La Banque du Japon (BoJ) a annoncé mardi une hausse de son taux directeur à 1%, soit le niveau le plus élevé depuis plus de trois décennies, selon BFM Business. Cette décision intervient dans un contexte de flambée des prix à la consommation et d’affaiblissement marqué du yen, deux phénomènes exacerbés par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
Ce qu'il faut retenir
- Le taux directeur de la BoJ atteint 1%, un pic inédit depuis 1995, après des années de politique ultra-accommodante.
- Cette hausse vise à contrer l’inflation, alimentée par la hausse des prix de l’énergie et la faiblesse du yen.
- L’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran, signé lundi, n’a pas suffi à stabiliser les cours du pétrole, malgré une baisse initiale.
- La BoJ a également annoncé une réduction progressive de son programme d’achats de dette nippone jusqu’en avril 2027.
- Le gouvernement japonais, dirigé par Sanae Takaichi, a exprimé ses craintes face à un durcissement monétaire trop précoce.
Une décision attendue dans un contexte économique tendu
Alors que le Japon peine à se défaire des séquelles de la déflation, l’inflation s’est installée durablement depuis le printemps 2022, avec des prix à la consommation dépassant les 2%. Selon BFM Business, cette tendance s’est accélérée sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie, une conséquence directe des perturbations des approvisionnements en hydrocarbures en provenance du Golfe. Avant la guerre, le Japon importait 90% de son pétrole via cette région.
L’accord de paix conclu lundi entre Washington et Téhéran, qui devrait permettre la réouverture du détroit d’Ormuz, a temporairement fait baisser les cours du brut. Cependant, comme le souligne la BoJ dans son communiqué, « la répercussion de la hausse des prix du pétrole brut s’opère à un rythme relativement soutenu dans les transactions entre entreprises, ce qui pourrait entraîner une augmentation des prix à la consommation pour un large éventail de produits ».
Le yen sous pression, un cercle vicieux pour l’économie japonaise
La chute du yen, aggravée par l’écart entre les taux d’intérêt américains et japonais, renchérit le coût des importations, alimentant ainsi l’inflation. Shigeto Nagai, analyste chez Oxford Economics, observe que « dans un contexte marqué par des inquiétudes croissantes concernant l’inflation et par les anticipations d’un éventuel relèvement des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) cette année, nous estimons que la BoJ ne peut se permettre de différer un tour de vis ».
Le mois dernier, le gouvernement japonais a injecté 11 700 milliards de yens (soit 63 milliards d’euros) pour soutenir sa devise, mais l’effet a été éphémère, balayé par les anticipations d’un durcissement monétaire de la Fed. Une hausse des taux américains renforcerait en effet le dollar, accentuant la pression sur le yen.
Un gouvernement divisé, mais une BoJ déterminée
Le gouvernement de Sanae Takaichi, Première ministre japonaise, a exprimé ses réserves face à un durcissement prématuré de la politique monétaire. « Si les prix du pétrole brut ont exercé une pression sur l’activité, l’économie a globalement été soutenue par le niveau élevé des bénéfices des entreprises et l’amélioration de la situation de l’emploi et des revenus », a tempéré la BoJ dans son communiqué. Les subventions sur l’énergie limitent en partie le fardeau des coûts pour les ménages et les entreprises.
Pour autant, la banque centrale a réaffirmé que « la croissance devrait ralentir, car la hausse des prix du pétrole brut devrait peser sur les bénéfices des entreprises et le revenu réel des ménages ». Malgré ce ralentissement attendu, elle estime que la quatrième économie mondiale continuera de croître, « bien qu’à un rythme ralenti », grâce aux mesures de soutien gouvernementales et à des conditions financières encore accommodantes.
Une politique monétaire en phase de normalisation progressive
Outre la hausse du taux directeur, la BoJ a confirmé mardi la poursuite de la réduction de son programme d’achats de dette nippone jusqu’en avril 2027. À partir de cette date, le volume mensuel d’achats sera stabilisé, une décision qui marque une nouvelle étape dans la normalisation de sa politique monétaire. Le vice-gouverneur Shinichi Uchida doit s’exprimer cet après-midi pour détailler cette stratégie, en remplacement du gouverneur Kazuo Ueda, actuellement hospitalisé.
Cette annonce s’inscrit dans la foulée des récents resserrements monétaires opérés par la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d’Indonésie, et intervient à la veille d’une réunion de la Réserve fédérale américaine (Fed). Les marchés anticipent déjà une possible hausse des taux de la Fed plus tard dans l’année, alors que l’inflation américaine atteint son plus haut niveau depuis trois ans.
La Banque du Japon a donc opté pour un équilibre délicat entre la lutte contre l’inflation et le soutien à une croissance déjà en perte de vitesse. La suite des événements dépendra en grande partie des décisions de la Fed et de l’évolution géopolitique au Moyen-Orient.
La BoJ a relevé son taux à 1% pour endiguer l’inflation, qui dépasse désormais les 2%, et pour freiner la chute du yen. Cette décision s’inscrit dans un contexte de hausse des prix de l’énergie et de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, selon BFM Business.
L’accord entre les États-Unis et l’Iran, signé lundi, a fait baisser temporairement les cours du pétrole. Cependant, la réouverture du détroit d’Ormuz et la reprise de la production d’hydrocarbures prendront du temps, limitant l’impact immédiat sur les prix de l’énergie au Japon.