Alors que la droite et le centre peinent à s’unir derrière une candidature unique pour l’élection présidentielle de 2027, Michel Barnier, ancien Premier ministre et député LR de Paris, estime que l’organisation d’une primaire est désormais trop tardive. Dans un entretien accordé ce mardi 1er septembre à France Inter, il a proposé une alternative sous la forme d’un « conclave » réunissant les grands électeurs signataires d’une charte commune, selon BFM - Politique.

Ce qu'il faut retenir

  • Michel Barnier juge « trop tard » pour organiser une primaire à droite et au centre pour 2027.
  • Il suggère un « conclave » inspiré du processus d’élection du pape, réunissant les grands élus signataires d’une charte.
  • Plus de 200 élus, dont Hervé Morin et Franck Louvrier, avaient appelé à une primaire dans une tribune publiée début août.
  • Barnier soutient désormais Bruno Retailleau, candidat LR distancé dans les sondages, tout en appelant à l’élargissement de sa base.
  • L’ancien négociateur du Brexit a réaffirmé ne pas être candidat, insistant sur la nécessité d’éviter un duel entre extrêmes.

Une primaire désormais exclue par Barnier

Interrogé sur la possibilité d’organiser une primaire à droite et au centre, Michel Barnier a clairement indiqué que le calendrier électoral rendait cette option « matériellement » impossible. « J’aurais souhaité ce processus de sélection, de départage, il y a quelques mois. On n’a pas été capable, chaque candidat dans son couloir est parti, chacun derrière son drapeau », a-t-il déclaré, soulignant les divisions persistantes au sein de la droite. Dans une tribune publiée début août, plus de 200 élus, dont Hervé Morin et Franck Louvrier, maire LR de La Baule, avaient pourtant appelé à l’organisation d’une primaire pour désigner un candidat commun.

Le « conclave » : une solution alternative inspirée de l’Église

Pour contourner ce blocage, Michel Barnier propose un « conclave » réunissant les grands électeurs signataires d’une charte politique commune. Ce processus, inspiré de l’élection du pape par les cardinaux, permettrait selon lui de désigner rapidement un candidat unique. « Il y a d’autres formules que la primaire pour départager, par exemple, cette idée de conclave réunissant tous les parlementaires qui signeraient la même charte politique et l’engagement de soutenir un seul candidat », a-t-il expliqué. Cette assemblée pourrait inclure « parlementaires, grands élus, maires, présidents de départements ».

Cette proposition n’est pas nouvelle : Barnier l’avait déjà évoquée en novembre 2025, alertant sur l’enchaînement trop rapide des scrutins — municipales, sénatoriales et présidentielle — qui laisse peu de temps pour les négociations. « Il y a une grande colère qui monte dans le pays pour l’unité contre les divisions, il faut que les candidats fassent attention à ça », a-t-il ajouté.

Barnier mise sur Retailleau, mais le soutien est tardif

Alors que Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat et candidat déclaré à la primaire, peine à s’imposer face à Édouard Philippe dans les sondages, Michel Barnier a apporté son soutien au sénateur des Pays de la Loire. « Pourquoi le rassemblement ne se ferait pas autour de lui ? Je le soutiens et je pense que pour gagner, Bruno Retailleau va élargir sa base et son discours », a-t-il déclaré. L’ancien Premier ministre a également appelé le candidat LR à s’inspirer des valeurs portées par Édouard Balladur, décédé ce lundi 1er septembre à l’âge de 97 ans. « Il disait il y a quelques années que la droite devait être claire dans son corpus de valeurs : la sécurité, la nation, l’Europe, le travail et la famille. Il faut que toutes ces valeurs soient au cœur du projet politique », a rappelé Barnier.

Barnier exclut une candidature personnelle

Interrogé sur ses ambitions personnelles pour 2027, Michel Barnier a coupé court : « Je ne suis pas candidat et je veux travailler à l’unité parce que notre pays doit éviter le duel entre deux candidats nationalistes et populistes qui font de la démagogie et qui trompent les Français, l’extrême droite et l’extrême gauche. » Une prise de position qui contraste avec les rumeurs persistantes sur son éventuelle candidature, notamment après sa participation remarquée aux célébrations du 475e anniversaire des Bouquinistes parisiens en novembre 2025.

Un calendrier électoral sous pression

La proposition de Michel Barnier s’inscrit dans un contexte où la droite et le centre semblent incapables de présenter un front uni face à la montée des extrêmes. Malgré les appels répétés à l’unité, les divisions persistent, comme en témoignent les déclarations de Barnier lui-même, qui fustige le départ des candidats « chacun derrière son drapeau ». Les prochaines échéances électorales — municipales en 2026, sénatoriales la même année, puis présidentielle en 2027 — ajoutent une pression supplémentaire sur les responsables politiques pour trouver une solution rapide.

Et maintenant ?

Si la proposition du « conclave » devait être retenue, les grands électeurs de droite et du centre devraient se réunir dans les prochains mois pour désigner un candidat commun. Bruno Retailleau, déjà en campagne, pourrait y voir une opportunité pour consolider sa position, tandis qu’Édouard Philippe, favori des sondages, devrait soit accepter cette dynamique, soit poursuivre sa stratégie individuelle. Reste à voir si les responsables politiques sauront dépasser leurs divergences pour éviter un nouveau scénario de division, comme en 2022 où la droite avait été éliminée dès le premier tour.

La stratégie de Barnier s’inscrit dans une logique défensive, visant à empêcher un duel au second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pourtant, le temps presse : les élections municipales de 2026 pourraient redessiner le paysage politique local et influencer les rapports de force nationaux. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si la droite et le centre parviendront enfin à s’unir, ou si elles laisseront le champ libre aux extrêmes.

Un « conclave » est un processus inspiré de l’élection du pape par les cardinaux, où une assemblée restreinte de grands électeurs — ici, des parlementaires, maires et présidents de départements signataires d’une charte commune — se réunit à huis clos pour désigner un candidat unique. Michel Barnier propose cette méthode comme alternative à une primaire, jugée trop longue et complexe à organiser dans le calendrier électoral actuel.

Barnier a expliqué son choix en insistant sur la nécessité d’élargir la base électorale de Retailleau et sur le soutien qu’il apporte à un candidat issu des rangs de LR. Il a également souligné que Philippe, bien que favori dans les sondages, n’avait pas encore réussi à fédérer l’ensemble de la droite et du centre. Barnier mise sur une stratégie d’unité interne avant de se concentrer sur l’affrontement avec les extrêmes.