« C’est une hécatombe invisible sous l’eau », alertent les chercheurs de l’Ifremer, dont l’unité de Sète observe, depuis plusieurs semaines, les effets dévastateurs de la canicule marine sur l’écosystème de l’étang de Thau. Selon Libération, cette lagune méditerranéenne, qui concentre près de 10 % de la production ostréicole française, subit des transformations préoccupantes, où la hausse des températures menace directement les herbiers de posidonie et les populations de coquillages.

Ce qu'il faut retenir

  • L’étang de Thau fournit 10 % de la production ostréicole nationale, un secteur économique majeur en Occitanie.
  • Les chercheurs de l’Ifremer observent une mortalité accrue des herbiers et des coquillages en raison de la canicule marine prolongée.
  • La lagune est un écosystème clé, mais aussi un site ostréicole stratégique pour la France.
  • Les relevés de température montrent des anomalies persistantes depuis plusieurs semaines.
  • Les professionnels du secteur s’inquiètent pour la pérennité de leur activité.

Une lagune sous haute surveillance scientifique

Depuis le début de l’été, les équipes de l’Ifremer, basées à Sète, multiplient les missions en mer pour évaluer l’impact de la canicule marine sur les fonds marins de l’étang de Thau. Libération a pu embarquer aux côtés de ces chercheurs, qui constatent une dégradation rapide des habitats naturels. Les herbiers de posidonie, véritables poumons de la lagune, subissent un stress thermique inédit, tandis que les coquillages, notamment les huîtres, voient leur survie menacée par la combinaison de la chaleur et de la baisse des niveaux d’oxygène.

Les relevés thermiques effectués par les scientifiques révèlent des températures dépassant régulièrement les 28 °C en surface, des valeurs bien au-dessus des moyennes saisonnières. « Les seuils de tolérance des espèces sont dépassés », explique un chercheur de l’Ifremer, qui précise que « la situation est d’autant plus alarmante que ces phénomènes s’inscrivent dans une tendance de long terme, avec des épisodes de canicule marine de plus en plus fréquents ».

Un secteur ostréicole en première ligne

L’étang de Thau n’est pas seulement un écosystème fragile : c’est aussi un pôle économique essentiel. La lagune produit chaque année environ 15 000 tonnes d’huîtres, soit près de 10 % de la production nationale, et emploie des centaines de personnes. Or, la mortalité accrue des coquillages pourrait, à terme, compromettre cette filière. Les professionnels du secteur, déjà touchés par les épisodes de mortalité massive en 2022 et 2023, redoutent une nouvelle crise.

« On observe des mortalités localisées, mais significatives », confie un ostréiculteur de Bouzigues, qui travaille dans la lagune depuis plus de vingt ans. « Les pertes sont déjà sensibles, et si la situation persiste, ce sera un coup dur pour toute la profession. » Les acteurs locaux appellent à une meilleure prise en compte de ces enjeux par les pouvoirs publics, alors que les premières alertes remontent à plusieurs semaines déjà.

« C’est une hécatombe invisible sous l’eau. Les gens ne voient pas ce qui se passe sous la surface, mais les conséquences sont bien réelles. »
— Un chercheur de l’Ifremer, cité par Libération

Un écosystème à bout de souffle ?

Au-delà des coquillages, c’est l’ensemble de la chaîne alimentaire qui est perturbé. Les herbiers de posidonie, en déclin, abritent une biodiversité riche, allant des microalgues aux poissons. Leur disparition progressive pourrait avoir des répercussions en cascade, affectant les espèces commerciales et la qualité de l’eau. Les scientifiques soulignent que « la résilience de ces écosystèmes est mise à l’épreuve », alors que les épisodes de canicule marine se multiplient sous l’effet du réchauffement climatique. Pour tenter de limiter les dégâts, les chercheurs de l’Ifremer préconisent un suivi renforcé des paramètres environnementaux, comme la température et le taux d’oxygène. « Nous devons agir vite pour comprendre comment ces écosystèmes vont évoluer », indique un membre de l’équipe. Des solutions d’adaptation, comme la sélection de variétés d’huîtres plus résistantes à la chaleur, sont également à l’étude.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes. Les scientifiques de l’Ifremer prévoient de poursuivre leurs missions jusqu’à la fin de l’été, tandis que les ostréiculteurs attendent des mesures d’urgence pour préserver leur activité. Une réunion est prévue début août avec les autorités locales et les représentants de la filière pour évoquer les pistes d’action, mais aucune décision concrète n’a encore été annoncée. La situation reste donc en suspens, alors que l’étang de Thau incarne, une fois de plus, les défis posés par le changement climatique.

Face à l’ampleur des perturbations, une question s’impose : ces épisodes de canicule marine vont-ils devenir la norme dans les années à venir ? Pour l’heure, les chercheurs et les professionnels du secteur n’ont d’autre choix que de s’adapter, dans l’attente de conditions plus clémentes.

Les mortalités observées sont principalement attribuées à la canicule marine, qui fait monter les températures de l’eau au-delà des seuils de tolérance des huîtres. À cela s’ajoute une baisse des niveaux d’oxygène dans l’eau, aggravée par la chaleur, ainsi que la sensibilité accrue des coquillages aux maladies en période de stress thermique.