Selon nos confrères de BFM Business, la filière agricole française traverse une crise sans précédent, aggravée par les aléas climatiques de l’été 2026. Jean-Luc Duval, président de La Coopération Agricole, tire la sonnette d’alarme sur l’état financier des exploitations et des coopératives, appelant à un « choc de production » pour éviter des faillites en cascade et relancer une industrie agroalimentaire en péril.
Ce qu'il faut retenir
- Les coopératives agricoles subissent une baisse drastique de leurs revenus en raison des aléas climatiques estivaux, entraînant des arrêts d’usines et des difficultés de trésorerie.
- Jean-Luc Duval dénonce les blocages législatifs et sociétaux qui freinent la production française, malgré un contexte de dépendance accrue aux importations (plus de 50 % de la volaille provient de l’étranger).
- Le président de La Coopération Agricole réclame un plan d’urgence de 16 à 29 milliards d’euros pour adapter l’amont agricole et 20 milliards supplémentaires pour l’industrie agroalimentaire, selon une étude menée par InVivo, Unigrain et Sofiprotéol.
- Face à la pénurie de matières premières et à l’inflation, une hausse des prix en rayon est inévitable cet automne, alors que les coopératives peinent déjà à absorber les chocs.
Des coopératives au bord de l’asphyxie financière
Les effets des aléas climatiques de l’été 2026 se font cruellement ressentir dans les exploitations et les coopératives françaises. « L’urgence est aujourd’hui sans doute dans les fermes », a déclaré Jean-Luc Duval à BFM Business. Les coopératives, qui transforment les produits agricoles, subissent une double peine : non seulement la collecte de matières premières chute, mais les usines tournent au ralenti faute de stocks. « Quand il n’y a plus de salades à mettre en sachet, on arrête aussi l’usine », a-t-il illustré. Certaines structures, déjà fragilisées par des années de crises successives, pourraient ne pas survivre à cette nouvelle épreuve.
Le président de La Coopération Agricole a pointé du doigt les contraintes administratives et réglementaires qui aggravent la situation. « À cause des risques d’incendies, on interdit parfois les moissons l’après-midi », a-t-il expliqué. Ces restrictions entraînent des amplitudes horaires incompatibles avec le droit du travail actuel, limitant encore davantage la productivité des exploitations. « Notre droit du travail n’est pas du tout adapté à ces réalités », a-t-il souligné.
Un « choc de production » plus urgent que jamais
Jean-Luc Duval a réitéré son appel à un « choc de production », lancé dès son accession à la présidence de La Coopération Agricole en juin 2026. « Oui, plus que jamais », a-t-il confirmé. Pour certaines exploitations, la survie ne passe plus seulement par l’adaptation, mais par une transformation radicale de leurs modèles économiques. « Il y a soixante ans, dans le Sud-Ouest, il n’y avait pas de kiwis ! », a-t-il rappelé, illustrant la capacité historique du secteur à se réinventer.
Pourtant, les blocages persistent. « Nombre de députés n’ont pas voté la loi d’urgence agricole parce qu’ils ne veulent pas libérer l’énergie agricole », a-t-il déploré. Duval a également critiqué les associations qui bloquent des projets de construction de bâtiments d’élevage, alors que la France importe plus de la moitié de sa volaille. « Laissez-nous travailler ! » a-t-il lancé, citant l’exemple des agriculteurs qui sont intervenus spontanément aux côtés des pompiers lors des incendies estivaux. « Là aussi, il y a le feu : les acteurs économiques doivent pouvoir jouer leur rôle. »
Eau, réglementations et financements : les défis structurels
Jean-Luc Duval a abordé la question de la gestion de l’eau, un enjeu clé pour l’agriculture. « Certes, il n’y a pas que l’agriculture qui en a besoin, mais avant de philosopher sur son statut, il faut commencer par la stocker », a-t-il déclaré. Il a proposé une approche pragmatique, adaptée aux territoires et aux besoins, plutôt qu’une solution unique et standardisée. « Cela ne va pas régler le problème du changement climatique, mais c’est une solution indispensable à certains endroits. »
Sur le plan financier, Duval a insisté sur la nécessité de mobiliser l’épargne des Français pour soutenir l’agriculture. « Il faut les inciter à injecter leur épargne dans notre économie avec une vraie rentabilité », a-t-il expliqué. Il a rejeté l’idée d’une dépendance permanente aux subventions publiques, tout en reconnaissant que « l’urgence exige une injection d’argent public pour certaines exploitations ». « Mais il faut aussi accepter que l’alimentation coûte un peu plus cher », a-t-il ajouté. Selon lui, le consommateur doit être associé à cette réflexion pour préserver les filières françaises et investir dans l’alimentation de demain.
Des besoins colossaux pour sauver le secteur
Les chiffres avancés par Duval sont sans équivoque. Selon une étude réalisée par InVivo, Unigrain et Sofiprotéol, il faudrait mobiliser entre 16 et 29 milliards d’euros pour adapter l’amont agricole. À cela s’ajoutent 20 milliards d’euros pour moderniser l’industrie agroalimentaire à capitaux agricoles. « Nous saurons faire notre part : dans un groupe comme le mien, Agrial, on investit chaque année entre 150 et 200 millions d’euros sur le territoire national », a-t-il précisé.
Le gouvernement doit annoncer jeudi 4 septembre 2026 un plan de soutien à court terme et un plan de relance pour 2027. « Nous n’avons pas été contactés pour participer à la réflexion », a regretté Duval. Pour lui, l’urgence est double : sauver les exploitations en difficulté et relancer la production. « Ce n’est toutefois pas une fin en soi. Il faut remettre en culture. Les coopératives sont très attentives à la relance de la production, car c’est la condition même de fonctionnement de notre modèle économique. »
Réactions et perspectives
Jean-Luc Duval a salué les initiatives ponctuelles de la grande distribution, qui a promis de faciliter la vente de productions en difficulté et de ne pas appliquer strictement les cahiers des charges. « Mais il faut se remettre urgemment autour de la table pour parler des tarifs », a-t-il insisté, craignant une inflation accrue en rayon cet automne. « À certains endroits, on va tout simplement manquer de matière, puisque la sécheresse ne s’est pas arrêtée aux frontières de la France. »
Pour éviter une spirale inflationniste, Duval a appelé à une réflexion globale sur l’économie alimentaire. « Si on reste bloqués dans la seule lutte contre l’inflation, les agents économiques que nous sommes vont succomber. Il ne faut pas non plus avoir peur d’aller chercher de la valeur ajoutée sur des marchés extérieurs : quand on se replie sur soi, on finit par mourir. »
Selon Jean-Luc Duval, plusieurs coopératives, déjà fragilisées par des années de crises, pourraient faire face à des difficultés de trésorerie majeures d’ici la fin de l’année. « Dans les prochains mois, il y aura peut-être des faillites, et certainement des restructurations dans le monde coopératif, notamment chez les céréaliers et les viticulteurs », a-t-il prévenu.
Le président de La Coopération Agricole a indiqué que les échanges avec la ministre de l’Agriculture Annie Genevard étaient constructifs, mais que des blocages subsistaient au ministère de la Transition écologique. « Le gouvernement semble avoir compris ces enjeux, mais il reste du chemin à parcourir pour lever les freins législatifs et sociétaux », a-t-il déclaré.