L’écrivaine russe Anna Starobinets, auteure de science-fiction, signe un récit autobiographique et poignant, « Regarde-le », qui explore le deuil d’un enfant mort-né tout en dressant un portrait accablant du système de santé en Russie, comme le rapporte Libération.
Publié en 2026, ce texte se présente comme un témoignage intime où l’auteure confronte son expérience personnelle à une machine administrative et médicale qu’elle décrit comme froide, déshumanisante et inefficace. Le récit, à la fois littéraire et politique, s’appuie sur des faits réels pour interroger la gestion des drames familiaux dans un État où les structures de santé peinent à accompagner les familles en détresse.
Ce qu'il faut retenir
- Anna Starobinets, figure majeure de la science-fiction russe, publie « Regarde-le », un récit autobiographique sur la perte d’un enfant mort-né.
- L’ouvrage dénonce le système de santé russe, jugé désorganisé, bureaucratique et incapable d’accompagner les familles en deuil.
- Le livre mêle témoignage intime et critique sociale, mettant en lumière les dysfonctionnements d’un État souvent défaillant.
- Anna Starobinets est une auteure reconnue pour ses romans dystopiques, dont « Le Vivant » et « La Chair » ont été traduits en plusieurs langues.
Un récit à la fois intime et politique
« Regarde-le » s’ouvre sur le récit détaillé des semaines qui ont suivi la perte de l’enfant de l’auteure. Starobinets y décrit avec une précision chirurgicale les démarches administratives, les consultations médicales et les rencontres avec des professionnels de santé dont les réactions oscillent entre indifférence et incompétence. — Autant dire que le livre ne se contente pas de raconter une histoire personnelle, il en fait le miroir d’un système défaillant.
L’auteure, connue pour ses univers futuristes, utilise ici un style dépouillé, presque clinique, pour souligner l’absurdité des procédures qui entourent la mort périnatale en Russie. Les médecins, les infirmières, mais aussi les employés des registres civils apparaissent comme des rouages d’une machine bureaucratique incapable d’offrir une once de soutien aux parents en deuil.
Une critique acerbe du système de santé russe
D’après Libération, le livre d’Anna Starobinets s’inscrit dans une lignée de témoignages qui dénoncent les failles du système de santé russe, déjà critiqué pour ses conditions de travail précaires, son manque de moyens et son approche souvent déshumanisée des patients. L’auteure évoque notamment l’absence de protocoles dédiés au deuil périnatal, ainsi que le manque de formation des professionnels pour accompagner les familles dans ces moments.
Starobinets souligne également les difficultés rencontrées pour obtenir des certificats médicaux, ou encore l’attente interminable pour des rendez-vous dans des hôpitaux publics, où les files d’attente peuvent s’étendre sur des mois. — Bref, un système où l’efficacité prime sur l’humanité, et où les familles sont laissées à elles-mêmes.
Un texte qui dépasse le cadre personnel
Si le point de départ de « Regarde-le » est un drame intime, le livre dépasse rapidement le cadre du témoignage pour devenir une critique sociale plus large. Anna Starobinets, dont les œuvres sont souvent lues comme des allégories politiques, utilise ici son expérience personnelle pour interroger les mécanismes de l’État russe et leur capacité à gérer les souffrances individuelles.
L’auteure ne se contente pas de décrire les erreurs médicales ou les lacunes administratives. Elle pointe du doigt une culture qui minimise la douleur des familles, où les émotions sont reléguées au second plan au profit de procédures rigides. « Regarde-le » devient ainsi un plaidoyer pour une médecine plus humaine, où le respect et l’écoute priment sur la bureaucratie.
Anna Starobinets, quant à elle, continue d’écrire. Son prochain roman, annoncé pour 2027, promet d’explorer une nouvelle fois les tensions entre individu et système dans la Russie contemporaine.
Contrairement à de nombreux témoignages qui se concentrent sur la douleur personnelle, « Regarde-le » lie ce deuil à une critique systémique du système de santé russe. L’auteure y décrit non seulement son expérience, mais aussi les dysfonctionnements institutionnels qui aggravent la souffrance des familles.