Le Rassemblement national (RN) envisage d’organiser un référendum sur l’interdiction du port du voile dans l’espace public en cas de victoire à l’élection présidentielle de 2027, a annoncé Marine Le Pen. Selon nos confrères de Franceinfo - Politique, la candidate du parti d’extrême droite a précisé que cette mesure s’inscrirait dans une « grande loi de lutte contre les idéologies islamistes », incluant également des sanctions, comme des amendes, pour les femmes portant le voile en public.

Ce qu'il faut retenir

  • Une promesse électorale récurrente : Le RN propose un référendum sur l’interdiction du voile, une mesure déjà évoquée lors des trois précédentes campagnes présidentielles de Marine Le Pen.
  • Des sanctions prévues : En cas d’adoption, les femmes portant un voile en public pourraient être verbalisées.
  • Un rejet unanime chez les concernées : À travers des témoignages recueillis en Essonne, toutes les femmes interrogées s’opposent fermement à cette proposition.
  • Un débat sur l’égalité de traitement : Certaines soulignent l’incohérence d’une interdiction ciblant le voile, alors que d’autres signes religieux ou vestimentaires ne sont pas concernés.
  • Une critique de la priorité donnée à ce sujet : Plusieurs interviewées estiment que le RN devrait se concentrer sur des enjeux plus urgents, comme le pouvoir d’achat ou les impôts.

Un référendum pour une loi symbolique

Marine Le Pen a réitéré sa volonté de consulter les Français sur l’interdiction du voile si elle accède à l’Élysée en 2027. Selon Franceinfo - Politique, cette proposition s’inscrit dans un projet plus large de « lutte contre les idéologies islamistes », où le voile serait considéré comme un symbole de cette idéologie. Le parti précise qu’une telle loi s’accompagnerait de sanctions financières pour les femmes qui la transgresseraient. Une mesure déjà évoquée dans les programmes du RN lors des élections précédentes, mais jamais appliquée.

Pour autant, la faisabilité juridique de cette interdiction reste sujette à caution. Plusieurs constitutionnalistes ont déjà pointé du doigt son caractère discriminatoire et son incompatibilité avec les principes de liberté religieuse et individuelle inscrits dans la Constitution française.

Les femmes voilées face à la proposition du RN : « C’est une atteinte à la liberté »

À la sortie du centre commercial des Ulis, en Essonne, les réactions sont unanimes. Kadi, une jeune femme de 20 ans, porte un voile qu’elle ajuste en sortant des courses. « Ça ne fait de mal à personne, c’est un bout de tissu comme un autre ! », s’exclame-t-elle. Elle ajoute : « Les voiles intégraux sont déjà interdits. Le voile normal, je ne vois pas en quoi ça blesse. À partir du moment où l’on est adulte, je ne vois pas pourquoi on devrait contrôler ce qu’on doit porter. C’est une atteinte à la liberté ! »

Son témoignage illustre l’incompréhension face à une mesure perçue comme une intrusion dans une liberté personnelle. Pour elle, le voile n’est qu’un vêtement, et son interdiction relève d’une stigmatisation de l’islam. « On ne menace personne. Pourquoi nous cibler alors que d’autres signes religieux sont tolérés ? », interroge-t-elle.

L’argument de l’égalité de traitement

Malika, une mère de famille de 56 ans, accompagne ses filles lors de leurs courses de rentrée. Son voile blanc tombe sur ses épaules, un accessoire qu’elle porte depuis 35 ans. « Je ne payerai pas l’amende ! On ne va pas se laisser faire ! », déclare-t-elle avec véhémence. Née en France, elle rappelle son statut de citoyenne française et rejette toute idée de se laisser dicter ce qu’elle doit porter. « Marine Le Pen n’a pas à décider pour moi. » Sa fille, présente à ses côtés, renchérit : « Les nonnes portent le voile. Il y a des grand-mères à la campagne qui en portent encore. Pourquoi est-ce que ça dérange ? Ce serait comme sanctionner ceux qui portent une kippa ou une croix. »

Son argumentaire repose sur une logique d’égalité : si le voile musulman est visé, pourquoi ne pas interdire également les autres symboles religieux vestimentaires ? Une question qui met en lumière une incohérence perçue dans la proposition du RN, selon plusieurs observateurs.

La voix des religieuses : « Si les musulmanes sont concernées, nous aussi »

Dans les allées du centre commercial, une autre silhouette attire l’attention : celle de Sœur Anne, une religieuse protestante dont le long voile blanc flotte dans son dos. Elle se dit concernée par la proposition du RN, même si elle n’est pas directement visée. « Dans la pensée de Mme Le Pen, elle ne nous vise pas forcément, mais ce serait inéquitable de ne pas aller jusqu’au bout », explique-t-elle. « Si les musulmanes sont concernées, il n’y a pas de raison que les chrétiennes, les juives et les autres ne le soient pas. » Si un référendum était organisé, elle voterait contre cette interdiction, qu’elle juge discriminatoire.

Sœur Anne, qui préfère que l’on parle des « vrais sujets » comme le pouvoir d’achat ou les impôts, ajoute : « C’est sûr que par rapport à ce qu’on entend concernant l’Iran ou l’Afghanistan, il y a des peurs qui se réveillent un peu partout. Mais le problème, ce n’est pas le port de telle ou telle tenue vestimentaire. Le problème, c’est l’oppression des femmes. Et ce n’est pas en interdisant une tenue que les choses vont s’améliorer. »

Un débat qui dépasse le cadre vestimentaire

Le voile, souvent réduit à un symbole religieux ou politique, est au cœur d’un débat bien plus large. Pour les femmes interrogées, cette mesure ne vise pas seulement un vêtement, mais une partie de leur identité. Malika, la mère de famille, résume cette idée : « Au lieu de s’attaquer aux problèmes de fond, ils ne s’attaquent qu’au foulard. Ça veut dire que notre religion les dérange, ils ne la supportent pas. »

Son constat reflète une crainte plus générale : celui d’une stigmatisation croissante de l’islam en France, où les femmes voilées deviennent les cibles d’un débat politique de plus en plus polarisé. Pour Kadi, cette proposition du RN est avant tout une façon de détourner l’attention des véritables enjeux sociaux et économiques.

Et maintenant ?

Si le RN maintient cette proposition dans son programme pour 2027, le débat sur l’interdiction du voile risque de s’intensifier dans les mois à venir. Une loi concrète ne pourrait être adoptée qu’après un référendum, dont la tenue dépendrait de la capacité du parti à mobiliser les Français autour de cette question. D’ici là, les associations de défense des libertés individuelles et les organisations féministes pourraient multiplier les recours juridiques pour contester la légalité d’une telle mesure.

En attendant, les femmes voilées, comme celles rencontrées aux Ulis, continuent de porter leur voile au quotidien, déterminées à ne pas se laisser intimider. Leur détermination illustre la résistance face à une proposition perçue comme une atteinte à leurs droits fondamentaux.

Le RN justifie cette mesure par la volonté de lutter contre les « idéologies islamistes », considérant le voile comme un symbole de ces idéologies. Cependant, cette approche est critiquée pour son manque de cohérence, car d’autres signes religieux ou vestimentaires ne sont pas concernés par cette interdiction.