À Lisbonne, où l’aéroport Humberto Delgado est implanté en plein centre-ville, le passage incessant des avions rythme le quotidien de milliers d’habitants. Une situation à laquelle António Boaventura, résident de la capitale portugaise, s’est habitué depuis l’enfance. C’est depuis son appartement, situé dans le quartier d’Alvalade, qu’il a eu l’idée de développer Lisbon Finals, une plateforme en ligne qui recense et analyse les vols au-dessus de Lisbonne, selon Euronews FR.
Selon nos confrères de Euronews FR, cette initiative, lancée le 3 mai 2026, permet désormais de consulter gratuitement des données précises sur le trafic aérien, le bruit, les vibrations ou encore l’altitude des appareils. Une réponse à l’augmentation continue du nombre de vols dans le ciel lisboète, perçue comme une nuisance par une partie de la population.
Ce qu'il faut retenir
- Lisbon Finals, créée par António Boaventura, recense plus de 39 000 vols depuis son lancement en mai 2026.
- La plateforme mesure des données comme la vitesse, l’altitude, le bruit et les vibrations des avions.
- En juillet 2026, 1 477 vols nocturnes ont été enregistrés, dont 397 violations des restrictions en vigueur.
- Parmi ces infractions, 207 sont considérées comme critiques, avec des niveaux de bruit dépassant 98,9 décibels.
- L’association environnementale ZERO dénonce l’impact du bruit aérien, avec 63 879 personnes exposées chaque nuit dans la région métropolitaine.
Un projet né d’une passion et d’une observation quotidienne
António Boaventura, diplômé en gestion d’entreprise et ayant vécu dans plusieurs pays, a conçu Lisbon Finals comme une passion avant tout. « Tout a commencé presque comme un jeu », confie-t-il à Euronews FR. Depuis sa terrasse, il observe depuis toujours les avions qui survolent Lisbonne. « Je me suis habitué et, honnêtement, mes grands-parents avaient une maison à Alvalade, donc depuis tout petit je regardais les avions passer », explique-t-il. Aujourd’hui, il admet que « le nombre d’avions qui passent au-dessus de Lisbonne est de plus en plus élevé, mais je m’y suis habitué ».
Son projet a pris forme lorsque l’idée lui est venue de mesurer plus que la simple fréquence des vols. Avec l’aide de l’intelligence artificielle et d’une station installée sur sa terrasse, il a développé un système capable de collecter et d’analyser des données techniques et environnementales. « Je me suis rendu compte qu’on pouvait aller beaucoup plus loin, prendre des mesures sur les avions et relever, au-delà des décibels, les vibrations sur les murs », détaille-t-il. L’objectif ? Fournir des informations objectives et accessibles à tous : citoyens, associations ou passionnés d’aviation.
Une plateforme autonome et évolutive
Le système mis en place par António Boaventura repose sur une station physique, dont l’installation a coûté environ 1 000 euros et a nécessité un mois et demi de travail. « Il m’a fallu environ un mois et demi pour mettre en place la station », précise-t-il. La plateforme, elle, a demandé davantage de temps en raison de son développement continu. « Je travaille toujours un peu pour l’améliorer et corriger en fonction des données, parce qu’on peut toujours établir de nouvelles corrélations », explique-t-il.
Les données sont automatiquement agrégées et mises à jour, permettant aux utilisateurs d’accéder à des informations comme le numéro des vols, les compagnies aériennes ou encore des images des appareils, partagées également sur une page Instagram dédiée. « Tout le système est entièrement autonome, il fonctionne tout seul », souligne-t-il. L’outil reste ouvert à l’ajout de nouvelles stations de mesure, une perspective qu’il juge essentielle pour enrichir les données disponibles.
Des violations nocturnes qui alimentent les débats
Si António Boaventura a fini par s’habituer au bruit des avions, il reconnaît que cette réalité n’est pas partagée par tous. « J’ai été surpris de voir des avions voler la nuit dans le ciel de Lisbonne », confie-t-il. Une observation qui contraste avec sa jeunesse en France, où les restrictions de vols nocturnes sont strictes. À l’aéroport Humberto Delgado, les vols de nuit sont limités entre 00h00 et 06h00, avec un plafond de 91 mouvements hebdomadaires, dont un maximum de 26 par nuit. Les appareils doivent également respecter des seuils de bruit précis.
Pourtant, selon les relevés de Lisbon Finals, 1 477 vols nocturnes ont été enregistrés en juillet 2026 entre 23h00 et 06h59. Parmi eux, 397 constituent des violations des règles en vigueur. Pire, 207 sont qualifiées de critiques, car ils dépassent le seuil de 98,9 décibels. Des chiffres qui interrogent sur l’application des réglementations en place.
Les associations environnementales montent au créneau
L’association ZERO, spécialisée dans la défense de l’environnement, alerte depuis plusieurs mois sur les conséquences du bruit aérien à Lisbonne. En avril 2026, elle a évalué le Plan d’action de lutte contre le bruit (PAR) 2024-2029, élaboré par l’ANA – Aeroportos de Portugal pour se conformer à la directive européenne. Ce plan vise à maintenir les niveaux sonores en dessous de 65 dB(A) le jour et 55 dB(A) la nuit (Ln).
Selon ZERO, les mesures proposées sont insuffisantes. Dans la zone d’influence de l’aéroport, 63 879 personnes sont exposées chaque nuit à des niveaux supérieurs à 55 dB(A). « Cela affecte 35 fois plus de personnes que l’aéroport de Madrid », souligne l’association. ZERO exige une révision du PAR et la mise en place d’un « programme correctement dimensionné » pour atténuer ces nuisances. Parmi ses propositions figure l’accélération de la renégociation du contrat de concession aéroportuaire, en vue de la fermeture de l’aéroport Humberto Delgado.
Cette plateforme, à la fois citoyenne et technique, pourrait bien devenir un outil de référence pour évaluer l’impact environnemental et sonore du transport aérien dans la capitale portugaise. Reste à savoir si les autorités locales et nationales sauront en tirer les enseignements nécessaires pour concilier développement aérien et qualité de vie des habitants.
La plateforme Lisbon Finals est accessible en ligne gratuitement. Elle permet de consulter des données en temps réel sur le trafic aérien, le bruit, les vibrations et d’autres indicateurs liés aux vols au-dessus de Lisbonne. Une page Instagram est également associée au projet pour partager des images des appareils.