Une convention historique a été signée vendredi entre la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) et la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). L’objectif affiché est clair : renforcer la prévention et la lutte contre les abus au sein des communautés religieuses, comme l’a confirmé Patricia Mirallès, présidente de la Miviludes, lors de la cérémonie : « La prévention des dérives sectaires est une responsabilité partagée. »

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre axes majeurs structurent cette convention : échange d’informations sur les situations à risque, analyse des facteurs favorisant les dérives, campagnes de prévention et sensibilisation des responsables religieux.
  • La Corref représente près de 30 000 personnes et avait déjà adopté en 2023 un vademecum des droits des religieuses et religieux ainsi qu’une charte éthique.
  • 35 % des signalements et demandes d’informations traités par la Miviludes entre 2022 et 2024 concernaient le domaine des cultes et des spiritualités.
  • La Fédération protestante de France (FPF) avait été la première à signer un texte similaire en novembre 2025, et d’autres conventions sont prévues à l’automne avec l’Église catholique et les bouddhistes.
  • L’ignorance des droits individuels et le principe de renoncement ou d’obéissance dans certaines communautés sont identifiés comme des facteurs de vulnérabilité.

Une collaboration renforcée pour protéger les fidèles

Cette convention marque une étape supplémentaire dans la coopération entre les autorités publiques et les institutions religieuses pour endiguer les dérives sectaires. « La vie religieuse n’est pas à part en ce qui concerne les droits et la dignité des personnes », a souligné Jean-Pascal Lombart, président de la Corref, en rappelant les efforts déjà engagés par sa structure. Selon lui, la signature de ce texte s’inscrit dans la continuité d’une démarche engagée depuis plusieurs années.

Parmi les outils déjà déployés par la Corref, on compte notamment un vademecum des droits des religieuses et religieux adopté en 2023, ainsi qu’une charte éthique visant à encadrer les pratiques au sein des instituts. Une campagne de sensibilisation avait également été menée il y a quelques années, avec le soutien de la Miviludes, pour informer les membres des communautés religieuses de leurs droits fondamentaux. « L’information peut arriver plus difficilement auprès de ces personnes », a expliqué la Miviludes, précisant que son rôle consistait « à aller vers elles et leur indiquer leurs droits ».

Des risques bien identifiés, notamment dans les structures non reconnues

La Miviludes a rappelé que 35 % des signalements et demandes d’informations reçus entre 2022 et 2024 concernaient le domaine des cultes et des spiritualités. Patricia Mirallès a tenu à souligner un point crucial : « Aucun culte n’est à l’abri de ce risque, même si la majorité des dérives sectaires se manifestent au sein de mouvements autonomes qui ne sont reconnus par aucune religion instituée. »

Les dérives peuvent survenir dans différents contextes, comme l’arrivée d’un nouveau responsable au sein d’une congrégation ou simplement en raison d’un manque de connaissance des droits individuels. « Il y a dans les communautés religieuses un principe de renoncement, d’obéissance, qui peut, dans certains cas, se voir détourné », a expliqué la mission interministérielle. Des exemples concrets incluent l’ignorance des droits en matière de congés ou de rémunération, des situations parfois exploitées par des individus malveillants.

Une dynamique qui s’étend à d’autres cultes

Cette initiative n’est pas isolée. En novembre 2025, la Fédération protestante de France (FPF) avait été la première à signer une convention similaire avec la Miviludes. Selon les informations du Figaro, d’autres textes devraient être finalisés à l’automne avec l’Église catholique et les représentants du bouddhisme en France. Patricia Mirallès a indiqué que cette dynamique visait à « renforcer une approche collective et préventive » face à un phénomène qui ne touche pas uniquement les mouvements marginaux, mais aussi certaines institutions établies.

Pour la Miviludes, cette collaboration avec les religieux catholiques représente une avancée majeure. Elle intervient alors que les signalements de dérives sectaires au sein des communautés religieuses restent une préoccupation constante pour les autorités. La mission interministérielle a d’ailleurs rappelé que « 35 % des signalements » reçus ces dernières années concernaient directement ce domaine, un chiffre qui illustre l’ampleur du phénomène.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à mettre en œuvre les quatre axes prévus par la convention, notamment via des campagnes de sensibilisation ciblées et des formations destinées aux responsables religieux. La Miviludes et la Corref devraient publier d’ici la fin de l’année un premier bilan des actions engagées. Par ailleurs, les négociations avec l’Église catholique et les représentants bouddhistes pourraient aboutir d’ici l’automne 2026, selon les déclarations de Patricia Mirallès. Reste à voir si cette dynamique collective parviendra à réduire significativement le nombre de dérives sectaires au sein des communautés religieuses.

Cette convention intervient dans un contexte où la lutte contre les dérives sectaires reste une priorité pour les pouvoirs publics. En 2024, la Miviludes avait traité plus de 4 000 signalements, dont une part importante concernait des mouvements religieux ou spirituels. Les autorités espèrent que cette collaboration renforcée avec les institutions religieuses permettra de mieux protéger les fidèles et de prévenir les abus avant qu’ils ne se produisent.

Selon la Miviludes, les principaux risques incluent l’ignorance des droits individuels (congés, rémunération, etc.), le principe d’obéissance ou de renoncement parfois détourné, ainsi que l’arrivée de responsables malveillants au sein des congrégations. Ces dérives peuvent survenir aussi bien dans des mouvements autonomes non reconnus que dans des institutions établies.

La Corref a adopté en 2023 un vademecum des droits des religieuses et religieux, ainsi qu’une charte éthique. Une campagne de sensibilisation avait également été menée avec le soutien de la Miviludes pour informer les membres des communautés de leurs droits fondamentaux.