Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient entre les grandes puissances, le 25e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui s’est tenu ce week-end, a mis en lumière une volonté croissante de ses membres de structurer un ordre international alternatif à l’influence occidentale. Selon nos confrères de BFM Business, cet événement organisé à Douchanbé, au Tadjikistan, a rassemblé les dirigeants de la Chine, de la Russie, de l’Inde, du Pakistan et de plusieurs pays d’Asie centrale, réaffirmant leur unité face aux sanctions économiques et aux pressions diplomatiques venues de Washington et de Bruxelles.

Ce qu'il faut retenir

  • Le sommet s’est déroulé à Douchanbé (Tadjikistan) du 28 au 30 août 2026, avec la participation des dirigeants des 9 États membres de l’OCS, dont la Chine et la Russie en tant que membres fondateurs.
  • Les discussions ont porté sur la création d’un système financier et commercial alternatif pour contourner les sanctions occidentales, notamment celles imposées à l’Iran et à la Russie.
  • Un accord a été signé pour renforcer la coopération militaire et sécuritaire entre les membres, dans un contexte de tensions croissantes en mer de Chine méridionale et en Ukraine.
  • La question de l’adhésion de nouveaux membres, comme l’Iran ou la Biélorussie, a été évoquée, sans annonce officielle.

Un ordre international en construction face à l’hégémonie occidentale

Pour les observateurs, ce sommet marque une étape supplémentaire dans la construction d’un bloc géopolitique capable de rivaliser avec les États-Unis et l’Union européenne. Comme le rapporte BFM Business, les dirigeants de l’OCS ont insisté sur la nécessité de développer des mécanismes de coopération économique indépendants, notamment en matière de commerce, d’énergie et de paiements internationaux. La Chine, en particulier, a réaffirmé son engagement à promouvoir le yuan comme monnaie de réserve dans les échanges entre membres, afin de réduire leur dépendance au dollar américain.

Le président russe Vladimir Poutine a, pour sa part, souligné que « l’OCS représente un contrepoids nécessaire à un monde où l’unilatéralisme domine », selon des déclarations rapportées par nos confrères. Les discussions ont également porté sur la mise en place d’un mécanisme de règlement des litiges commerciaux interne, évitant ainsi le recours aux institutions financières occidentales comme le FMI ou la Banque mondiale.

L’Iran et l’Asie centrale au cœur des enjeux

L’Iran, pays sous sanctions américaines depuis des décennies, a été l’un des principaux bénéficiaires de ce sommet. Téhéran a obtenu le soutien de l’OCS pour contourner les restrictions imposées par Washington, notamment en matière d’exportations pétrolières. « Nous allons renforcer nos échanges commerciaux en utilisant les monnaies locales et en développant des corridors logistiques alternatifs », a déclaré le président iranien Ebrahim Raïssi, cité par BFM Business. De son côté, l’Ouzbékistan, qui assure la présidence tournante de l’organisation en 2026, a appelé à une « intégration économique plus poussée » entre les pays membres, avec la création de zones de libre-échange transfrontalières.

L’Inde, membre stratégique de l’OCS, a pour sa part réaffirmé son rôle de pont entre l’Asie du Sud et l’Asie centrale, tout en maintenant une position prudente sur les questions de sécurité, notamment face à la Chine avec laquelle New Delhi entretient des relations tendues depuis des décennies.

Sécurité et énergie : les priorités du sommet

La question de la sécurité régionale a occupé une place centrale lors des débats. Les dirigeants ont adopté une déclaration commune condamnant « les ingérences extérieures » dans les affaires internes des États membres, une allusion directe aux sanctions occidentales et aux pressions exercées par l’OTAN en Europe de l’Est. Un accord a également été signé pour renforcer la coopération en matière de lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue, deux menaces récurrentes en Asie centrale.

Sur le plan énergétique, la Russie et le Kazakhstan ont confirmé leur engagement à stabiliser les approvisionnements en gaz et en pétrole vers la Chine et l’Inde, malgré les sanctions occidentales. Moscou a notamment annoncé la construction de nouveaux gazoducs vers l’Asie, tandis que Pékin a réaffirmé son soutien aux projets d’infrastructures comme le corridor Chine-Pakistan, essentiel pour relier les routes commerciales entre l’Asie et le Moyen-Orient.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient marquer les prochains mois : une réunion des ministres des Affaires étrangères des membres de l’OCS est prévue pour novembre 2026, afin de finaliser les accords commerciaux discutés à Douchanbé. Par ailleurs, l’adhésion éventuelle de l’Iran, officiellement candidate depuis 2021, pourrait être officialisée d’ici la fin de l’année, si les négociations techniques aboutissent. Enfin, la question d’une monnaie commune, évoquée en marge du sommet, devrait faire l’objet d’études approfondies dans les mois à venir, bien que sa mise en œuvre reste incertaine à court terme.

Reste à voir si ce bloc pourra concrétiser ses ambitions face à la résistance des puissances occidentales. Pour l’instant, l’OCS confirme son rôle comme acteur clé d’un monde en recomposition, où les alliances traditionnelles ne suffisent plus à garantir la stabilité.

Pour rejoindre l’Organisation de coopération de Shanghai, un pays doit être approuvé à l’unanimité par les États membres actuels. Les critères incluent la reconnaissance des principes de l’OCS, tels que le respect de la souveraineté, la non-ingérence dans les affaires internes et la promotion de la coopération régionale. L’Iran, par exemple, est en phase finale d’adhésion depuis 2021, mais des discussions techniques restent en cours.