Les Algériens se rendent aux urnes ce 8 juillet 2026 pour élire leurs représentants lors d’un scrutin législatif, les deuxièmes depuis le mouvement de contestation populaire de 2019 qui avait entraîné la chute du président Abdelaziz Bouteflika. Selon Euronews FR, cette élection s’annonce sous haute tension après une vague d’exclusions massives de candidats, motivées par l’application de l’article 200 de la loi électorale.

Ce qu'il faut retenir

  • Près de 3 000 candidats ont été exclus du scrutin en application de l’article 200 de la loi électorale, soit près de la moitié des 10 168 aspirants à un siège parlementaire.
  • Cette disposition, adoptée il y a plus d’un an, vise à lutter contre la corruption et à garantir la « probité » du processus électoral, mais elle est désormais critiquée pour son manque de clarté et son utilisation politique.
  • Parmi les 24,7 millions d’électeurs inscrits, 869 242 sont inscrits à l’étranger, selon les chiffres officiels de l’Autorité nationale indépendante des élections.
  • Seules 66 listes, représentant partis politiques et candidats indépendants, sont en lice pour ce scrutin.

Le scrutin se déroule cinq ans après les dernières législatives anticipées de 2021, dans un contexte politique marqué par une refonte constitutionnelle et institutionnelle. Selon Euronews FR, les autorités algériennes justifient ces réformes, incluant la révision de la loi électorale, par la volonté de « renforcer la transparence » et de « garantir l’intégrité du processus électoral ».

Un scrutin marqué par une campagne électorale inhabituellement calme

Plusieurs observateurs soulignent l’absence des habituels débats politiques et des joutes verbales qui caractérisent généralement les campagnes électorales en Algérie. Les législatives, traditionnellement moins mobilisatrices que les présidentielles ou les scrutins locaux, ne suscitent cette fois-ci qu’un faible engouement. Aucune discussion intense sur les enjeux sociaux, économiques ou politiques ne semble émerger, contrairement aux éditions précédentes.

Le nombre d’électeurs inscrits s’élève à 24 727 041, dont près de 870 000 à l’étranger. Parmi les 10 168 candidatures déposées, seules 66 listes ont été retenues pour ce scrutin. Selon Euronews FR, l’Autorité nationale indépendante des élections a étudié 788 dossiers, avant de rejeter près de 3 000 candidats en application de l’article 200.

L’article 200, un outil de « purification » devenu instrument d’exclusion

L’article 200, adopté par les députés il y a plus d’un an, avait pour objectif initial de lutter contre la corruption en excluant les candidats suspectés de liens avec des milieux financiers douteux ou dont l’élection pourrait « porter atteinte à la sincérité du vote ». Parmi ses dispositions les plus restrictives figure une limite de deux mandats parlementaires, consécutifs ou non.

Cependant, cette mesure, présentée comme un outil de « purification » de la vie politique, se retourne aujourd’hui contre certains de ses propres auteurs. Plusieurs députés, y compris parmi ceux qui avaient voté la loi, ont vu leurs candidatures rejetées. Selon Euronews FR, cette situation a suscité un débat national sur la nature de la « probité » promue par le pouvoir et sur les limites de la liberté des candidats, garantie par la Constitution.

Les autorités défendent leur approche, l’opposition crie à l’arbitraire

Le président par intérim de l’Autorité nationale indépendante des élections, Karim Khalfan, a défendu à plusieurs reprises l’application de l’article 200, affirmant que cette disposition s’inscrit dans le cadre légal pour « assainir la vie politique » et « empêcher l’argent corrompu d’influencer le processus électoral ». Il a insisté sur le fait que l’étude des dossiers repose sur des critères précis, incluant la vérification des signatures, le respect des quotas de représentation des jeunes, des femmes et des diplômés, ainsi que l’examen de la situation fiscale des candidats.

À l’inverse, l’opposition dénonce un texte « flou » et une utilisation politique de l’article 200. Plusieurs partis politiques, comme le Parti des travailleurs, qualifient cette disposition d’« outil de broyage » des droits politiques, soulignant que certains candidats ont été exclus sans qu’aucune décision de justice définitive ou poursuites avérées ne soient prononcées à leur encontre. Le parti a appelé le président Abdelmadjid Tebboune à intervenir pour geler l’application de l’article 200 et réhabiliter les candidats avant le lancement de la campagne.

Le Jil Jadid a dénoncé une « manœuvre politique délibérée », notant que les notifications de refus de candidature ont été envoyées à la veille de l’Aïd al-Adha, limitant ainsi la capacité des candidats à exercer leur droit de recours dans les délais légaux. Le député Zohir Touis, membre de ce parti, a qualifié l’application de l’article 200 de « diffamation politique » en l’absence de preuves publiques établissant les accusations de liens avec l’argent illicite.

D’autres formations, comme le Mouvement de la société pour la paix (MSP) ou le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), alertent sur le risque d’un élargissement du fossé de confiance entre les citoyens et les institutions. Ils critiquent également le rôle croissant de l’administration dans le choix des candidats, estimant que « la voix de l’électeur perd son sens lorsque les candidatures sont tranchées avant l’accès aux urnes ».

Et maintenant ?

Plusieurs recours juridiques ont déjà été déposés devant les tribunaux administratifs d’Alger par les candidats exclus, qui demandent à l’Autorité nationale indépendante des élections de fournir des preuves claires des soupçons ayant motivé les refus de candidature. Ces procédures pourraient retarder la publication des résultats définitifs, prévue dans les prochains jours. Par ailleurs, des observateurs estiment que la baisse du nombre de candidats reflète une stratégie plus large de restructuration du champ politique algérien, visant à instaurer une approche plus stricte de la participation électorale.

Ce scrutin intervient dans un contexte économique et social difficile, marqué par un chômage persistant chez les jeunes et une érosion du pouvoir d’achat. Les enjeux régionaux, tels que la situation sécuritaire au Sahel, la montée des questions migratoires et les tensions diplomatiques avec le Maroc, s’invitent également dans le débat politique. Pour l’opposition, ces élections soulèvent des questions sur la crédibilité du processus électoral et la capacité des institutions à garantir un scrutin transparent et équitable.

L’article 200 est critiqué pour son manque de clarté et son application jugée arbitraire. Ses détracteurs estiment que la formulation trop large du texte permet des interprétations divergentes, pouvant servir d’outil politique pour exclure des candidats. Plusieurs partis dénoncent également l’absence de preuves publiques étayant les soupçons de corruption ou de liens avec des milieux financiers douteux.