Selon Le Monde, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti classé à l’extrême droite, est en tête des intentions de vote pour les élections des 6 et 20 septembre dans trois Länder allemands. Une victoire dans l’une de ces régions pourrait, selon l’historienne Hélène Miard-Delacroix, plonger le pays dans une crise à la fois sécuritaire et économique, comme elle l’explique dans une tribune publiée par le quotidien.
Ce qu'il faut retenir
- L’AfD arrive en tête dans trois Länder pour les élections des 6 et 20 septembre 2026.
- Une victoire du parti dans une de ces régions pourrait déclencher une crise majeure en Allemagne.
- L’historienne Hélène Miard-Delacroix met en garde contre les risques sécuritaires et économiques.
- Le parti est classé à l’extrême droite et considéré comme le plus radical des droites européennes.
Une dynamique électorale qui inquiète
Les trois Länder concernés — le Brandebourg, la Thuringe et la Saxe — sont des régions de l’ex-RDA où l’AfD réalise des scores élevés depuis plusieurs années. Selon les derniers sondages, le parti pourrait obtenir entre 30 % et 35 % des voix dans ces territoires, un niveau inédit pour un parti classé à l’extrême droite. Ces élections sont cruciales : elles pourraient permettre à l’AfD de gouverner pour la première fois un Land, une première dans l’histoire de la République fédérale d’Allemagne.
Les observateurs soulignent que cette avancée s’inscrit dans un contexte de montée des partis d’extrême droite en Europe, mais aussi de défiance croissante envers les partis traditionnels. « L’AfD a su capter le mécontentement social et économique dans ces régions, où le chômage et la désindustrialisation restent des sujets sensibles », précise un analyste politique interrogé par Le Monde.
Les risques d’une gouvernance AfD en Land
Hélène Miard-Delacroix, professeure à Sorbonne Université et spécialiste de l’Allemagne, alerte sur les conséquences d’une telle victoire. Dans sa tribune, elle explique que l’arrivée de l’AfD au pouvoir dans un Land pourrait servir de « laboratoire » pour ses projets les plus radicaux. Parmi les mesures envisagées par le parti figurent des restrictions drastiques sur l’immigration, une remise en cause des accords européens en matière de droits humains, et une politique budgétaire plus restrictive, voire une sortie de l’euro à terme.
Ces propositions, si elles étaient appliquées, pourraient entraîner des tensions avec le gouvernement fédéral et les institutions européennes. « Une telle gouvernance enverrait un signal fort aux marchés et aux partenaires internationaux », estime l’historienne. Elle ajoute que cela risquerait d’aggraver les divisions au sein de l’Union européenne, déjà fragilisée par les positions des autres gouvernements d’extrême droite en Europe.
Un contexte économique et social déjà tendu
Ces trois Länder, bien que dynamiques dans certains secteurs comme les technologies vertes ou l’industrie automobile, souffrent d’un chômage structurellement plus élevé que la moyenne allemande. Le Brandebourg et la Saxe, par exemple, affichent un taux de chômage d’environ 7 %, contre 5,5 % au niveau national. La désindustrialisation des années 1990 et la fermeture de nombreuses mines ont laissé des traces profondes dans ces régions, où le sentiment d’abandon reste vif.
L’AfD mise sur ce terreau pour séduire un électorat en quête de solutions radicales. Ses promesses de relancer l’économie locale par des mesures protectionnistes et de limiter l’immigration pourraient trouver un écho favorable. Cependant, les économistes avertissent que de telles politiques pourraient, à long terme, aggraver la situation. « Une sortie de l’euro ou un rejet des normes européennes coûterait cher à ces Länder, déjà endettés », souligne un économiste allemand cité par Le Monde.
Quoi qu’il en soit, ces scrutins pourraient redessiner le paysage politique allemand pour les années à venir, avec des répercussions bien au-delà des frontières du pays.
Les Länder concernés sont le Brandebourg, la Thuringe et la Saxe, trois régions de l’ex-RDA où l’AfD réalise des scores élevés.