Une vidéo tronquée et largement relayée sur les réseaux sociaux attribue à tort au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, des propos sévèrement critiques envers Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés. Selon Libération, cette manipulation vise à discréditer une figure controversée de l'organisation internationale.
Ce qu'il faut retenir
- António Guterres n’a jamais tenu les propos qui lui sont attribués concernant Francesca Albanese.
- Une vidéo, partagée massivement, est tronquée pour laisser croire qu’il la qualifiait d’« hors de contrôle ».
- La rapporteuse spéciale est une figure polarisante, souvent critiquée pour ses prises de position sur le conflit israélo-palestinien.
- Libération rappelle que cette désinformation s’inscrit dans un contexte de tensions accrues autour des travaux de l’ONU sur la Palestine.
- L’ONU n’a pas réagi officiellement, mais les faits sont contestés par plusieurs observateurs.
Une vidéo manipulée pour discréditer une figure de l’ONU
Une séquence vidéo, diffusée sur X (ex-Twitter) et d’autres plateformes, montre un extrait d’une interview d’António Guterres où il serait question de Francesca Albanese. Dans cette version tronquée, le secrétaire général de l’ONU aurait déclaré que la rapporteuse était « hors de contrôle ». Pourtant, comme le rapporte Libération, cette assertion ne figure dans aucune transcription officielle ni dans les propos tenus par Guterres lors de cette intervention.
Selon nos confrères de Libération, la vidéo a été retravaillée pour enlever tout contexte et donner une impression de spontanéité. En réalité, l’interview complète, disponible sur le site de l’ONU, montre que Guterres évoque bien les travaux de Francesca Albanese, mais sans les qualifier de la sorte. Les propos attribués au secrétaire général relèvent donc d’une désinformation délibérée.
Francesca Albanese, une rapporteuse au cœur des polémiques
Francesca Albanese, juriste italienne spécialisée dans les droits humains, occupe depuis 2022 le poste de rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés. Ses rapports, souvent critiques envers la politique israélienne, lui valent des soutiens, mais aussi de vives oppositions, notamment de la part des autorités israéliennes et de leurs alliés.
Ses détracteurs lui reprochent un biais anti-israélien, tandis que ses défenseurs saluent son engagement pour la cause palestinienne. Selon Libération, cette polarisation explique en partie pourquoi une telle manipulation a pu circuler sans susciter d’immédiates remises en question. Plusieurs médias et comptes influents ont relayé l’information erronée avant que des vérifications ne soient effectuées.
Les réactions et les mécanismes de désinformation
Face à la viralité de la vidéo, plusieurs observateurs ont rapidement pointé la manipulation. Des comptes spécialisés dans la vérification des faits, comme AFP Factuel ou Les Décodeurs du Monde, ont confirmé l’absence de ces propos dans l’interview originale. Pourtant, la désinformation a déjà marqué les esprits, notamment dans les cercles pro-israéliens et anti-ONU.
Cette affaire illustre une fois de plus les dangers des deepfakes et des montages audio-vidéo ciblés. Les réseaux sociaux, où la vidéo a circulé massivement, peinent à endiguer la propagation de telles manipulations. Libération souligne que cette situation rappelle d’autres cas similaires, comme celui des faux discours attribués à des responsables politiques ou institutionnels.
Cette affaire met également en lumière le rôle croissant des mécanismes de vérification en temps réel, comme ceux des médias ou des observatoires spécialisés. Reste à voir si cette prise de conscience suffira à limiter l’impact des futures manipulations.