Une initiative canadienne semble porter ses fruits : 64 chercheurs de haut niveau, majoritairement américains, ont été recrutés en deux ans pour rejoindre des universités canadiennes. Selon Courrier International, la ministre canadienne de l’Industrie, Mélanie Joly, a annoncé ce recrutement dans le cadre du Programme des chaires de recherche du Canada Eddie-Goldenberg, dont l’objectif est de renforcer des secteurs prioritaires comme la résilience climatique, les biotechnologies ou l’intelligence artificielle.

Ce qu'il faut retenir

  • 64 chercheurs de premier plan ont été recrutés, dont 48 issus des États-Unis.
  • Le programme vise à développer des domaines stratégiques : climat, biotechnologies et IA.
  • 48 chercheurs américains quittent les États-Unis pour rejoindre des universités canadiennes.
  • Des chercheurs comme Chloé Arson (ex-Cornell) et Raymond Fisman (ex-Boston) expliquent leur choix par un désaccord avec la politique scientifique américaine.
  • Le Canada met en avant un budget record pour attirer les talents, comparant favorablement avec d’autres initiatives mondiales.

Parmi ces nouveaux titulaires, 48 viennent directement des États-Unis, où le climat politique et les restrictions budgétaires ont poussé certains scientifiques à chercher des alternatives. Chloé Arson, une ingénieure française ayant passé dix-sept ans aux États-Unis, notamment à l’université Cornell, a choisi de rejoindre l’université McGill à Montréal. Spécialiste des systèmes énergétiques souterrains et de la géomécanique, elle justifie son départ par la volonté de travailler dans un pays aligné sur sa vision du progrès scientifique : « J’ai décidé que j’aurais beaucoup plus d’impact au Canada pour développer des technologies de pointe dans un pays qui a la même vision que moi du progrès scientifique. »

Un autre cas emblématique est celui de Raymond Fisman, économiste canadien ayant enseigné trente ans aux États-Unis, notamment à l’université de Boston. Il quitte les États-Unis pour une chaire de finance et politique économique à l’université de Toronto, expliquant : « J’ai le sentiment que la politique américaine s’est suffisamment éloignée de mes valeurs personnelles pour que je préfère être ailleurs. »

Selon Radio-Canada, ces recrutements s’inscrivent dans un contexte plus large de tensions entre l’administration Trump et le milieu universitaire américain. Les restrictions budgétaires et les pressions politiques auraient incité de nombreux chercheurs à se tourner vers des destinations plus accueillantes. Robert Asselin, président d’U15 Canada, un regroupement de quinze universités de recherche canadiennes, se félicite de cette dynamique : « Nous parlons des meilleurs chercheurs du monde, issus du MIT, de Harvard et de Carnegie-Mellon, qui choisissent de venir ici pour mener leurs recherches. Cela témoigne de l’attractivité de nos universités de recherche de premier plan. »

La ministre Mélanie Joly, interrogée par Le Devoir et Radio-Canada, a souligné l’opportunité saisie par le Canada : « On sait que certains pays menacent la liberté académique et le financement de la science. On a voulu saisir cette opportunité-là. Plusieurs pays dans le monde ont lancé des initiatives de la sorte, notamment la France. Mais nous avons un des plus importants budgets, sinon le plus important budget de l’Occident, pour être capable d’attirer ces talents. » Elle a précisé que ce programme s’inscrit dans une volonté de positionner le Canada comme un acteur clé de la recherche mondiale, en mettant l’accent sur des secteurs stratégiques.

Le Programme des chaires de recherche du Canada Eddie-Goldenberg, lancé il y a deux ans, a déjà permis de recruter des profils variés, allant de l’ingénierie à l’économie en passant par les sciences environnementales. Ces chercheurs, souvent accompagnés de leurs familles, s’installeront prochainement dans leurs nouvelles universités, où ils mèneront des travaux dans des domaines jugés prioritaires par Ottawa.

Cette tendance n’est pas isolée. D’autres pays, comme la France avec son programme « Make our planet great again », ont également mis en place des dispositifs similaires pour attirer les talents étrangers. Cependant, le Canada semble avoir su capitaliser sur une image de stabilité politique et de soutien à la recherche, en dépit des bouleversements observés aux États-Unis. U15 Canada souligne que ces recrutements renforcent la réputation des universités canadiennes à l’international, en attirant des chercheurs habitués à évoluer dans des environnements académiques de premier rang.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir une intensification des recrutements, notamment si la situation aux États-Unis continue de se dégrader pour les chercheurs. Le Canada, qui a déjà alloué un budget conséquent à ce programme, pourrait étendre son offre pour couvrir d’autres domaines scientifiques. Les universités concernées, comme McGill ou Toronto, devraient également annoncer de nouveaux postes pour renforcer leurs équipes. Reste à voir si cette dynamique se maintiendra à long terme, une fois les premières vagues de recrutement passées.

Cette initiative illustre une tendance plus large : la fuite des cerveaux depuis les États-Unis vers des destinations perçues comme plus stables. Avec des pays comme le Canada, l’Europe ou même l’Australie qui renforcent leurs programmes d’accueil, le paysage de la recherche mondiale pourrait connaître des bouleversements structurels dans les années à venir.