Des modèles d’intelligence artificielle comme ChatGPT, Claude et Grok permettraient d’accéder aux contenus de médias russes soumis à des sanctions par l’Union européenne, selon une enquête publiée par le Monde. Seule l’interface Meta AI refuse pour l’instant de relayer ces informations, invoquant les restrictions européennes en vigueur.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois chatbots majeurs (ChatGPT, Claude et Grok) donnent accès aux contenus de médias russes sous embargo européen.
  • Meta AI est le seul à bloquer l’accès, en application des sanctions de l’UE.
  • Les médias concernés sont accusés par Bruxelles d’être des outils de désinformation pour le Kremlin.
  • L’enquête de Reporters sans frontières (RSF) met en lumière une faille dans le contrôle des contenus relayés par l’IA.

Des sanctions européennes contournées par les assistants conversationnels

Selon l’ONG Reporters sans frontières (RSF), dont les conclusions ont été reprises par le Monde, plusieurs modèles d’IA grand public ne respecteraient pas les sanctions imposées par Bruxelles à certains médias russes. Ces derniers, comme RT ou Sputnik, ont été interdits de diffusion dans l’UE en 2022 pour leur rôle présumé dans la propagation de désinformation en lien avec la guerre en Ukraine. Pourtant, ChatGPT, développé par OpenAI, Claude (Anthropic) et Grok (xAI d’Elon Musk) permettraient d’accéder à leurs articles ou vidéos, selon les tests menés par RSF.

Meta AI se distingue en appliquant strictement les règles européennes

Contrairement à ses concurrents, Meta AI, l’assistant conversationnel de Meta, refuse catégoriquement de fournir des contenus issus de ces médias sanctionnés. Le Monde précise que cette position s’appuie explicitement sur les sanctions européennes, entrées en vigueur en mars 2022 et reconduites depuis. Interrogé sur cette divergence, un porte-parole de Meta a indiqué que l’entreprise appliquait « scrupuleusement » les réglementations en vigueur, sans pour autant communiquer davantage sur les critères techniques utilisés.

Une faille exploitable par les utilisateurs malintentionnés

Les résultats de l’enquête de RSF révèlent que les utilisateurs peuvent, via des requêtes en langage naturel, obtenir des résumés ou des extraits d’articles de RT ou Sputnik, malgré leur interdiction. Le Monde souligne que cette situation pose un défi majeur pour les régulateurs européens, déjà en difficulté pour encadrer les contenus générés ou relayés par l’IA. « Ces plateformes ne filtrent pas les sources interdites, ce qui expose les utilisateurs à une désinformation ciblée », a alerté un chercheur de RSF, cité par nos confrères.

« Les sanctions européennes visent à empêcher la diffusion de propagande, mais leur contournement par des outils d’IA montre que le cadre réglementaire doit évoluer rapidement. »
Un responsable de RSF, cité par le Monde

Et maintenant ?

L’Union européenne pourrait être amenée à renforcer ses exigences envers les développeurs d’IA, notamment en imposant des filtres automatiques pour bloquer l’accès aux contenus sous embargo. Une consultation publique est prévue d’ici la fin de l’année pour adapter le Digital Services Act (DSA), qui encadre déjà les plateformes numériques. En attendant, les utilisateurs resteront dépendants des bonnes pratiques des éditeurs de chatbots.

Pour l’instant, OpenAI, Anthropic et xAI n’ont pas réagi publiquement à ces révélations. La Commission européenne a indiqué, via un communiqué, « suivre de près » cette situation, sans annoncer de mesures immédiates.

Les principaux médias sanctionnés sont RT (Russia Today) et Sputnik, accusés d’être des outils de désinformation pro-Kremlin. Leur diffusion est interdite dans l’Union européenne depuis mars 2022.