Un théâtre parisien, La Reine Blanche, est poursuivi pour diffamation après avoir programmé une pièce mettant en lumière le rôle de Marthe Gautier dans la découverte de la trisomie 21, longtemps attribuée exclusivement au Dr Jérôme Lejeune. Selon Libération, la fille de ce dernier, Clothilde Lejeune, a porté plainte pour atteinte à la mémoire de son père.
Ce qu'il faut retenir
- Marthe Gautier, cardiologue française, a joué un rôle clé dans la découverte de la trisomie 21 en 1959, mais son travail a été minimisé pendant des décennies.
- La pièce « La Découvreuse oubliée », programmée cet été au festival Off d’Avignon, réhabilite son parcours et ses contributions scientifiques.
- Clothilde Lejeune, fille du Dr Lejeune, dénonce une « atteinte à la mémoire » de son père et a engagé une action en justice pour diffamation.
- Le théâtre La Reine Blanche, situé à Paris, est visé par cette plainte.
- La pièce s’inscrit dans un mouvement plus large de réhabilitation des figures scientifiques féminines effacées par l’histoire.
Une pièce qui réécrit l’histoire médicale
« La Découvreuse oubliée », écrite et mise en scène par Isabelle Starkier, retrace le parcours de Marthe Gautier, une scientifique dont les travaux ont été éclipsés par ceux du Dr Jérôme Lejeune. Selon les sources historiques, c’est elle qui, en 1959, a identifié le chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21, dans le cadre de recherches menées à l’hôpital Trousseau à Paris. Pourtant, pendant des années, la paternité de cette découverte a été attribuée uniquement au Dr Lejeune, qui a reçu une reconnaissance internationale pour ce travail.
La pièce, qui sera présentée cet été au festival Off d’Avignon, entend corriger cette injustice historique. Elle s’appuie sur des archives et des témoignages pour mettre en lumière le rôle central de Marthe Gautier, souvent réduite au rang de simple assistante dans les récits traditionnels. Pour les organisateurs du spectacle, il s’agit de « redonner à cette femme la place qu’elle mérite dans l’histoire de la science ».
Une plainte pour diffamation déposée par la famille Lejeune
Clothilde Lejeune, fille unique du Dr Jérôme Lejeune, a décidé d’engager une action en justice pour diffamation contre le théâtre parisien La Reine Blanche. Dans sa plainte, déposée début juillet 2026, elle affirme que la pièce porte atteinte à la mémoire de son père et minimise ses propres contributions scientifiques. « Mon père a consacré sa vie à la recherche sur la trisomie 21 et à la défense des personnes handicapées. Cette pièce est une falsification de l’histoire », a-t-elle déclaré à Libération.
Selon les avocats de la famille Lejeune, la pièce présente une version biaisée des faits en omettant délibérément le rôle du Dr Lejeune dans la découverte. Ils estiment que les propos tenus dans la pièce, notamment ceux attribués à des personnages fictifs, pourraient être considérés comme diffamatoires. La plainte vise non seulement le texte de la pièce, mais aussi les débats et discussions qui pourraient l’accompagner lors des représentations.
Un débat qui dépasse le cadre judiciaire
Cette affaire soulève des questions plus larges sur la réécriture de l’histoire scientifique et la place des femmes dans la recherche. Marthe Gautier, décédée en 2022, n’a reçu une reconnaissance officielle qu’en 2014, lorsque l’Académie nationale de médecine française a enfin reconnu sa contribution. Pour les historiens des sciences, cette pièce s’inscrit dans une dynamique de réhabilitation des figures oubliées, comme celle de Lise Meitner en physique ou Rosalind Franklin en biologie.
Du côté du théâtre La Reine Blanche, on se dit déterminé à poursuivre les représentations. « Nous ne faisons que rétablir une vérité historique. Si cette plainte aboutit, ce sera un dangereux précédent pour la liberté artistique et le débat scientifique », a réagi la direction du théâtre. La première de la pièce est prévue pour le 10 juillet 2026 au festival Off d’Avignon, où elle sera jouée jusqu’au 26 juillet.
Quant au festival Off d’Avignon, il a d’ores et déjà confirmé que la pièce serait jouée comme prévu, tout en précisant que « la liberté artistique reste un pilier de notre programmation ». La question reste donc entière : jusqu’où peut-on aller dans la réécriture de l’histoire au nom de la vérité ?
Son rôle a été minimisé en raison des normes sociales de l’époque, qui reléguaient souvent les femmes scientifiques au second plan. De plus, le Dr Jérôme Lejeune, qui a bénéficié d’une renommée internationale, a été davantage mis en avant dans les récits médiatiques et historiques.