Depuis quelques années, les séries destinées aux jeunes adultes présentent une génération Z aussi studieuse qu’ambitieuse, bien loin des stéréotypes de la rébellion adolescente. Selon nos confrères de Courrier International, cette évolution des représentations s’observe dans des productions comme « Ma vie avec les Walter Boys » (Netflix), « Off Campus » (Prime Video) ou encore « Sterling Point », où les personnages semblent davantage préoccupés par leur avenir professionnel que par les excès de l’adolescence.

Ce qu'il faut retenir

  • Les séries récentes comme « Sterling Point », « Off Campus » ou « Maxton Hall » dépeignent des adolescents ultra-organisés et focalisés sur leur réussite.
  • Cette représentation reflète une tendance réelle chez la Gen Z, marquée par un perfectionnisme accru et une pression accrue sur le marché du travail.
  • Les réseaux sociaux contribuent à cette culture de la performance, avec des tendances comme le #looksmaxxing ou le 5-to-9 qui encouragent le surmenage.
  • Les intrigues de ces séries montrent souvent des personnages rigides dont la carapace finit par se fissurer, révélant leurs désirs et leurs faiblesses.
  • Megan Park, cocréatrice de « Sterling Point », souligne la pression exercée sur les jeunes femmes pour qu’elles soient « parfaites » et tout contrôler.

Des séries qui rompent avec les clichés de l’adolescence

Il y a encore dix ans, les adolescents à l’écran incarnaient avant tout la rébellion, la consommation d’alcool ou de drogue, comme en témoignait la série « Skins » dans les années 2000. Aujourd’hui, le paysage audiovisuel a radicalement changé. Dans « Sterling Point », Annie, interprétée par Ella Rubin, passe son temps à organiser des tableaux Excel pour gérer sa vie sociale et académique. « Dans Sterling Point, Annie a l’air de s’éclater en organisant une belle feuille de calcul », note The Independent, cité par Courrier International. De même, Jackie, dans « Ma vie avec les Walter Boys », est une étudiante collet monté prête à intégrer Princeton, tandis que Ruby, héroïne de « Maxton Hall », est une lycéenne boursière ambitieuse.

Selon The Independent, ces personnages « font preuve d’intelligence émotionnelle, sont éloquents et particulièrement attentifs aux limites d’autrui ». Une évolution qui interroge : depuis quand les adolescents des séries se comportent-ils en quadragénaires ? « C’est certes une représentation fictive de l’adolescence, mais cette retenue un peu guindée témoigne de la vie de cette jeunesse et de la manière dont elle essaie de réussir », analyse le média britannique.

Une jeunesse sous pression : entre perfectionnisme et peur de l’échec

Cette image des jeunes adultes hyper-responsables n’est pas déconnectée de la réalité. Plusieurs études, citées par The Independent, révèlent que le perfectionnisme chez les étudiants a atteint des sommets. « Cette génération se prépare à intégrer un marché du travail impitoyable, réorganisé par l’intelligence artificielle, tout en naviguant dans une culture en ligne qui prône constamment l’optimisation de soi », précise le site britannique. Entre le #looksmaxxing – qui consiste à maximiser son apparence physique – et la tendance du 5-to-9 – se lever tôt pour cumuler activités professionnelles et personnelles –, la Gen Z cultive une logique de performance à outrance.

Andrew Levey, psychologue à LightLine Therapy à New York, corrobore cette observation auprès de ses jeunes patients. « Les enfants entendent très tôt qu’ils doivent réussir, probablement plus que les générations précédentes, au point qu’ils développent très tôt un état d’esprit guidé par la réussite professionnelle », explique-t-il. Megan Park, cocréatrice et coproductrice de « Sterling Point », abonde dans ce sens : « Une pression considérable s’exerce sur les femmes de tous âges pour qu’elles soient parfaites, pour qu’elles prennent tout en charge. »

Quand la fiction reflète les angoisses d’une génération

Les intrigues de ces séries révèlent une autre facette de cette jeunesse : sous des apparences rigides, les personnages portent des fardeaux d’adultes bien avant d’atteindre la majorité. Dans « Sterling Point », Annie s’envole au Canada pour prendre du recul et prioriser sa santé mentale. Jackie, dans « Ma vie avec les Walter Boys », se laisse entraîner dans un triangle amoureux avec deux frères, tandis que Ruby, dans « Maxton Hall », tombe amoureuse de son meilleur ennemi, James. « La carapace de ces personnages finit par se fissurer. Leurs complexités sont peu à peu révélées, ils découvrent le désir et finissent par se comporter en ados », souligne The Independent.

Cette évolution narrative n’est pas anodine. Comme le souligne Rolling Stone, Megan Park a peut-être signé « le succès phare de l’été avec Sterling Point, qui dépeint à la perfection toute la complexité de la Gen Z ». Ces séries, en dépeignant « ses aspirations, ses habitudes, ses espoirs et ses désillusions », offrent une représentation jugée juste par une partie de la critique.

Une génération entre rêve de performance et besoin de lâcher-prise

Pourtant, cette quête de perfection a un revers. Les tendances comme le #hustle culture – ou culture du grind – ou le #burnout prevention avant 30 ans illustrent une tension permanente. « Ces personnages témoignent des angoisses que l’avenir suscite chez cette génération, qui rêve aussi d’un lâcher-prise total », note The Independent. Une dualité que l’on retrouve dans la vie réelle, où les jeunes oscillent entre la nécessité de performer et le besoin de ralentir.

Comme souvent dans la fiction, les histoires se terminent bien. Les séries adoptent un ton optimiste, offrant une issue positive aux dilemmes de leurs personnages. Mais derrière cette conclusion rassurante, se pose une question plus large : et si ces récits reflétaient moins une tendance qu’une réalité ? Une jeunesse contrainte d’anticiper les défis d’un monde du travail en mutation, tout en gérant les attentes d’une société hyperconnectée.

Et maintenant ?

Les prochaines saisons de ces séries devraient continuer d’explorer cette dualité entre ambition et vulnérabilité. Après le succès critique de « Sterling Point », Megan Park a déjà évoqué l’idée d’approfondir les thèmes du bien-être mental et de l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle. Pour la Gen Z, la question reste entière : comment concilier les attentes d’un monde exigeant avec le besoin de rester humain ? Les prochaines productions audiovisuelles pourraient bien apporter des éléments de réponse.

Alors que les plateformes de streaming misent sur ce créneau, une interrogation persiste : ces représentations sont-elles le reflet d’une évolution sociétale durable, ou simplement une parenthèse dans l’histoire des séries pour adolescents ? Une chose est sûre, la frontière entre jeunesse et âge adulte n’a jamais semblé aussi floue.

Cette représentation reflète une réalité sociétale où la Gen Z est confrontée à des attentes accrues en matière de réussite académique et professionnelle. Les études montrent une augmentation du perfectionnisme chez les jeunes, liée à la pression du marché du travail et aux normes sociales promues sur les réseaux sociaux.

Les séries mentionnées sont « Sterling Point » (Prime Video), « Off Campus » (Prime Video), « Ma vie avec les Walter Boys » (Netflix) et « Maxton Hall » (Prime Video).