Alors que les tensions au Moyen-Orient s’intensifient avec la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran, le président chinois Xi Jinping a effectué mercredi une visite officielle en Égypte, son premier déplacement dans le pays en dix ans. Selon nos confrères du Figaro, cette rencontre au palais présidentiel d’Al-Ittihadiya, en présence de son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, s’est concentrée sur la recherche de solutions diplomatiques pour mettre fin aux conflits régionaux et sur le renforcement des liens économiques entre les deux nations.

Xi Jinping a profité de cette occasion pour mettre en garde contre les « ingérences extérieures » au Moyen-Orient, réaffirmant que « les peuples de la région doivent être maîtres de leurs propres affaires ». Ses déclarations, relayées par l’agence officielle Chine Nouvelle, s’inscrivent dans un contexte où Pékin cherche à consolider son influence face à l’escalade des tensions internationales. Le président chinois a également exprimé sa volonté de collaborer avec les pays de la région pour garantir la sécurité de la navigation, notamment dans le détroit d’Ormuz, artère stratégique pour le commerce mondial d’hydrocarbures.

Ce qu'il faut retenir

  • Première visite de Xi Jinping en Égypte en dix ans, marquée par des discussions sur la diplomatie régionale et les conflits en cours.
  • Signature d’un accord pour lancer la troisième phase de la zone industrielle égypto-chinoise, déjà investie par 200 entreprises et représentant près de 4 milliards de dollars.
  • Xi Jinping appelle à lutter contre les « ingérences extérieures » au Moyen-Orient et prône des solutions diplomatiques pour les conflits.
  • L’Égypte, sous la direction d’Abdel Fattah al-Sissi, mise sur une « politique étrangère indépendante » pour tirer parti de ses relations avec Washington et Pékin.
  • Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Égypte atteignent un excédent de 12 milliards de dollars sur les sept premiers mois de 2026.
  • Les deux pays renforcent leur coopération militaire, comme en témoignent les exercices conjoints de combat aérien menés en août 2026.

Une visite sous le signe de la coopération économique et sécuritaire

L’accueil réservé à Xi Jinping à son arrivée au Caire a été marqué par une série de symboles forts. Les avenues de la capitale égyptienne étaient ornées de drapeaux chinois et égyptiens, tandis que des panneaux publicitaires vantaient « des générations d’amitié égypto-chinoise coulant comme le Nil ». Selon le Figaro, cette démonstration de proximité illustre l’importance stratégique de cette visite, qui a permis la signature de plusieurs accords, dont les détails financiers n’ont pas été divulgués.

Parmi les projets phares évoqués, la troisième phase de la zone industrielle égypto-chinoise, située près du canal de Suez, devrait renforcer la présence économique de Pékin dans la région. Cette zone, déjà opérationnelle avec 200 entreprises, représente un investissement global d’environ 4 milliards de dollars, selon les autorités égyptiennes. Pour l’Égypte, ce partenariat est crucial alors que la guerre entre les États-Unis et l’Iran menace la stabilité du commerce maritime mondial, dont dépendent largement ses échanges.

Les discussions ont également porté sur la sécurité des voies maritimes. Xi Jinping a souligné l’engagement de la Chine à travailler avec les pays de la région pour assurer la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, régulièrement perturbé par des attaques contre des navires marchands. Cette préoccupation s’inscrit dans un contexte où Pékin, principal acheteur de pétrole iranien, est directement impacté par les tensions entre Téhéran et Washington.

Diplomatie et autonomie stratégique au cœur des échanges

La visite de Xi Jinping intervient alors que l’administration américaine, en partenariat avec Israël, a intensifié sa pression sur l’Iran depuis février 2026. Washington a multiplié les sanctions économiques, ciblant notamment les banques égyptiennes suspectées de faciliter des transactions financières avec Téhéran. La semaine dernière, le Trésor américain a annoncé des mesures restrictives contre la branche émiratie de la Banque Misr, deuxième plus grande banque égyptienne, accusée de participer à ces échanges.

