Un vaste essai clinique, publié le 1er septembre 2026 par des chercheurs de l’université de Pittsburgh aux États-Unis, ouvre une perspective inédite pour les millions de patients souffrant d’apnée du sommeil. Selon nos confrères de Futura Sciences, un traitement médicamenteux, l’AD109, permettrait de réduire significativement les arrêts respiratoires nocturnes sans recourir à une machine à pression positive continue (PPC), un dispositif souvent mal toléré.

Ce qu'il faut retenir

  • L’essai clinique de phase 3, mené sur 646 patients de 58 ans en moyenne dans 69 centres hospitaliers, montre une réduction de 44 % des épisodes d’apnée après six mois de traitement par l’AD109.
  • L’AD109 est une association de deux molécules, l’aroxybutynin et l’atomoxetine, ciblant les dysfonctionnements neuromusculaires à l’origine des apnées obstructives.
  • Plus de 40 % des participants traités ont vu leur état s’améliorer suffisamment pour passer à une catégorie de gravité inférieure, tandis que 18 % ont obtenu une maîtrise totale de la maladie.
  • Ce traitement pourrait offrir une alternative aux quelque 80 % de patients qui ne supportent pas la PPC, malgré les risques cardiovasculaires associés à l’apnée du sommeil.
  • L’apnée du sommeil, ou Syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), touche 4 % de la population française et jusqu’à 30,5 % des plus de 65 ans.

Un espoir pour les patients réfractaires aux machines

L’apnée du sommeil se caractérise par des fermetures répétées du pharynx pendant le sommeil, entraînant des pauses respiratoires ou une diminution du débit d’air. Ces épisodes perturbent le sommeil, provoquent ronflements, fatigue et somnolence diurne, tout en augmentant les risques d’hypertension, de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires. Jusqu’à présent, la prise en charge reposait principalement sur les machines PPC, souvent rejetées par les patients en raison de leur inconfort. Comme le rapporte Futura Sciences, l’essai clinique sur l’AD109 apporte une solution médicamenteuse qui cible directement les mécanismes neuromusculaires responsables de l’affaissement des voies respiratoires.

Mené en double aveugle sur six mois, l’essai a inclus 646 participants, dont l’âge moyen était de 58 ans. Les résultats, publiés dans l’American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, révèlent une diminution de 44 % de l’indice d’apnées-hypopnées (IAH), contre seulement 18 % pour le groupe placebo. Par ailleurs, les taux d’oxygène dans le sang se sont améliorés, et la gravité globale de la maladie a reculé pour plus de 40 % des patients traités. « Ces résultats apportent la preuve encourageante que le ciblage du dysfonctionnement neuromusculaire peut se traduire par des résultats cliniques significatifs, en cohérence avec notre compréhension croissante de la biologie de la maladie », a déclaré le Dr Patrick John Strollo, spécialiste en médecine du sommeil au centre médical de l’université de Pittsburgh et premier auteur de l’étude.

Un traitement qui cible la cause de l’apnée

L’AD109 combine deux principes actifs : l’aroxybutynin, qui agit sur les muscles des voies respiratoires, et l’atomoxetine, un antidépresseur qui stimule les nerfs contrôlant ces mêmes muscles. Cette approche diffère des solutions existantes, comme les orthèses mandibulaires ou les implants stimulant le nerf de la langue, qui présentent des limites techniques ou une efficacité variable. Pour les chercheurs, ce médicament pourrait ainsi combler un vide thérapeutique, notamment pour les patients qui refusent ou ne tolèrent pas les dispositifs mécaniques. « L’AD109 pourrait offrir une option facile à mettre en place aux patients qui ne peuvent pas ou ne souhaitent pas utiliser la PPC », a souligné le Dr Strollo.

