À Erfurt, en Thuringe, l’Alternative für Deutschland (AfD) a tenu son congrès fédéral ce week-end dans un climat de tensions extrêmes, malgré la présence de plus de 30 000 manifestants déterminés à bloquer l’événement. Comme le rapporte Le Figaro, les quelque 1 200 délégués du parti d’extrême droite ont réussi à accéder au parc des expositions d’Erfurt dès 10 heures, grâce à un dispositif policier renforcé venu de toute l’Allemagne.

Ce qu'il faut retenir

  • L’AfD a tenu son congrès annuel à Erfurt malgré la mobilisation record de 30 000 manifestants opposés à sa politique.
  • 1 200 délégués ont participé à l’événement dans un parc des expositions sécurisé par des milliers de policiers.
  • À l’extérieur, des protestataires ont dénoncé le parti comme « néfaste et fasciste », tandis que l’AfD évoquait une « coïncidence » avec un congrès nazi tenu à Weimar un siècle plus tôt.
  • La manifestation a donné lieu à des scènes de tension dans la ville, certains commerçants choisissant de fermer leurs établissements par crainte des débordements.

La journée a débuté sans encombre pour l’AfD, qui a ainsi remporté une première victoire symbolique. « Le congrès fédéral du parti a débuté comme prévu. Les délégués ont pu se rendre au parc des expositions sans encombre », a confirmé la police de Thuringe, épaulée par des renforts venus de tout le pays. Seule une perturbation mineure a marqué l’intérieur de la salle : à plusieurs reprises, un extrait de la bande-son de Star Wars a retenti, provoquant d’abord des rires, puis l’irritation des congressistes. Après de longues minutes, des policiers en civil ont retiré les enceintes incriminées, selon ce qu’a pu observer Le Figaro.

Une opposition unie contre l’AfD, mais des tensions persistantes

À l’extérieur du parc des expositions, l’ambiance était tout autre. Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés pour dénoncer l’AfD, qualifié par une porte-parole des opposants de « parti néfaste et fasciste ». Certains protestataires ont souligné une « provocation » dans le choix de la date : le congrès de l’AfD s’est ouvert le 4 juillet 2026, soit un siècle jour pour jour après un rassemblement du parti nazi à Weimar, à seulement 20 kilomètres d’Erfurt. « Ce n’est évidemment pas un hasard », a réagi un élu thuringeois membre du Bundestag. De leur côté, les responsables de l’AfD ont balayé cette coïncidence, affirmant qu’elle n’avait « aucun lien » avec leur calendrier.

La mobilisation, l’une des plus importantes jamais enregistrées contre l’AfD, a transformé Erfurt en une ville sous haute tension. « Je reste fermé samedi. C’est trop le bordel », confiait vendredi un restaurateur du centre-ville à Le Figaro. Les commerçants et habitants ont dû composer avec des barrages policiers, des contrôles systématiques et une circulation fortement perturbée. Malgré ces contraintes, les organisateurs du congrès ont maintenu le programme, affichant une détermination sans faille.

L’AfD, un parti en pleine ascension malgré les critiques

Ce congrès d’Erfurt s’inscrit dans une dynamique de progression constante pour l’AfD, qui truste désormais les intentions de vote dans plusieurs Länder de l’ex-RDA. Selon les derniers sondages, le parti frôle les 25 % en Thuringe et en Saxe, où il se positionne comme une force politique majeure. En Saxe-Anhalt, certains observateurs n’excluent plus une participation de l’extrême droite à un gouvernement régional, une première dans l’histoire récente de l’Allemagne. « Nous gouvernerons », a martelé l’un des porte-parole du parti lors de son discours d’ouverture, confirmant une ligne politique toujours plus radicale et assumée.

Les débats internes lors de ce congrès ont porté sur plusieurs thèmes chers à l’électorat d’extrême droite : la restriction de l’immigration, la critique de l’Union européenne et une opposition frontale aux politiques climatiques du gouvernement fédéral. « L’Allemagne doit retrouver sa souveraineté », a déclaré un délégué sous couvert d’anonymat, reflétant l’état d’esprit dominant parmi les congressistes. Pour ses détracteurs, ces positions confirment le glissement de l’AfD vers des thèses extrémistes, malgré les dénégations de ses dirigeants.

Un contexte historique lourd de symboles

Le choix d’Erfurt pour ce congrès n’est pas anodin. Ville emblématique de l’Allemagne de l’Est, la capitale de la Thuringe a souvent été un bastion de l’AfD, où le parti réalise ses meilleurs scores. Weimar, située à proximité, reste associée dans l’imaginaire collectif au début du régime nazi, après la tenue de son congrès fondateur en 1926. Pour les opposants à l’AfD, cette proximité géographique et temporelle est loin d’être fortuite. « C’est une tentative délibérée de normalisation de l’extrême droite », a dénoncé un représentant des Verts lors d’une conférence de presse improvisée en marge des manifestations.

De leur côté, les organisateurs de l’événement ont tenté de minimiser la portée de cette coïncidence. « Nous sommes à Erfurt parce que c’est une ville qui nous soutient, pas pour des raisons historiques », a souligné une responsable locale de l’AfD. Pourtant, le parallèle avec le passé nazi a alimenté les débats bien au-delà des frontières allemandes, suscitant des réactions jusqu’en Europe. À Bruxelles, plusieurs eurodéputés ont appelé à une condamnation unanime de l’AfD, tandis que des associations de mémoire historique ont organisé des veillées en opposition au congrès.

Et maintenant ?

Les prochaines échéances politiques en Allemagne pourraient confirmer, ou infirmer, l’ascension continue de l’AfD. Les élections régionales en Saxe-Anhalt et en Thuringe, prévues d’ici la fin de l’année 2026, seront scrutées à la loupe. Par ailleurs, le gouvernement fédéral, dirigé par une coalition fragile, devra arbitrer entre fermeté et dialogue face à la montée de l’extrême droite. Reste à voir si les mobilisations citoyennes parviendront à inverser la tendance, ou si l’AfD réussira à s’imposer comme un acteur incontournable du paysage politique allemand.

Ce congrès d’Erfurt a donc révélé une Allemagne divisée, où l’extrême droite affiche sa force tandis que la société civile tente de résister. Entre sécurité renforcée et liberté de manifester, le débat sur les limites de la démocratie allemande est plus que jamais d’actualité. Pour l’instant, l’AfD a marqué les esprits par sa capacité à tenir son événement malgré l’opposition. La question qui reste en suspens est simple : jusqu’où ira-t-elle ?

Erfurt, capitale de la Thuringe, est un bastion historique de l’AfD, où le parti réalise ses meilleurs scores électoraux. Les organisateurs ont justifié ce choix par la forte implantation locale du parti, sans évoquer de lien avec le congrès nazi de Weimar organisé un siècle plus tôt, selon ce qu’a indiqué une responsable du parti.