L’histoire économique américaine perd l’une de ses figures les plus emblématiques. Alan Greenspan, président emblématique de la Réserve fédérale (Fed) pendant près de deux décennies, est décédé ce matin à l’âge de 100 ans, « des suites de complications liées à la maladie de Parkinson », comme l’a annoncé sa compagne dans un communiqué diffusé par NBC News, selon BFM Business.

Son décès survient alors qu’il avait marqué l’histoire des banques centrales par son mandat exceptionnellement long — d’août 1987 à janvier 2006 — et par son rôle central lors de crises financières majeures. Ce second mandat le place au deuxième rang des présidents les plus longs de la Fed, derrière William McChesney Martin, qui a dirigé l’institution de 1951 à 1970. Greenspan laisse derrière lui une empreinte durable sur la politique monétaire américaine et une carrière placée sous la présidence de plusieurs administrations, de Ronald Reagan à George W. Bush.

Ce qu'il faut retenir

  • Alan Greenspan s’est éteint à 100 ans, des suites de complications liées à la maladie de Parkinson, selon un communiqué de sa compagne relayé par NBC News.
  • Il a dirigé la Réserve fédérale américaine d’août 1987 à janvier 2006, soit le deuxième mandat le plus long après celui de William McChesney Martin (1951-1970).
  • Son influence sur les marchés financiers et les politiques économiques américaines en a fait l’une des personnalités les plus puissantes et suivies des États-Unis.
  • Né le 6 mars 1926 à Washington Heights (New York), il a grandi pendant la Grande Dépression, dans un milieu marqué par la finance.
  • Il est notamment connu pour son avertissement en 1996 sur « l’exubérance irrationnelle » des marchés, une phrase qui avait provoqué des turbulences boursières mondiales.

Un parcours marqué par la finance et la politique

Né dans une famille juive new-yorkaise, Alan Greenspan a baigné dès l’enfance dans l’univers de la finance. Son père, Herbert Greenspan, était courtier en bourse et analyste financier. Cette exposition précoce aux marchés a sans doute forgé sa passion pour l’économie, une passion qui le mènera à devenir l’un des architectes de la politique monétaire américaine.

Formé à l’université de New York puis à l’université Columbia, où il obtient un doctorat en économie, Greenspan a débuté sa carrière comme économiste avant de fonder sa propre société de conseil. Son expertise en matière de prévision économique et de gestion des risques a rapidement attiré l’attention des décideurs politiques. En 1987, il est nommé président de la Réserve fédérale par le président Ronald Reagan, un poste qu’il occupera pendant près de deux décennies, traversant plusieurs présidences et périodes de turbulence économique.

Une carrière rythmée par les crises et les décisions historiques

Le mandat de Greenspan à la tête de la Fed a été marqué par des événements majeurs, allant de l’éclatement de la bulle Internet au début des années 2000 à la crise financière de 2008, dont certains observateurs estiment qu’elle a été en partie favorisée par des politiques monétaires trop accommodantes. Son approche, souvent qualifiée de « pragmatique » ou « flexible », visait à stabiliser l’économie américaine face aux chocs externes et internes. Greenspan lui-même a reconnu à plusieurs reprises les limites de ses prévisions, notamment après l’éclatement de la bulle Internet, une période qu’il a qualifiée de « correction nécessaire » après des années d’euphorie boursière.

Parmi les moments les plus emblématiques de sa carrière figure un discours prononcé le 5 décembre 1996, lors duquel il évoque pour la première fois « l’exubérance irrationnelle » des marchés. « Comment savoir quand une exubérance irrationnelle a indûment fait grimper la valeur des actifs, qui deviennent ensuite sujets à des contractions inattendues et prolongées, comme cela a été le cas au Japon au cours de la dernière décennie ? », avait-il déclaré. Ces propos, interprétés comme un avertissement, avaient provoqué une chute immédiate de 3 % de la Bourse de Tokyo, avant que les marchés ne se reprennent dans les mois suivants.

Une figure controversée, mais incontournable

Alan Greenspan a toujours incarné une forme de paradoxe : à la fois respecté pour son expertise et critiqué pour ses erreurs de jugement. Son influence sur les marchés financiers était telle que les investisseurs guettaient chacun de ses discours ou déclarations, surnommant ses interventions « le Greenspan put » — une expression désignant la tendance des marchés à rebondir après ses propos rassurants. Pourtant, après l’éclatement de la bulle immobilière en 2007 et la crise financière qui en a découlé, son héritage a été remis en question.

Dans une interview accordée en 2008 au Financial Times, Greenspan a reconnu, non sans humilité, certaines de ses erreurs : « J’ai découvert une faille dans mon idéologie. J’ai cru que les institutions financières privées, motivées par leur propre intérêt, étaient les mieux à même de protéger leurs actionnaires. Je me suis trompé. » Cette déclaration a marqué les esprits, soulignant la complexité des enjeux économiques et la difficulté à anticiper les crises systémiques.

Un héritage qui dépasse les frontières américaines

Au-delà des États-Unis, l’influence d’Alan Greenspan s’est étendue à l’échelle mondiale. Ses décisions monétaires ont eu des répercussions sur les économies émergentes, les taux de change et les flux financiers internationaux. Dans les années 1990 et 2000, sa politique de taux bas a contribué à alimenter la croissance mondiale, mais aussi à créer des déséquilibres économiques, notamment en Asie et en Amérique latine. Certains économistes lui reprochent d’avoir favorisé la création de bulles spéculatives, tandis que d’autres saluent sa capacité à maintenir la stabilité économique dans des périodes de forte incertitude.

Son passage à la Fed a aussi coïncidé avec une période de globalisation accélérée, où les frontières entre les économies nationales s’estompaient. Greenspan lui-même a souvent souligné l’importance de la coordination internationale en matière de régulation financière, une idée qui reste d’actualité dans un monde où les crises économiques n’ont plus de frontières.

Et maintenant ?

La disparition d’Alan Greenspan soulève des questions sur l’héritage des politiques monétaires qu’il a portées pendant près de vingt ans. Alors que les banques centrales du monde entier continuent de naviguer entre inflation, croissance et stabilité financière, son parcours rappelle les défis auxquels sont confrontés les décideurs économiques. La Fed, aujourd’hui dirigée par Jerome Powell, devra-t-elle réévaluer certaines des stratégies mises en place sous Greenspan ? Une question qui pourrait prendre de l’importance dans les mois à venir, alors que l’économie mondiale reste sous haute tension.

Par ailleurs, la disparition de Greenspan invite à s’interroger sur le rôle des figures charismatiques dans la conduite des politiques économiques. Dans un monde où les marchés sont de plus en plus complexes et interconnectés, la capacité à anticiper les crises et à adapter les politiques monétaires reste un enjeu majeur. Son parcours, marqué par des succès mais aussi des échecs, rappelle que l’économie, loin d’être une science exacte, est avant tout une question d’équilibre et de compromis.

Alan Greenspan a quitté la présidence de la Réserve fédérale en janvier 2006, remplacé par Ben Bernanke. Depuis, la Fed a été dirigée par plusieurs personnalités, dont Janet Yellen et Jerome Powell. Aucune succession n’est prévue pour l’instant, Greenspan n’occupant plus de fonction officielle depuis des années.

À ce stade, aucune réaction significative des marchés n’a été rapportée. Greenspan a quitté la vie publique depuis plusieurs années, et son influence directe sur les décisions économiques actuelles est limitée. Les marchés semblent plutôt se concentrer sur les politiques monétaires actuelles, notamment en matière de taux d’intérêt et d’inflation.