Des familles sénégalaises ont rendu hommage, ce lundi 1ᵉʳ septembre 2026, à leurs proches disparus en mer lors de tentatives de traversée vers l’Europe, à l’occasion de la Journée internationale des personnes disparues. Entre quête de réponses et impossibilité de faire leur deuil, elles réclament aujourd’hui un soutien accru des autorités pour retrouver les corps ou obtenir des certitudes, selon France 24.

Ce qu'il faut retenir

  • La cérémonie a eu lieu à Dakar et dans plusieurs villes côtières du Sénégal, en mémoire des plus de 500 migrants sénégalais portés disparus en 2025 lors de traversées clandestines.
  • Les familles dénoncent l’absence de résultats concrets des autorités, malgré leurs demandes répétées d’enquêtes approfondies.
  • Cette journée internationale met en lumière les difficultés des proches à faire leur deuil sans corps ni certitude.
  • Les associations locales estiment que plus de 3 000 Sénégalais ont péri en mer depuis 2020 en tentant de rejoindre l’Europe.
  • Les autorités sénégalaises n’ont pas encore répondu officiellement aux revendications exprimées lors des hommages.

Des hommages dans l’incertitude et l’attente

À Dakar, des dizaines de proches se sont rassemblés devant le port de pêche de Yoff, un quartier emblématique d’où partent chaque année des embarcations de fortune. Des portraits jaunis des disparus étaient accrochés à des palissades, tandis que des femmes, vêtues de noir, chantaient des chants traditionnels en l’honneur des leurs. « Leur absence pèse chaque minute », a confié Aïcha Diop, dont le frère a disparu en mars 2025 lors d’une traversée vers les Canaries. « Nous ne savons même pas s’il est mort ou vivant. Comment vivre dans cette incertitude ? », a-t-elle ajouté, la voix tremblante.

Selon les associations locales, cette journée a été marquée par des prières, des veillées et des dépôts de fleurs en mer, une tradition sénégalaise pour honorer les défunts. Pourtant, pour beaucoup, ces gestes symboliques ne suffisent pas. « Nous voulons des réponses, pas des hommages », a lancé Mamadou Sow, porte-parole d’un collectif de familles de disparus. « Les autorités nous parlent de solidarité, mais où est-elle quand nos enfants disparaissent sans laisser de trace ? ».

Un phénomène qui s’aggrave malgré les alertes

Le Sénégal reste l’un des pays d’Afrique de l’Ouest les plus touchés par les drames migratoires. D’après les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), rapportés par France 24, plus de 2 800 migrants sénégalais ont perdu la vie en mer depuis 2020, principalement en tentant de rejoindre les îles Canaries. En 2025 seulement, 527 disparitions ont été recensées, un bilan en hausse par rapport aux années précédentes.

Les causes de ces naufrages sont multiples : embarcations surchargées, manque de moyens de sauvetage, et conditions météorologiques extrêmes. Pourtant, malgré les alertes lancées par les ONG et les familles, les routes migratoires restent aussi dangereuses qu’il y a dix ans. « Les trafiquants n’ont jamais été aussi actifs », a déclaré Ousmane Fall, coordinateur d’une association de défense des droits des migrants à Saint-Louis. « Et les autorités ferment les yeux, ou du moins, ne font pas assez pour les arrêter. »

Un deuil impossible sans certitude

Pour les psychologues, l’absence de corps ou de preuves de décès empêche les familles de faire leur deuil. « Dans la tradition sénégalaise, un enterrement est essentiel pour tourner la page », explique le Dr. Fatou Diop, spécialiste en santé mentale à Dakar. « Quand on ne sait pas, on reste dans l’attente, et cette incertitude peut mener à des troubles anxieux ou dépressifs. »

Certaines familles ont tenté de porter plainte pour faire pression sur les autorités, mais sans succès. « Nous avons écrit au gouvernement, à la présidence, même aux Nations unies. On nous répond par des promesses, mais rien ne bouge », a déploré Ndèye Fatou Tall, dont le mari a disparu en 2024. « On nous dit de nous tourner vers Dieu, mais Dieu ne nous rendra pas nos proches. »

Et maintenant ?

Si les autorités sénégalaises n’ont pas encore réagi officiellement aux revendications exprimées lors des hommages, un collectif de familles de disparus a annoncé pour le 15 septembre 2026 une marche silencieuse vers le palais présidentiel à Dakar. Elles réclament la création d’une commission d’enquête indépendante et la publication d’un bilan officiel des disparitions. Par ailleurs, des associations ont appelé à un boycott des embarcations de fortune, tout en reconnaissant l’inefficacité de ces mesures sans solution structurelle.

De son côté, l’Union européenne a rappelé, dans un communiqué diffusé ce lundi, son engagement à soutenir le Sénégal dans la lutte contre les trafics d’êtres humains. « Mais ces déclarations ne suffisent pas », a rétorqué Aïcha Diop. « On veut des actes, pas des mots. » Pour l’instant, les familles restent dans l’expectative, entre colère et désespoir.

Les principales routes sont la traversée vers les îles Canaries (Espagne) depuis les côtes sénégalaises et mauritaniennes, ainsi que la route méditerranéenne via le Maroc ou la Libye. Selon l’OIM, plus de 70 % des migrants sénégalais partis en 2025 ont tenté la route des Canaries.