Les alternatives actuelles, qu’elles soient non invasives (orthèses, ceintures vibrantes) ou chirurgicales (stabilisation de la base de la langue), ne sont pas adaptées à tous. Certaines, comme les ceintures ou les t-shirts vibrants, visent à inciter le patient à dormir sur le côté pour éviter l’obstruction des voies respiratoires. D’autres, comme les implants sous-cutanés, restent coûteuses et peu accessibles. Selon l’Inserm, l’apnée du sommeil touche 4 % de la population française, mais 80 % des cas ne seraient pas diagnostiqués, un chiffre qui atteint 80 % chez les femmes. Avec l’âge, la prévalence augmente : elle concerne 30,5 % des personnes de plus de 65 ans.

Des bénéfices cliniques tangibles, mais des limites à étudier

L’essai clinique a révélé que 18 % des participants sous AD109 ont vu leur maladie totalement maîtrisée, tandis que 40 % ont vu leur état s’améliorer suffisamment pour changer de catégorie de gravité. Ces résultats, bien qu’encourageants, ne signifient pas pour autant la fin des machines PPC pour tous. Certains patients, notamment ceux souffrant d’apnées sévères, pourraient continuer à dépendre de ces dispositifs. D’après Futura Sciences, les chercheurs envisagent désormais d’étudier l’efficacité du traitement sur des populations spécifiques, comme les femmes ou les personnes âgées, pour évaluer son applicabilité à plus grande échelle.

Autre question en suspens : la tolérance à long terme du médicament. Si les effets secondaires rapportés lors de l’essai semblent limités, les chercheurs n’excluent pas la nécessité d’un suivi médical prolongé. Par ailleurs, l’AD109 n’est pas encore disponible sur le marché. La procédure de validation par les autorités sanitaires, comme la FDA aux États-Unis ou l’Agence européenne du médicament (EMA), pourrait prendre plusieurs années. « Nous sommes prudents, mais optimistes. Les résultats sont prometteurs, mais il reste à confirmer leur reproductibilité dans la vraie vie », a indiqué un chercheur impliqué dans l’étude, sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

L’équipe de Pittsburgh prévoit de soumettre ses résultats à la FDA d’ici la fin de l’année 2026 pour une évaluation accélérée. Si l’agence donne son feu vert, l’AD109 pourrait être commercialisé aux États-Unis dès 2028, sous réserve des décisions des autorités européennes. Les associations de patients, comme l’Association française des apnéiques (AFSA), suivent de près ces avancées. « Une pilule contre l’apnée serait une révolution, surtout pour ceux qui abandonnent les machines après quelques semaines », a réagi un porte-parole de l’association. En France, où seulement 20 % des patients sont équipés, l’espoir est grand, mais la prudence reste de mise : « Il faudra évaluer le rapport bénéfice/risque, notamment pour les patients sous traitement cardiovasculaire », précise-t-il.

En attendant, les spécialistes rappellent que l’apnée du sommeil reste un enjeu de santé publique. Ses conséquences, souvent sous-estimées, vont bien au-delà des nuits perturbées : risques accrus d’accidents de la route, de dépression ou de déclin cognitif. Pour les chercheurs, l’AD109 ne sera qu’une pièce du puzzle thérapeutique, mais une pièce majeure. « Ce médicament pourrait changer la vie de milliers de patients », a conclu le Dr Strollo. Reste à savoir si cette promesse se concrétisera dans les années à venir.

L’apnée du sommeil, ou Syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), se manifeste par des interruptions répétées de la respiration pendant le sommeil. Ces pauses, appelées apnées, peuvent durer de quelques secondes à plusieurs minutes et surviennent lorsque les muscles de la gorge se relâchent, obstruant les voies respiratoires. Les symptômes incluent ronflements bruyants, réveils fréquents, fatigue diurne, somnolence, difficultés de concentration, irritabilité, et dans les cas graves, hypertension artérielle, diabète ou maladies cardiovasculaires.

La disponibilité en France dépendra de l’approbation par l’Agence européenne du médicament (EMA). Si le processus suit un calendrier similaire à celui de la FDA, l’AD109 pourrait arriver en Europe entre 2028 et 2030. Cependant, les délais d’évaluation et les éventuelles exigences supplémentaires des autorités sanitaires françaises pourraient retarder cette mise sur le marché.