Selon nos confrères de BFM Business, le Premier ministre Sébastien Lecornu souhaite faire évoluer la politique de remboursement des médicaments par l’Assurance maladie. Son objectif ? Accroître la prise en charge des traitements innovants tout en restreignant celle des médicaments les plus anciens ou moins efficaces, une mesure qui pourrait impacter directement le portefeuille des assurés.

Dans un entretien accordé au Parisien ce week-end, Sébastien Lecornu a réaffirmé sa volonté d’instaurer une « règle d’or » visant à placer la science au cœur des arbitrages en matière de remboursement. « Lorsqu’un nouveau médicament apporte un progrès médical majeur, il est normal qu’il soit remboursé. À l’inverse, lorsqu’un traitement ancien est dépassé et n’apporte qu’un bénéfice thérapeutique faible, voire quasi nul, on doit se poser la question du maintien de son remboursement », a-t-il expliqué. Concrètement, cette réforme s’articulerait autour d’un système d’entrée et de sortie des médicaments dans le « panier de soins » remboursables par l’Assurance maladie.

Ce qu'il faut retenir

  • Le gouvernement envisage de dérembourser certains médicaments anciens ou peu efficaces pour financer les innovations thérapeutiques.
  • Cette mesure s’inscrit dans une logique de « règle d’or » prônée par le Premier ministre Sébastien Lecornu, visant à mieux rémunérer les traitements offrant un progrès médical significatif.
  • Un décret publié le 21 août 2026 réduit déjà le taux de remboursement des médicaments dont le service médical rendu (SMR) est jugé faible ou modéré, passant de 15 % à 5 %.
  • Parmi les médicaments concernés figurent le Spasfon ou certains antihistaminiques, dont la prise en charge sera désormais quasi symbolique.
  • Les mutuelles et assurances santé s’inquiètent de cette mesure, qui risque de faire porter une charge financière supplémentaire aux assurés.

Une réforme inspirée par les économies budgétaires et les pertes de chances pour les patients

Cette proposition n’est pas nouvelle. Comme le rappelle BFM Business, la Haute Autorité de santé (HAS) défend depuis près de vingt ans le principe d’une « gestion active du panier de soins ». Celui-ci consiste à évaluer en continu l’efficacité des médicaments déjà commercialisés et à ajuster, si nécessaire, leur niveau de remboursement. Une première vague de déremboursements avait déjà eu lieu dans les années 2000, générant près d’un demi-milliard d’euros d’économies entre 2006 et 2007, après l’arrivée de 196 nouveaux médicaments sur le marché.

Pour l’économiste Frédéric Bizard, fondateur de l’Institut santé, cette approche est « vertueuse ». Selon lui, « 40 % des médicaments innovants disponibles dans la plupart des pays innovants ne sont pas lancés en France, principalement pour des raisons budgétaires ». Il ajoute : « Avec des pertes de chances pour les patients français. Donc ce système de dire “il faut qu’on dérembourse des médicaments pour faire à la fois des économies ET permettre de financer des innovations” est un bon raisonnement ».

Les médicaments innovants pèsent lourd sur les comptes de la Sécurité sociale

L’argument budgétaire est en effet de taille. Certains traitements innovants, comme le Keytruda, un anticancéreux développé par Merck (MSD France), ont coûté à eux seuls 2,1 milliards d’euros de remboursements à l’Assurance maladie en 2024. À titre de comparaison, le Doliprane, l’un des médicaments les plus prescrits en France, n’a représenté que 371 millions d’euros de dépenses pour la Sécurité sociale cette même année. Pourtant, c’est précisément ce type de médicament ancien, dont l’efficacité est jugée limitée, qui pourrait être touché par les futures mesures de déremboursement.

