D’après Libération, les mesures répressives en matière d’immigration mises en place par le gouvernement suédois, soutenu par l’extrême droite, commencent à montrer leurs limites. Alors que ces politiques s’étaient imposées comme une priorité dans le débat public ces dernières années, leur efficacité et leur acceptation sociale sont désormais questionnées.
Ce qu’il faut retenir
- Un virage répressif porté par la coalition conservatrice et l’extrême droite, en place depuis 2022
- Une opinion publique de plus en plus critique envers les mesures migratoires, selon les sondages récents
- Des difficultés concrètes dans l’application des politiques, notamment en matière de renvois
- Un impact limité sur les flux migratoires, malgré les restrictions accrues
Un tournant politique contesté
Depuis son arrivée au pouvoir en 2022, la coalition gouvernementale suédoise, composée des conservateurs et du parti d’extrême droite Démocrates de Suède, a fait de la restriction de l’immigration un pilier de sa politique. Les mesures adoptées incluent le durcissement des conditions d’asile, la réduction des droits sociaux pour les migrants et l’augmentation des renvois. Pourtant, selon Libération, ces choix politiques peinent désormais à convaincre une partie croissante de la population.
Les derniers sondages, publiés au printemps 2026, indiquent une baisse significative du soutien aux politiques migratoires restrictives. Seulement 42 % des Suédois estiment que ces mesures sont efficaces, contre 58 % en 2023. Cette désaffection s’explique en partie par les difficultés rencontrées dans l’application des renvois, notamment vers des pays comme la Syrie ou l’Afghanistan, où les risques de persécution sont avérés.
Des résultats en demi-teinte
Malgré l’adoption de lois toujours plus strictes, les chiffres de l’immigration en Suède ne montrent pas de baisse significative. En 2025, le pays a enregistré 125 000 demandes d’asile, un niveau proche de celui de 2015, année marquée par une crise migratoire majeure. Les renvois, eux, restent marginaux : seulement 12 % des décisions de rejet d’asile aboutissent à un départ effectif du territoire.
Les autorités pointent du doigt les obstacles juridiques et les retards dans les procédures, mais aussi le manque de coopération avec certains pays d’origine. « Nous faisons face à des blocages concrets, notamment de la part de pays qui refusent de réadmettre leurs ressortissants », a expliqué la ministre de l’Intérieur, Ebba Busch, lors d’une conférence de presse en juin 2026. Ces difficultés ont conduit à une accumulation de dossiers en attente, avec plus de 30 000 cas en souffrance.
L’opinion publique en mouvement
Le revirement de l’opinion s’observe aussi chez les électeurs traditionnels des partis au pouvoir. Une étude de l’institut SOM, publiée en mai 2026, révèle que 55 % des sympathisants du Parti modéré (conservateurs) estiment que la politique migratoire actuelle va trop loin. Cette évolution s’accompagne d’une montée des critiques dans les médias et parmi les acteurs locaux, notamment dans les grandes villes comme Stockholm ou Malmö, où les tensions sociales persistent.
Certains élus locaux, pourtant membres de la majorité, appellent désormais à un assouplissement des règles. « Nous devons trouver un équilibre entre fermeté et réalisme », a déclaré la maire de Malmö, Katrin Stjernfeldt Jammeh, lors d’un entretien accordé à SVT en avril 2026. Ces prises de position contrastent avec le discours officiel, qui reste intransigeant sur la nécessité de limiter les arrivées.
Quant à la question d’un possible retour à une politique plus ouverte, les observateurs restent prudents. Les divisions au sein même de la majorité et la pression de l’extrême droite rendent toute réforme difficile. Pour l’instant, le statu quo semble encore l’option privilégiée, malgré ses résultats mitigés.
Parmi les mesures phares, on trouve la réduction des droits sociaux pour les demandeurs d’asile, la limitation des regroupements familiaux, l’augmentation des durées de détention administrative et le durcissement des critères de naturalisation. Le gouvernement a également instauré des contrôles renforcés aux frontières et réduit les possibilités de recours contre les décisions de rejet.