Face à cette escalade, la Chine, également sous la menace de sanctions américaines, a réaffirmé sa détermination à défendre ses intérêts. Pékin, qui achète massivement du pétrole iranien, pourrait être touché par de nouvelles restrictions. Dans ce contexte, l’Égypte, bénéficiaire historique de l’aide militaire américaine et médiateur clé au Moyen-Orient, joue un rôle central. Selon des analystes cités par le Figaro, Le Caire cherche à tirer parti de sa position pour affirmer son autonomie stratégique, en entretenant des relations équilibrées avec Washington et Pékin.

Abdel Fattah al-Sissi a d’ailleurs mis en avant cette « politique étrangère indépendante » dans une tribune publiée mardi. Il a présenté l’Égypte et la Chine, toutes deux membres des BRICS, comme des « partenaires » pour « renforcer le rôle du Sud global », dans un monde de plus en plus polarisé. Cette déclaration reflète une volonté de positionner l’Égypte comme un acteur capable de naviguer entre les grandes puissances, sans exclusive.

Coopération militaire et excédent commercial record

Les liens entre Le Caire et Pékin ne se limitent pas à l’économie. L’Égypte, sous la présidence d’al-Sissi, est devenue l’un des plus grands importateurs d’armes au monde. Les deux pays ont renforcé leur coopération militaire, comme en témoignent les exercices conjoints de combat aérien organisés en août 2026. Ces manœuvres, impliquant notamment le chasseur chinois J-16, illustrent l’approfondissement des échanges sécuritaires entre les deux nations.

Sur le plan commercial, les échanges entre la Chine et l’Égypte atteignent des niveaux records. Selon les douanes chinoises, l’excédent commercial chinois s’élève à 12 milliards de dollars pour les sept premiers mois de 2026, un chiffre qui témoigne de l’intensité des relations économiques bilatérales. La Chine est en effet un partenaire majeur de l’Égypte, tant pour ses exportations que pour ses investissements dans des infrastructures clés, comme le quartier des finances de la nouvelle capitale administrative, située à 50 km à l’est du Caire.

Cette coopération s’étend également à des projets culturels et symboliques. Xi Jinping devait se rendre en fin de journée au Grand Musée égyptien, près des pyramides de Gizeh, un site qui incarne à lui seul le patrimoine historique et l’ambition moderne du pays. La visite du président chinois dans ce musée, financé en partie par des investissements chinois, devait clore symboliquement cette tournée marquée par l’affirmation d’une alliance économique et diplomatique durable.

Et maintenant ?

La rencontre entre Xi Jinping et le président américain Donald Trump, prévue plus tard ce mois-ci, pourrait redéfinir l’équilibre des forces au Moyen-Orient. Si Pékin et Washington parviennent à un compromis, cela pourrait atténuer les tensions régionales. Dans le même temps, l’Égypte devrait poursuivre sa stratégie d’équilibriste, cherchant à maximiser les avantages de ses partenariats avec les deux superpuissances. Pour la Chine, cette visite marque une étape clé dans sa volonté de s’imposer comme un acteur incontournable au Moyen-Orient, face à une influence américaine toujours dominante.

Cette tournée égyptienne pourrait également servir de prélude à d’autres initiatives diplomatiques chinoises dans la région, alors que Pékin cherche à étendre son influence économique et sécuritaire. Reste à voir comment les États-Unis et leurs alliés réagiront à cette offensive chinoise, alors que les sanctions contre l’Iran continuent de peser sur l’équilibre régional.

La Chine et l’Égypte cherchent à consolider leur alliance économique et diplomatique face à l’escalade des tensions au Moyen-Orient. La visite de Xi Jinping s’inscrit dans une stratégie plus large visant à sécuriser des partenariats stratégiques, notamment dans les domaines industriel, militaire et commercial, alors que les conflits régionaux menacent la stabilité des échanges internationaux.

L’Égypte fait face à des défis majeurs, notamment la menace des sanctions américaines contre les banques égyptiennes accusées de transactions avec l’Iran, ainsi que l’instabilité des routes maritimes dans le détroit d’Ormuz. Ces éléments pourraient perturber ses échanges commerciaux et son approvisionnement en énergie, d’où l’importance de diversifier ses partenariats, notamment avec la Chine.