Denis Raynaud, directeur de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), met en garde : « Pour les médicaments déremboursés, les tarifs sont libres et les études montrent qu’après un déremboursement, les prix augmentent fortement et les volumes s’effondrent. Il reste donc important de conserver dans le panier de soins remboursables les médicaments jugés utiles. » Une analyse qui souligne le risque d’une inflation des prix sur les traitements concernés, au détriment des patients.

Un décret déjà en vigueur pour certains médicaments, une baisse du paracétamol prévue

Dès le 21 août 2026, un décret publié au Journal officiel a réduit le taux de remboursement des médicaments dont le service médical rendu (SMR) est jugé faible ou modéré par la HAS. Ces traitements ne seront désormais pris en charge par l’Assurance maladie qu’à hauteur de 5 %, contre 15 % auparavant. Le Spasfon, un antispasmodique couramment prescrit pour les douleurs intestinales, ainsi que certains antihistaminiques utilisés dans le traitement des allergies, figurent parmi les premiers concernés.

Par ailleurs, le gouvernement négocie actuellement une baisse de 13,04 % du prix fabricant hors taxe (PFHT) du paracétamol. Cette réduction, qui représenterait une économie de 10 centimes par boîte, porterait le prix à 0,66 euro au 1er janvier 2027. Une mesure qui pourrait s’avérer insuffisante si le Doliprane, équivalent du paracétamol, venait à être déremboursé, entraînant une hausse significative de son prix libre.

Les mutuelles et assurés dans l’expectative face à une réforme perçue comme injuste

Cette politique suscite des inquiétudes du côté des mutuelles et des assurances santé. Éric Chenut, président de la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF), critique vivement la décision : « Un taux de remboursement à 5 % n’a absolument aucun sens. On voit bien qu’on est dans une rupture complète de ce pourquoi les dispositifs ont été inventés à l’origine. » Selon lui, cette mesure risque de transférer une partie des coûts vers les complémentaires santé, déjà très majoritaires sur le marché (« 96 % des offres souscrites sont étiquetées “responsables” »).

Les assurés pourraient donc se retrouver face à un double impact : une prise en charge réduite par la Sécurité sociale pour certains médicaments, et une hausse des primes de mutuelle pour couvrir les restes à charge. Une situation qui interroge sur l’équité d’une réforme présentée comme une réponse aux contraintes budgétaires de l’État.

Et maintenant ?

Si le gouvernement a déjà acté une première série de baisses de remboursement pour 2027, la question d’un déremboursement plus large des médicaments anciens reste en suspens. Les prochaines étapes pourraient inclure une révision du panier de soins dans son ensemble, avec une évaluation systématique de chaque traitement en fonction de son efficacité réelle. Les associations de patients et les professionnels de santé devraient être consultés dans les mois à venir, mais aucune date précise n’a encore été annoncée pour une éventuelle généralisation de cette réforme. Reste à voir comment les laboratoires pharmaceutiques réagiront à ces changements, et si les patients accepteront de voir leur accès à certains médicaments se réduire.

En conclusion, la réforme envisagée par le gouvernement vise à concilier innovation thérapeutique et maîtrise des dépenses de santé. Pourtant, son application risque de creuser les inégalités d’accès aux soins, entre ceux qui pourront assumer le surcoût et les autres. Une équation complexe, dont les contours précis ne seront connus qu’une fois les arbitrages définitifs rendus.

Selon BFM Business, la baisse à 5 % de la prise en charge concerne les médicaments dont le service médical rendu (SMR) est jugé faible ou modéré par la HAS. Parmi eux figurent le Spasfon, un antispasmodique, ainsi que certains antihistaminiques prescrits dans le traitement des allergies.

L’objectif affiché est double : d’une part, financer davantage les médicaments innovants, souvent coûteux mais offrant un progrès médical significatif ; d’autre part, réaliser des économies en retirant du panier de soins les traitements anciens ou peu efficaces. Sébastien Lecornu a évoqué une « règle d’or » visant à « remettre la science au cœur de l’arbitrage ».