Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, s’est rendu à Caracas pour finaliser un accord autorisant le groupe pétrolier Chevron à renforcer sa présence au Venezuela. Selon Euronews FR, cette décision intervient après l’approbation par l’Assemblée nationale vénézuélienne d’un texte cédant à Washington 20 % du pétrole produit dans le cadre du projet, tandis que des dirigeants de Chevron accompagnaient Wright pour annoncer des investissements inédits depuis des décennies.
Chevron est le seul grand groupe pétrolier américain encore présent au Venezuela depuis la nationalisation du secteur en 2007 par Hugo Chávez, une décision qui avait poussé ExxonMobil et ConocoPhillips à se retirer. L’accord signé cette semaine marque ainsi un retour en force de l’industrie américaine dans un pays où la majorité des 17 principaux gisements sont aujourd’hui contrôlés par des entreprises chinoises ou russes.
Ce qu'il faut retenir
- Chevron va investir au Venezuela après l’approbation d’un accord permettant à Washington de prélever 20 % du pétrole produit, selon Euronews FR.
- Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, s’est rendu à Caracas pour finaliser cet accord, accompagné de dirigeants de Chevron.
- L’Assemblée nationale vénézuélienne a voté à main levée, malgré l’abstention de certains députés d’opposition, qui dénoncent un manque de transparence.
- Les 17 gisements concernés, totalisant 65 milliards de barils, sont majoritairement exploités par des acteurs chinois et russes.
- Une nouvelle société, North American Blue Energy Partners (NABEP), sera créée avec des participations américaines et vénézuéliennes.
Un accord géopolitique et économique sous haute tension
Lors d’une interview diffusée mardi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a détaillé la portée de l’accord, soulignant que Washington y joue désormais un rôle central. « Essentiellement, il s’agit d’un accord avec le gouvernement américain, impliquant spécifiquement le Département de la Défense », a-t-il déclaré, précisant que celui-ci dispose d’un compte spécial lui permettant de prendre possession d’une partie des actifs. Selon Rubio, ce soutien vise à attirer les investissements privés nécessaires pour relancer la production.
L’administration américaine présente ce texte comme une réaffirmation de la doctrine Monroe, dans un contexte où les tensions avec l’Iran et la Chine poussent Washington à sécuriser ses approvisionnements énergétiques. Les droits d’exploitation sur cent ans accordés à NABEP, une société détenue majoritairement par des intérêts américains et vénézuéliens, couvrent des réserves estimées à 65 milliards de barils. L’Office of Strategic Capital du Pentagone détiendra 35 % du capital, tandis que le département d’État pourra acheter jusqu’à 20 % de la production à prix coûtant. Le conseil d’administration devra être majoritairement composé de citoyens américains, et Washington disposera d’un droit de veto sur les nominations.
Une opposition divisée et des questions en suspens
Le vote à l’Assemblée nationale vénézuélienne a été marqué par des tensions. Bien que l’accord ait été approuvé à main levée, plusieurs députés d’opposition, dont Luis Emilio Rondón, ont critiqué l’absence de transparence. « Nous devons savoir ce qui est écrit dans les petites lignes », a-t-il lancé. Le président de l’Assemblée, Jorge Rodríguez, a rétorqué : « À qui profite ce pétrole s’il reste sous terre ? »
Le partenaire vénézuélien de NABEP, Alejandro Betancourt, figure controversée visée par des enquêtes pour blanchiment d’argent en Espagne et en Suisse, a été décrit par un responsable américain comme un « opérateur chevronné ». Bien que ces enquêtes n’aient pas abouti à des inculpations, Betancourt est accusé d’être impliqué dans des systèmes de corruption au sein de la compagnie pétrolière nationale PDVSA. Un haut responsable américain, sous couvert d’anonymat, a justifié cette collaboration en rappelant son « utilité passée pour les États-Unis ». « Je ne propose la canonisation de personne », a-t-il ajouté, « mais la géopolitique impose parfois de composer avec des personnages imparfaits ».
Un pari risqué pour relancer la production
Malgré l’enthousiasme de l’administration Trump, les analystes restent sceptiques quant à la capacité de Chevron à relancer rapidement la production. Leurs estimations varient entre un et dix ans avant que de nouveaux barils ne parviennent sur le marché. Washington ne prévoit pas d’investir directement dans le projet, mais mise sur son soutien diplomatique et stratégique pour attirer les capitaux privés. « Le seul engagement américain suffira à mobiliser les investisseurs », assure un responsable cité par Euronews FR.
Le président américain Donald Trump a laissé entendre que d’autres groupes, comme ExxonMobil, pourraient suivre l’exemple de Chevron. Pourtant, la position de son rival direct reste floue. Mardi, un porte-parole d’ExxonMobil a réitéré que « rien n’a changé », alors que le PDG Darren Woods avait qualifié le Venezuela de « non investissable » en début d’année. Cette contradiction illustre les divisions au sein de l’industrie pétrolière américaine face aux opportunités vénézuéliennes.
Washington mise sur la doctrine Monroe et ses priorités intérieures
Pour l’administration Trump, cet accord s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire la dépendance énergétique des États-Unis face à la Chine et à la Russie. Les 65 milliards de barils couverts par les nouveaux droits d’exploitation représentent un enjeu stratégique majeur, d’autant que la « grande majorité » des gisements étaient jusqu’ici aux mains d’acteurs chinois et russes. Selon Marco Rubio, cette initiative s’apparente à une « réaffirmation de la doctrine Monroe », rappelant la volonté historique des États-Unis de contrôler l’influence étrangère en Amérique latine.
Sur le plan intérieur, la Maison-Blanche a multiplié les annonces ces derniers jours pour tenter de calmer les craintes liées à la flambée des prix des carburants. Mardi, Donald Trump a reçu des dirigeants du secteur pétrolier à la Maison-Blanche, alors que les frappes américaines contre des cibles iraniennes dans le détroit d’Ormuz faisaient craindre une escalade régionale. Le président a ensuite publié un message sur les réseaux sociaux : « Nous déchaînons la domination énergétique américaine ! » Une rhétorique qui vise clairement à rassurer l’électorat républicain avant les scrutins de novembre.
Chevron a maintenu une présence limitée au Venezuela depuis la nationalisation du secteur pétrolier en 2007 par Hugo Chávez. Contrairement à ExxonMobil et ConocoPhillips, qui ont quitté le pays après cette décision, Chevron a continué à exploiter ses actifs sous un régime dérogatoire, permettant aujourd’hui à Washington de négocier un retour en force.
L’accord expose les États-Unis à des tensions avec la Chine et la Russie, qui contrôlent la majorité des gisements concernés. Par ailleurs, le partenaire vénézuélien d’NABEP, Alejandro Betancourt, est sous le feu des projecteurs en raison d’enquêtes pour blanchiment en Europe. Enfin, l’opposition vénézuélienne critique l’absence de transparence dans les termes de l’accord.