Le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a évoqué ce mardi 7 juillet à Damas le rôle potentiel de la Syrie comme voie de transit pour le pétrole en provenance d’Irak vers la Méditerranée. Cette déclaration intervient alors qu’Emmanuel Macron effectue une visite officielle en Syrie, aux côtés de plusieurs chefs d’entreprise, pour rencontrer le président syrien nouvellement élu, Ahmad al-Charaa. Selon BFM Business, Pouyanné a souligné que Damas pourrait offrir des « routes alternatives » au détroit d’Ormuz, récemment fragilisé par les tensions géopolitiques dans le Golfe.
Ce qu'il faut retenir
- La Syrie pourrait devenir un pays de transit majeur pour le pétrole irakien vers la Méditerranée, selon Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies.
- Le détroit d’Ormuz, bloqué lors du conflit américano-israélien contre l’Iran en 2026, a renforcé l’intérêt pour des itinéraires alternatifs.
- Un mémorandum d’entente a été signé entre TotalEnergies et la Syrie pour l’exploration offshore en Méditerranée.
- L’Irak a commencé dès avril 2026 à acheminer du pétrole par camion vers la Syrie, en réaction à la fermeture du détroit d’Ormuz.
- La visite d’Emmanuel Macron à Damas marque la première d’un chef d’État occidental depuis la fin de la guerre civile syrienne en 2024.
Une stratégie énergétique régionale en mutation
Patrick Pouyanné a rappelé que la Syrie se situe « à la croisée des chemins dans le Moyen-Orient », un positionnement géographique qui pourrait en faire un acteur clé pour les exportations pétrolières. « Aujourd’hui, c’est clair que la situation sécuritaire ne permet pas encore de travailler, mais je trouve que c’est une belle initiative de venir ici, à Damas », a-t-il déclaré à la presse, quelques instants avant qu’une double explosion ne retentisse près de l’hôtel où logeait Emmanuel Macron. Malgré ce contexte encore instable, le patron de TotalEnergies a estimé que « ce qui vient de passer avec le détroit d’Ormuz » dans le Golfe — bloqué durant la guerre américano-israélienne contre l’Iran — « lui donne également plus d’importance ».
L’Irak, troisième producteur de l’OPEP, a déjà pris des mesures concrètes pour contourner le détroit d’Ormuz. Dès avril 2026, Bagdad a commencé à transporter du pétrole par camion vers la Syrie, en vue de sa réexportation via les ports méditerranéens. Un projet de restauration de l’oléoduc reliant l’Irak à la Syrie, fermé depuis des décennies, est également évoqué par les deux pays. Ces initiatives s’inscrivent dans une logique de diversification des routes d’exportation, alors que les tensions géopolitiques menacent régulièrement la stabilité du Golfe.
« Si on veut investir au Moyen-Orient, il va falloir qu’on trouve des routes alternatives. »
— Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, le 7 juillet 2026 à Damas
Une visite diplomatique sous haute tension
La présence d’Emmanuel Macron en Syrie, première d’un dirigeant occidental depuis la fin de la guerre civile en 2024, s’inscrit dans une volonté de « rencontrer les autorités » et de « prendre des contacts ». « Laissons au gouvernement le temps de prendre le contrôle de ce pays. Il ne faut pas trop demander après plus de 13 ans de guerre civile, il faut être un peu patient », a tempéré Pouyanné. Cette prudence reflète les défis persistants en Syrie, où la reconstruction reste lente et la sécurité aléatoire. Deux bombes ont d’ailleurs explosé à proximité de l’hôtel du président français pendant son séjour, rappelant les risques qui pèsent encore sur le pays.
TotalEnergies, qui a signé un mémorandum d’entente avec Damas pour un bloc d’exploration offshore en Méditerranée, n’a pas encore annoncé de projets concrets. Pouyanné a précisé que la société « n’a pas d’autre projet spécifique dans le pays » pour l’instant. Ces discussions s’inscrivent dans un contexte où les majors énergétiques cherchent à sécuriser leurs approvisionnements, alors que les routes traditionnelles du Golfe sont de plus en plus contestées.
Contexte géopolitique et enjeux énergétiques
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, est devenu un point de friction récurrent entre Téhéran et les puissances occidentales. Son blocage temporaire lors du conflit de 2026 a illustré la vulnérabilité des approvisionnements énergétiques, poussant les États et les entreprises à explorer des alternatives. La Syrie, en raison de sa position géographique, représente une option stratégique. Son retour sur la scène internationale, marqué par l’élection d’Ahmad al-Charaa et la levée progressive des sanctions, offre de nouvelles perspectives.
Cependant, le pays reste sous surveillance internationale. Les Nations unies et l’Union européenne maintiennent des réserves sur son processus de réintégration, tandis que les États-Unis et Israël observent avec méfiance les rapprochements diplomatiques. Pour TotalEnergies et d’autres groupes, l’équation est complexe : investir dans un pays en reconstruction tout en évaluant les risques sécuritaires et politiques.
Cette visite d’Emmanuel Macron en Syrie s’inscrit dans une dynamique plus large de réengagement occidental au Moyen-Orient, où les enjeux énergétiques et sécuritaires se mêlent étroitement. Pour les acteurs économiques comme TotalEnergies, l’équilibre entre opportunités et risques restera au cœur de leurs stratégies dans les mois à venir.
Le détroit d’Ormuz est le point de passage obligatoire pour environ 20 % du pétrole mondial, reliant le Golfe Persique à l’océan Indien. Sa fermeture, comme lors du conflit de 2026, peut entraîner une hausse des prix de l’énergie et perturber les approvisionnements mondiaux. Les pays producteurs, comme l’Irak, cherchent donc des alternatives pour réduire leur dépendance à cette route maritime.