Dans un rapport publié ce 2 septembre 2026, le premier gestionnaire d’actifs mondial, BlackRock, réaffirme sa conviction envers le Bitcoin (BTC), malgré une correction de près de 50 % depuis ses sommets historiques d’octobre 2025. Selon nos confrères de Cryptoast, l’institution financière considère que cette baisse relève davantage d’un phénomène conjoncturel que d’un rejet structurel de l’actif numérique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Bitcoin a perdu environ 50 % de sa valeur depuis octobre 2025, où il avait atteint son record historique.
  • BlackRock justifie sa position par l’endettement croissant des États-Unis et l’érosion des monnaies fiduciaires.
  • L’offre limitée à 21 millions de BTC en fait une alternative comparable à l’or, selon le gestionnaire.
  • Une allocation de 1 à 2 % de Bitcoin dans un portefeuille traditionnel améliorerait le rendement ajusté au risque sur dix ans.
  • La dette fédérale américaine a franchi la barre des 40 000 milliards de dollars en août 2026, alimentant les craintes de débasement monétaire.
  • BlackRock évoque une « double personnalité » du Bitcoin, tantôt corrélé aux actifs risqués, tantôt valeur refuge en période de crise géopolitique.

Une correction conjoncturelle plutôt que structurelle

Le rapport de BlackRock, intitulé Re-Underwriting Bitcoin: Still a Portfolio Diversifier, souligne que la récente correction du Bitcoin s’explique par un désendettement massif du secteur crypto et une rotation des capitaux vers les valeurs liées à l’intelligence artificielle. Selon Robert Mitchnick, responsable des actifs numériques chez BlackRock, cette purge n’est pas le signe d’un rejet définitif de l’actif numérique, mais plutôt d’un ajustement temporaire.

À l’apogée d’octobre 2025, l’open interest sur les contrats à terme perpétuels avait dépassé 90 milliards de dollars, dont 80 % concentrés sur des plateformes offshore avec des leviers allant jusqu’à 125 fois. L’annonce de nouveaux droits de douane américains sur la Chine le 10 octobre 2025 avait alors déclenché une vague de liquidations, ramenant le cours du Bitcoin sous les 60 000 dollars en juin 2026.

L’endettement américain, argument central de l’adhésion à Bitcoin

Pour BlackRock, la dette fédérale américaine, désormais supérieure à 40 000 milliards de dollars — soit près de 120 000 dollars par Américain —, illustre l’urgence d’une alternative monétaire. Selon les données relayées par Cryptoast, la dette américaine a augmenté de 17 000 milliards de dollars depuis 2020, et de 30 000 milliards depuis 2008. Cette trajectoire, qualifiée d’insoutenable par de nombreux économistes, alimente les craintes d’un débasement monétaire progressif des monnaies fiduciaires.

BlackRock rappelle qu’au cours du XXe siècle, toutes les devises des économies développées ont perdu plus de 99 % de leur valeur face à l’or. Cette perte historique de pouvoir d’achat sert de fondement à la thèse selon laquelle le Bitcoin, avec son offre plafonnée à 21 millions d’unités, pourrait jouer un rôle similaire à celui de l’or, mais adapté à l’ère numérique. « Le Bitcoin représente une alternative monétaire émergente, gouvernée par du code et non par les décisions d’une banque centrale », souligne le rapport.

Une « double personnalité » qui renforce son attrait

BlackRock insiste sur un aspect souvent sous-estimé du Bitcoin : sa capacité à adopter deux visages selon les contextes. Tantôt corrélé aux actifs risqués lors des phases de désendettement, tantôt considéré comme une valeur refuge en période de crise géopolitique, l’actif numérique affiche une corrélation moyenne de 0,18 avec le S&P 500 sur dix ans. À titre de comparaison, cette corrélation atteint 0,57 pour les actions émergentes et 0,69 pour les obligations à haut rendement américaines.

L’exemple du conflit américano-iranien de 2026 illustre cette dualité. Après le déclenchement des hostilités fin février puis la rupture du cessez-le-feu en juillet, le Bitcoin a surperformé à la fois le S&P 500 et l’or sur les 60 jours suivants. Une performance qui confirme, selon BlackRock, son rôle de couverture en période d’instabilité.

Les défis de court terme et la rotation vers l’IA

Malgré cette vision à long terme, BlackRock reconnaît les vents contraires qui pèsent sur le Bitcoin à court terme. Entre janvier 2024 et octobre 2025, les ETP Bitcoin spot avaient attiré 60 milliards de dollars d’investissements. Depuis, ils ont enregistré des sorties nettes de 5 milliards de dollars, tandis que les fonds thématiques liés à l’intelligence artificielle captaient 46 milliards sur la même période.

Par ailleurs, la défiance envers les digital asset treasuries (DAT) — ces entreprises cotées qui accumulent du Bitcoin via émissions d’actions et de dette — s’accentue. Strategy, acteur majeur du segment détenant près de 4 % de l’offre en circulation, a vu son cours chuter de plus de 65 % depuis son plus haut annuel, tombant à 124,88 dollars. Une vente test de 32 BTC début juin avait suffi à provoquer un recul de 20 % du marché. BlackRock y voit une dynamique cyclique, non structurelle.

Une allocation mesurée pour optimiser les portefeuilles

La conclusion pratique du rapport est chiffrée : sur dix ans, l’ajout d’une allocation de 1 à 2 % de Bitcoin dans un portefeuille traditionnel 60/40 (60 % d’actions du S&P 500, 40 % d’obligations américaines) améliorerait le rendement ajusté au risque. Le ratio de Sharpe passerait alors de 0,81 à 0,96, tandis que le drawdown maximal resterait quasi inchangé (autour de -20 %).

La volatilité annualisée du Bitcoin, historiquement supérieure à 100 %, s’établit désormais autour de 40 % sur douze mois, un niveau élevé mais en tendance baissière depuis une décennie. Pour BlackRock, cette maturation du marché, couplée à la persistance des déséquilibres budgétaires américains, plaide pour le maintien du Bitcoin dans les stratégies d’allocation à long terme.

Et maintenant ?

La question reste entière : cette confiance affichée par BlackRock suffira-t-elle à inverser la tendance à court terme ? Les prochains mois pourraient révéler si la rotation des capitaux vers l’IA se poursuit ou si les investisseurs reviennent vers les actifs numériques. Une chose est sûre : avec une dette américaine qui continue de gonfler et une offre de Bitcoin limitée, le débat sur son rôle de valeur refuge devrait s’intensifier d’ici la fin de l’année.

Reste à surveiller les prochaines décisions de la Réserve fédérale américaine, dont les choix en matière de politique monétaire pourraient influencer, une fois encore, le cours du Bitcoin. Une nouvelle hausse des taux ou un assouplissement inattendu pourrait en effet relancer les discussions sur l’attractivité des actifs non corrélés aux marchés traditionnels.

BlackRock met en avant l’offre limitée à 21 millions d’unités et son caractère décentralisé, gouverné par un protocole informatique et non par une banque centrale. Contrairement aux monnaies fiduciaires, dont la valeur s’érode avec l’inflation et la création monétaire, le Bitcoin présente une rareté programmée, similaire à celle de l’or, mais adaptée à l’ère numérique.

Selon BlackRock, l’endettement croissant des États-Unis, désormais supérieur à 40 000 milliards de dollars, alimente les craintes d’un débasement monétaire. Dans ce contexte, le Bitcoin est perçu comme une couverture contre la dépréciation des monnaies fiduciaires, ce qui renforce son attrait en période d’incertitude économique et géopolitique.