Les fédérations d'éleveurs de bovins et d'ovins tirent la sonnette d'alarme face à la sécheresse historique qui frappe la France cet été. Selon BFM Business, ces professionnels estiment le surcoût engendré par le manque de fourrage à plus de **5 milliards d'euros**, un montant qui pourrait encore s'alourdir si aucune mesure d'urgence n'est prise rapidement. Les organisations représentatives du secteur appellent à un déblocage immédiat de **3 milliards d'euros** d'aides, alors que le gouvernement doit annoncer jeudi 4 septembre un plan d'urgence pour le monde agricole.
Ce qu'il faut retenir
- Les éleveurs de ruminants (bovins et ovins) estiment à **plus de 5 milliards d'euros** le surcoût lié à la sécheresse, selon BFM Business.
- Ils réclament un déblocage immédiat de **3 milliards d'euros** d'aides pour éviter une réduction drastique du cheptel.
- La sécheresse a déjà entraîné une perte de **1,3 million de vaches** et **1 million d'ovins** en dix ans en France.
- Les fédérations dénoncent l'absence de réponse concrète du ministère de l'Agriculture, saisi dès juillet.
- Les éleveurs craignent une « décapitalisation » (vente massive d'animaux) si aucune aide n'est versée rapidement.
Un cheptel en péril face à une sécheresse « sans précédent »
« On n’a jamais vu une situation d’une telle ampleur » sur l’ensemble du territoire, a déclaré Patrick Benezit, président de la Fédération nationale bovine (FNB, association spécialisée de la FNSEA), devant la presse ce mardi 2 septembre. Les quelques orages localisés des derniers jours n’ont pas suffi à relancer la pousse de l’herbe, essentielle pour nourrir les troupeaux. Selon lui, les éleveurs se trouvent aujourd’hui face à un choix cornélien : acheter du fourrage à prix d’or ou se résoudre à vendre une partie de leur cheptel pour éviter l’effondrement.
Cette situation intervient alors que la France a déjà perdu **1,3 million de vaches** et **1 million d’ovins** en dix ans, un déclin que la sécheresse actuelle risque d’accélérer. « Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si on peut nourrir ses animaux, mais si on peut les conserver », a-t-il insisté, évoquant une « décapitalisation » qui aggraverait encore la crise.
Des aides jugées insuffisantes et trop tardives
Les fédérations d’éleveurs de ruminants espèrent que le plan d’urgence annoncé par le gouvernement pour jeudi intégrera un volet financier à la hauteur des enjeux. Elles réclament notamment **3 milliards d’euros** pour faire face au manque de fourrages, mais aussi d’autres aliments comme la luzerne, la pulpe de betterave ou le maïs. Une partie de ces fonds pourrait provenir de l’Indemnité de solidarité nationale, partiellement alimentée par les cotisations des éleveurs eux-mêmes via leurs assurances.
« Les annonces du Premier ministre ce week-end nous font peur », a réagi Yohann Barbe, président de la Fédération des producteurs de lait (FNPL, également association spécialisée de la FNSEA). « On a l’impression qu’on va mettre quelques miettes à l’automne et tout miser sur un budget 2027. Les éleveurs ne peuvent pas attendre ! » a-t-il ajouté, soulignant l’urgence d’une réponse immédiate. Les professionnels demandent aussi au gouvernement de compléter les données satellitaires sur la pousse des prairies par des enquêtes de terrain, jugées plus fiables pour évaluer l’étendue des dégâts.
La filière agricole en quête d’une solidarité élargie
Au-delà de l’État, les éleveurs comptent sur les acteurs de la grande distribution et des industries agroalimentaires pour assumer une partie des coûts. « Depuis le début de l’année, les distributeurs et transformateurs achètent à prix réduits et n’ont fait aucun effort jusqu’à présent », a dénoncé Yohann Barbe. Emmanuel Fontaine, administrateur de la Fédération nationale ovine (FNO), a résumé l’angoisse des éleveurs : « Aujourd’hui, la première question que l’éleveur se pose, en comparant les fluctuations des matières premières et la baisse des prix de certaines viandes, est : ‘Est-ce que j’approvisionne en fourrage ou est-ce que je décapitalise ?’ »
Les fédérations rappellent que le secteur a déjà subi des crises répétées ces dernières années, entre pandémie, inflation et aléas climatiques. La sécheresse de 2026 s’ajoute à une liste déjà longue de difficultés, rendant la situation insoutenable pour de nombreux exploitants. « On a une attente énorme », a confirmé un représentant des Jeunes Agriculteurs, qui suggère une forme d’‘impôt sécheresse’, à l’image de celui instauré en 1976 pour faire face à une crise similaire.
« Aujourd’hui la question est de pouvoir acheter du fourrage voire de conserver les animaux. Nous tirons la sonnette d’alarme, car on veut éviter une décapitalisation. »
— Patrick Benezit, président de la Fédération nationale bovine (FNB)
Entre importations coûteuses et abattages préventifs
Face à l’ampleur de la sécheresse, certains éleveurs envisagent d’importer du foin à prix élevé depuis l’étranger, une solution coûteuse et peu durable. D’autres, faute de moyens, pourraient être contraints d’envoyer leurs animaux à l’abattoir par anticipation, une décision qui aggraverait encore la pénurie de viande à moyen terme. Les fédérations soulignent que les échanges de fourrages entre départements ont été limités, la sécheresse touchant l’ensemble du territoire de manière homogène.
Les acteurs du secteur espèrent que le plan gouvernemental intégrera des mesures pour stabiliser les prix des aliments pour bétail et soutenir financièrement les éleveurs en difficulté. Ils réclament également une révision des critères d’indemnisation, actuellement basés sur des données satellitaires jugées insuffisantes pour refléter la réalité du terrain.
En attendant, la sécheresse de 2026 pourrait marquer un tournant pour l’élevage français, forçant les pouvoirs publics et les acteurs économiques à repenser les mécanismes de solidarité face aux crises climatiques.
Les fédérations d’éleveurs (bovins et ovins) estiment que le manque de fourrage dû à la sécheresse leur coûte plus de 5 milliards d’euros. Elles demandent 3 milliards d’euros d’aides immédiates pour éviter une réduction massive de leur cheptel (décapitalisation) et acheter des aliments de substitution à prix élevé. Sans ces fonds, elles craignent que de nombreux éleveurs ne soient contraints de vendre leurs animaux ou d’importer du foin à des tarifs prohibitifs.
La « décapitalisation » désigne la réduction du cheptel d’un élevage, généralement par la vente ou l’abattage d’animaux. Dans le contexte actuel, cela signifierait que les éleveurs, incapables de nourrir leur bétail en raison du manque de fourrage, seraient obligés de se séparer d’une partie de leurs animaux. Cette pratique, si elle se généralise, aggraverait la crise structurelle du secteur en réduisant durablement la production française de viande.