Selon Courrier International, l’industrie lourde européenne sous-estime encore l’impact des risques climatiques physiques sur ses activités. Une étude récente du cabinet Sia Partners, menée auprès de 365 sites industriels répartis dans 29 grands groupes européens, révèle que les vagues de chaleur constituent désormais le premier danger pour ces infrastructures d’ici 2030 et 2050.
Le constat est sans appel : « Si la décarbonation figure en tête de l’agenda des industriels, leur adaptation aux impacts physiques du changement climatique reste un angle mort », souligne L’Echo, qui s’appuie sur cette analyse. Pour mener cette étude, Sia Partners a évalué la vulnérabilité de sites actifs dans cinq secteurs clés — acier, raffinage, verre, ciment et ammoniac — face à quatre risques climatiques majeurs : les vagues de chaleur, le stress hydrique, les inondations fluviales et la montée du niveau de la mer. Les scénarios retenus s’appuient sur les projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).
Ce qu'il faut retenir
- Les vagues de chaleur menacent 80 % des sites industriels européens d’ici 2030, et 95 % en 2050, selon l’étude de Sia Partners.
- Le Rhin, artère logistique majeure, a déjà subi des baisses de niveau récurrentes ces dernières années, illustrant la fragilité des chaînes d’approvisionnement.
- L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, avec 95 % de son territoire ayant connu des températures supérieures à la moyenne 1991-2020 en 2025.
- Les pôles industriels de Belgique (Anvers, Gand, Liège, Charleroi) et les zones portuaires sont particulièrement exposés aux quatre risques climatiques analysés.
- Les crues et le stress hydrique complètent le classement des risques majeurs, avec des répercussions sur la production, les infrastructures énergétiques et les transports.
Une vulnérabilité qui s’aggrave avec le réchauffement climatique
Le rapport de Sia Partners dresse un tableau alarmant de la situation. L’Europe, qui se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, subit déjà les effets de ce dérèglement. En 2025, année qui s’est classée comme la troisième plus chaude jamais enregistrée, 95 % du territoire européen a enregistré des températures annuelles supérieures à la moyenne de la période 1991-2020. Un phénomène qui n’est pas près de s’inverser, selon les experts.
Parmi les quatre risques climatiques étudiés, les vagues de chaleur se distinguent comme le principal danger. D’ici 2030, 292 sites industriels sur les 365 analysés (soit 80 % de l’échantillon) pourraient être exposés à des températures extrêmes. En 2050, ce chiffre pourrait atteindre 347 sites, soit 95 % des infrastructures passées au crible. Les conséquences sont multiples : impact sur la santé des salariés, dégradation des conditions de travail, mais aussi perturbation des procédés industriels, augmentation des besoins en refroidissement et pression sur la disponibilité énergétique.
Des chaînes d’approvisionnement déjà fragilisées
Les exemples concrets ne manquent pas pour illustrer cette vulnérabilité. Le baisse du niveau du Rhin, artère vitale pour le transport de marchandises en Europe, a déjà montré à quel point les chaînes logistiques pouvaient être perturbées. Ces épisodes de stress hydrique, combinés aux risques d’inondations fluviales, exposent les sites industriels à des interruptions de production et à des coûts logistiques accrus.
Le cabinet Sia Partners n’a pas choisi ses cas d’étude au hasard. Les cinq secteurs analysés — acier, raffinage, verre, ciment et ammoniac — représentent des maillons essentiels de l’économie européenne. Leur exposition aux risques climatiques pourrait, à terme, fragiliser l’ensemble du tissu industriel du continent. « Les vagues de chaleur n’affectent pas seulement la santé des salariés et les conditions de travail, mais aussi la performance des procédés industriels », précise L’Echo dans son analyse du rapport.
La Belgique, un cas d’école de l’exposition industrielle
À l’échelle nationale, certains territoires concentrent les risques. En Belgique, les pôles industriels d’Anvers, Gand, Liège et Charleroi, ainsi que les zones portuaires, sont particulièrement exposés. Selon Jean Trzcinski, associé directeur de Sia Belgique, ces régions subissent de plein fouet les effets combinés des canicules, des inondations fluviales, du stress hydrique et, pour les zones côtières, de la montée du niveau de la mer.
« Les industriels deviennent plus attentifs à ces enjeux quand leur production est directement impactée », explique Jean Trzcinski. « Et cela arrivera de plus en plus souvent. » Une prise de conscience tardive, alors que les projections climatiques ne laissent guère de place au doute. Les infrastructures portuaires, comme celle d’Anvers, photographiée en avril 2026, illustrent cette exposition. Ces sites, souvent situés en bord de mer ou le long de grands fleuves, cumulent les risques, rendant leur adaptation d’autant plus urgente.
« Les vagues de chaleur apparaissent clairement comme le risque physique numéro un pour l’industrie lourde européenne. Elles menacent l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production à la logistique. »
Le dérèglement climatique ne se contente plus d’être un enjeu environnemental ou économique : il s’impose désormais comme une contrainte opérationnelle majeure pour les industries les plus émettrices de CO₂. Une réalité qui devrait inciter à repenser en profondeur les modèles de production et de gestion des infrastructures en Europe.
Les températures extrêmes affectent directement la performance des procédés industriels, augmentent les besoins en refroidissement — souvent gourmand en énergie — et peuvent contraindre à réduire ou interrompre la production. Elles impactent aussi la santé des salariés et alourdissent les coûts liés à la sécurité et aux arrêts de travail.
L’étude de Sia Partners a ciblé cinq secteurs particulièrement vulnérables : l’acier, le raffinage, la production de verre, le ciment et l’ammoniac. Ces industries, souvent énergivores et dépendantes de ressources comme l’eau ou les matières premières, subissent de plein fouet les aléas climatiques.