Un accord entre Téhéran et Washington pourrait être signé dans les prochains jours, entraînant une baisse significative du cours du pétrole. Selon BFM Business, cette détente géopolitique redessine les stratégies d’investissement sur les marchés, notamment pour les acteurs des énergies renouvelables, qui pourraient voir leur valorisation progresser. Plusieurs experts se sont exprimés ce lundi 15 juin dans l’émission BFM Bourse, analysant les conséquences de cet événement sur les marchés financiers et les portefeuilles d’investissement.
Ce qu'il faut retenir
- Un accord entre l’Iran et les États-Unis pourrait faire chuter le prix du pétrole en dessous de 80 dollars le baril, selon plusieurs intervenants.
- Les valeurs des énergies renouvelables sont scrutées de près, une baisse durable des tensions au Moyen-Orient pouvant favoriser leur attractivité en Bourse.
- Renault a vu son action progresser après avoir annoncé son entrée dans le secteur de la défense, notamment via un partenariat avec Thales.
- L’entrée en Bourse de SpaceX et les restrictions américaines sur l’accès aux IA d’Anthropic pour l’Europe ont également été abordées.
- La baisse du pétrole, bien que positive, reste jugée insuffisante pour l’économie européenne, selon Amandine Gérard, présidente de La Financière de l’Arc.
- Le sommet du G7 à Évian, avec la présence attendue de Donald Trump, ajoute une dimension géopolitique supplémentaire aux marchés.
Un accord Iran-USA qui rebat les cartes des marchés
Un protocole d’accord entre l’Iran et les États-Unis, actuellement en discussion, pourrait être finalisé dans les prochains jours. D’après Pierre-Alexis Dumont, directeur des investissements chez Sycomore Asset Management, cette avancée aurait un impact immédiat sur les marchés, en particulier sur le cours du pétrole. « Une baisse durable des tensions au Moyen-Orient pourrait faire reculer le baril sous les 80 dollars », a-t-il indiqué lors de son intervention dans l’émission BFM Bourse. Une telle évolution serait de nature à redessiner les stratégies des investisseurs, notamment ceux positionnés sur les énergies renouvelables, souvent perçues comme une alternative aux hydrocarbures en période de crise.
Selon Florian Ielpo, en charge de la macroéconomie chez Lombard Odier IM, cette détente géopolitique intervient à un moment où les marchés restent sensibles aux risques de perturbation des approvisionnements via le détroit d’Ormuz. « La baisse du pétrole à 80 dollars est une bonne nouvelle, mais elle reste insuffisante pour l’Europe », a-t-il souligné, rappelant que la dépendance énergétique de la zone euro nécessite des prix bien inférieurs pour relancer la croissance. Bref, autant dire que le soulagement pourrait être de courte durée si l’inflation persiste.
Les énergies renouvelables en première ligne
Dans ce contexte, les valeurs liées aux énergies renouvelables pourraient tirer leur épingle du jeu. Amandine Gérard, présidente de La Financière de l’Arc, a rappelé que ces acteurs avaient déjà montré une résilience face aux tensions géopolitiques récentes. « Les énergies renouvelables bénéficient d’un effet de substitution naturel lorsque le pétrole devient trop cher », a-t-elle expliqué. Cependant, elle a nuancé son propos en précisant que « la baisse actuelle du baril, si elle se confirme, ne suffira pas à elle seule à accélérer la transition énergétique ».
Parmi les entreprises suivies de près, SpaceX a fait son entrée en Bourse avec une valorisation saluée par les analystes. John Plassard, associé et responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion, a salué « une opération très réussie, qui confirme l’attractivité des acteurs spatiaux dans un contexte où les États cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement ». Cette entrée en Bourse a également été perçue comme un symbole de la capacité des marchés à se tourner vers de nouveaux secteurs en période d’incertitude.
Renault et Thales dans le sillage de la défense
Autre mouvement notable sur les marchés : l’annonce par Renault de son accélération dans le secteur de la défense, en partenariat avec Thales. Selon Bertrand Lamielle, directeur général de Portzamparc Gestion, cette stratégie reflète une adaptation des industriels français aux nouvelles réalités géopolitiques. « Les valeurs de la défense profitent directement des tensions internationales », a-t-il précisé, rappelant que Thales, déjà bien positionné sur ce créneau, voit son action soutenue par cette dynamique.
Cette orientation vers la défense s’inscrit dans un contexte où le sommet du G7, qui se tient actuellement à Évian en présence de Donald Trump, devrait aborder les enjeux de sécurité énergétique et militaire. Guillaume Sommerer, présentateur de BFM Bourse, a souligné que « les annonces en marge de ce sommet pourraient influencer les marchés dans les prochains jours ». Les investisseurs surveillent notamment les déclarations sur les sanctions contre l’Iran et leurs répercussions sur les flux pétroliers.
Les restrictions américaines sur l’IA et leurs conséquences
Dans sa chronique USA Today, John Plassard a également abordé les restrictions imposées par Washington sur l’accès des Européens aux technologies d’intelligence artificielle développées par Anthropic. « Cette décision limite le potentiel boursier de ces acteurs », a-t-il estimé, ajoutant que « les investisseurs doivent désormais intégrer ce risque réglementaire dans leurs modèles ».
Cette mesure s’ajoute à une série de déclarations récentes de Meta, qui a reconnu une erreur dans sa stratégie d’IA, illustrant les incertitudes persistantes autour de ce secteur. Selon Plassard, « ces évolutions pourraient freiner l’engouement des marchés pour les valeurs technologiques, du moins à court terme ».
Ce que les experts anticipent pour la semaine
Les interventions des différents intervenants dans BFM Bourse ce lundi 15 juin dessinent plusieurs scénarios pour les marchés. Pour Bertrand Lamielle, « les valeurs ayant le plus souffert des tensions au Moyen-Orient pourraient rebondir rapidement », à condition que l’accord se concrétise. De son côté, Amandine Gérard a tempéré cet optimisme en rappelant que « la baisse du pétrole à 80 dollars ne suffira pas à résoudre les problèmes structurels de l’Europe », notamment en matière de compétitivité industrielle.
Quant à Florian Ielpo, il a insisté sur les risques de rebond des tensions, malgré l’accord en cours de négociation. « Les marchés restent fragiles et pourraient réagir violemment à toute annonce contradictoire », a-t-il prévenu. Enfin, John Plassard a conclu en soulignant que « les prochains jours seront déterminants pour les investisseurs, qui devront arbitrer entre opportunités sectorielles et risques géopolitiques ».
Un accord entre l’Iran et les États-Unis pourrait lever les sanctions contre Téhéran, permettant une reprise des exportations de pétrole iranien. Cette augmentation de l’offre sur le marché pourrait faire baisser les prix du baril, ce qui bénéficierait aux économies importatrices comme l’Europe, mais affaiblirait les pays producteurs comme l’Arabie saoudite ou la Russie. Pour les investisseurs, cela pourrait rediriger les flux vers des secteurs moins dépendants des hydrocarbures, comme les énergies renouvelables.