, l’organisme s’adapte : il transpire plus tôt, augmente son volume sanguin, perd moins de sodium et maintient plus facilement sa température interne. Ce processus explique pourquoi les habitants des régions chaudes ou les travailleurs en extérieur développent souvent une meilleure résistance aux canicules.
Une revue publiée en 2022 dans Physiological Reviews rappelle que cette acclimatation est un processus progressif, qui peut prendre jusqu’à deux semaines pour atteindre son plein effet. « Les personnes ayant déjà vécu plusieurs épisodes de chaleur intense s’adaptent plus rapidement, car leur corps a déjà enclenché ces mécanismes de protection », explique un chercheur en santé environnementale, qui n’a pas souhaité être nommé. Ce phénomène illustre l’importance de l’expérience passée dans la gestion des vagues de chaleur actuelles.
Âge, santé et médicaments : des risques aggravés
Au-delà de l’acclimatation, l’âge et l’état de santé général jouent un rôle crucial. Les personnes âgées, souffrant de maladies cardiovasculaires, de diabète ou d’obésité, ainsi que celles prenant certains médicaments (comme les diurétiques ou les antipsychotiques), présentent un risque accru de complications lors des épisodes de chaleur extrême. Ces facteurs altèrent les mécanismes de thermorégulation et réduisent la capacité du corps à évacuer la chaleur.
« Ces populations sont particulièrement vulnérables, car leur organisme dispose de moins de réserves pour faire face au stress thermique », souligne un expert en santé publique. Les autorités sanitaires recommandent ainsi une vigilance accrue pour ces groupes, notamment en période de canicule, avec des conseils adaptés pour limiter les risques (hydratation régulière, éviter les heures chaudes, etc.).
D’ici là, les chercheurs rappellent que la meilleure défense contre la chaleur reste l’adaptation comportementale : s’hydrater régulièrement, limiter les activités physiques aux heures les plus fraîches, et veiller sur les personnes vulnérables. Des gestes simples, mais essentiels pour traverser les étés de plus en plus chauds.
Le gène TRPV1 est actuellement l’un des plus analysés. Il code pour un récepteur sensible aux températures élevées et à la capsaïcine (molécule du piment). Cependant, son rôle exact dans la tolérance à la canicule n’a pas encore été clairement démontré, selon les dernières revues scientifiques.
L’acclimatation complète prend généralement entre 7 et 14 jours d’exposition progressive à la chaleur. Ce processus permet au corps d’ajuster sa transpiration, sa circulation sanguine et sa gestion de l’eau, améliorant ainsi la tolérance aux températures élevées.