Le Rassemblement National (RN) envisage d’organiser un référendum pour sanctionner le port du voile dans l’espace public par une amende. Une proposition qui soulève des questions sur son efficacité et ses conséquences, notamment selon Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue et présidente du Centre européen de recherche et d’information sur le frérisme (Cerif). Comme le rapporte le Figaro, cette idée, initialement présentée comme une mesure parmi d’autres, s’est imposée dans le débat politique après une réponse improvisée de Sébastien Tanguy, député RN, à un journaliste.
Ce qu'il faut retenir
- Le RN propose un référendum pour sanctionner le port du voile dans l’espace public par une amende.
- Cette proposition a émergé après une réponse improvisée de Sébastien Tanguy, député RN, à un journaliste.
- Florence Bergeaud-Blackler, spécialiste du frérisme, estime que la faisabilité de cette mesure est problématique, notamment dans certains quartiers où le port du voile est majoritaire.
- Une opération de police massive et quotidienne serait nécessaire, ce qui pourrait entraîner des tensions avec les hommes de ces quartiers.
- L’anthropologue souligne que le RN n’était pas préparé à défendre cette mesure, initialement présentée comme un simple « item » parmi d’autres.
Une proposition née d’une réponse improvisée
L’idée d’un référendum sur l’interdiction du voile dans l’espace public a été lancée après une intervention de Sébastien Tanguy, député RN, lors d’un échange avec un journaliste. Selon nos confrères du Figaro, cette mesure n’était à l’origine qu’un point parmi d’autres dans un débat, mais elle a rapidement été reprise et défendue par le RN. Florence Bergeaud-Blackler, spécialiste du frérisme et présidente du Cerif, rappelle que cette proposition n’était pas prévue dans la stratégie initiale du parti.
Pour l’anthropologue, cette improvisation révèle un manque de préparation de la part du RN. « Le RN s’est trouvé contraint de défendre un point qui n’était qu’un item parmi d’autres et il n’était manifestement pas en ordre de marche », a-t-elle expliqué. Cette situation interroge sur la capacité du parti à mettre en œuvre une telle mesure, si elle était adoptée.
Des défis concrets pour une mesure controversée
La faisabilité d’un référendum sur l’interdiction du voile soulève plusieurs questions, notamment celle de son application. Florence Bergeaud-Blackler évoque des problèmes concrets, comme celui des quartiers où le port du voile est majoritaire. « Dans certains quartiers, c’est la majorité des femmes qu’il faudrait verbaliser : non pas une infraction marginale, mais une opération de police massive et quotidienne », a-t-elle souligné. Selon elle, une telle mesure risquerait de provoquer des tensions importantes, notamment avec les hommes de ces quartiers, qui pourraient s’opposer à ces contrôles.
Autant dire que cette proposition, si elle était adoptée, pourrait se heurter à une résistance bien plus large que celle des seules personnes concernées par le port du voile. Les risques de tensions sociales et de rejet de l’autorité policière sont donc bien réels.
Une mesure efficace contre l’islamisme ?
Le RN présente cette mesure comme un outil de lutte contre l’islamisme, mais Florence Bergeaud-Blackler en doute. Pour elle, une telle interdiction ne résoudrait pas les problèmes de fond liés à l’islamisme, qui s’enracinent dans des dynamiques sociales, économiques et religieuses complexes. « Est-ce une bonne méthode pour lutter contre l’islamisme ? », lui a demandé Le Figaro. Sa réponse est sans ambiguïté : non. Selon elle, une telle mesure pourrait même avoir l’effet inverse, en radicalisant davantage certaines franges de la population.
Bref, une interdiction pure et simple du voile dans l’espace public ne semble pas être une solution adaptée pour lutter contre l’islamisme. Elle pourrait au contraire alimenter les tensions et renforcer les clivages au sein de la société.
Le contexte politique et social
Cette proposition s’inscrit dans un contexte où la question de l’islamisme et de ses manifestations dans l’espace public est de plus en plus débattue en France. Le RN, qui a fait de la lutte contre l’islamisme l’un de ses chevaux de bataille, cherche à se positionner comme le défenseur d’une laïcité stricte. Cependant, cette mesure pourrait aussi être perçue comme une tentative de récupérer un débat sociétal pour des raisons électorales.
Florence Bergeaud-Blackler, qui a publié plusieurs ouvrages sur le frérisme et ses réseaux, rappelle que l’islamisme ne se réduit pas à des signes vestimentaires. « Le frérisme est une idéologie qui s’exprime bien au-delà du port du voile », a-t-elle expliqué. Pour elle, une approche purement répressive ne suffira pas à endiguer ce phénomène.
Quoi qu’il en soit, cette proposition relance le débat sur la place de la laïcité et de la religion dans l’espace public. Elle pourrait aussi servir de catalyseur pour d’autres initiatives politiques, notamment à droite et à l’extrême droite. Pour l’instant, le RN reste le seul parti à défendre ouvertement cette idée, mais d’autres pourraient s’en emparer à l’approche des prochaines élections.
Le RN a présenté cette mesure après une réponse improvisée de Sébastien Tanguy, député du parti, à un journaliste. Initialement, il ne s’agissait que d’un « item » parmi d’autres dans un débat, mais le RN a décidé de la défendre activement. Cette proposition s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre l’islamisme, selon le parti.